Validé, le rap français trouve sa force

La banlieue et son rap de quartier en force. Franck Gastambide, Charles Van Tieghem, Giulio Callegari et Xavier Lacaille créent la première véritable série sur le rap français. Et il était temps, puisque le rap est la musique la plus écoutée dans l’Hexagone. La bicrave et les flows meurtriers ont-ils trouvé une résonance à travers cette production Canal+ ? Une chose est sûre, Hatik s’affirme comme une révélation.

« Vas-y, c’est parti ! » Apash (Hatik) – et ses faux airs de Moha La Squale – se lance plein pot dans une trajectoire hallucinante dans le rap français. Un fan de l’art de rue, un fan de Mastar (Moussa Mansaly), poids lourd du rap français, invité à lui faire face dans Planet rap, émission phare sur Skyrock. Comment ? Un coup d’audace, un freestyle venu de nulle part et le voilà propulsé au-devant d’un buzz énorme. Le studio complètement enfumé par de gros spliffs se voit purifié par la hargne et le flow hallucinant du jeune Clément, alias Apash. À l’ère des réseaux sociaux, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre et DJ Sno (Franck Gastambide) flaire le bon coup : un featuring avec Mastar pour faire « du sale ».

Le loup a les dents longues et la face cachée dans l’ombre

Validé est un genre d’Atlanta à la française, ultra référencé et peuplé d’un nombre incalculable de rappeurs. On y voit Rim’K, Lacrim, Gringe, Ninho ou encore Bruno Lopes aka Kool Shen. Du beau monde rassemblé pour suivre la percée du gamin. Apash, il bicrave pour Mounir (Adel Bencherif), le caïd qui s’occupe de lui depuis que son père a pris la poudre d’escampette. Une aide qui va se transformer en poison : le dealeur redouté va lui poser problème, entre les demandes de retour sur investissement et les « vieux bails » qui remontent à la surface, d’un claquement de doigts. Clément marche sur des oeufs. Comme dirait Niska dans « Bon déjà » : « Si jamais tu veux me baiser, tu fais comme les autres, bah tu fais la queue », tel l’incipit d’une guerre d’égos où tout le monde veut « croquer ».

L’axe principal se construit autour du gros clash entre Apash et Mastar, avec comme arbitre DJ Sno. Rapidement, l’arrivée du jeunet va chauffer Mastar, la peur d’être relégué en fond de classe. Le petit charbonne et détale toute son énergie : un rap musclé et énergique. Il est chaud le gamin. Le personnage campé par l’excellent Hatik, grand point fort du show, nous rappelle Moha La Squale, entre la ressemblance physique et le flow acharné. La puissance de la série se trame dans cette rage des mots, cette épopée toujours sur le fil du rasoir. À la poursuite du buzz, aussi fugace que traître. Trouver la bonne recette pour faire parler de soi, pour faire vendre le plus possible. Validé surfe sur la violence d’un business comme le rap français grâce à une sacrée dose de rythme. Après la performance d’Hatik, c’est l’autre excellente facette du show, disponible le 20 mars sur MyCanal. Mais cette guerre d’égos, du genre Kaaris contre Booba, en devient légèrement cliché par moments, comme une caricature un peu facile du rappeur de banlieue.

Des morceaux encombrants comme Orelsan

La course effrénée vers le Zénith – la salle tout comme sa définition littéraire -, Hatik va découvrir la sombre face du rap français. À l’image de son rythme de croisière, le jeune rappeur va prendre des coups, encaisser comme un grand sur le ring des punchlines, se relevant sans cesse pour asséner le grand uppercut qu’il préparait depuis sa plus tendre adolescence. Les coups bas, l’arrivée d’anciens morceaux anti-France vont le faire perdre des plumes – comme un petit clin d’oeil à Orelsan et son morceau « Saint Valentin ». Les montagnes russes du rap français, là où les « bails doivent être arrangés », dixit Apash.

Copyright Mika Cotellon – Mandarin Télévision / Canal+

Validé, malgré ses faiblesses et ses quelques clichés, offre une vitrine très intéressante au rap français dans le format sériel. 10 épisodes de 30 min, pour catapulter Clément dans un vrai traquenard, entouré de ses 2 potes irréductibles, William (Saidou Camara) et Brahim (Brahim Bouhlel), ceux qui lui donnent la force, et la directrice artistique d’Omega, Ines (Sabrina Ouazani). À n’en pas douter, Gastambide livre son projet le plus abouti, le plus travaillé, trouvant une certaine verve pour en faire une série radicale et assez imprévisible pour nous tenir en haleine. Imparfaite certes, mais première saison validée.

Casting : Hatik, Moussa Mansaly, Franck Gastambide, Saidou Camara, Brahim Bouhlel, Sabrina Ouazani, Adel Bencherif

Fiche technique : Créée par : Frank Gastambide, Charles Van Tieghem, Xavier Lacaille, Giulio Callegari / Date de sortie : 20 mars 2020 / Chaîne : Canal+ / Format : 10 épisodes – 30 minutes