Tolkien : la guerre féérique

Créateur d’un univers unique et foisonnant, où les Orques rencontrent les Elfes et les guerriers parlent aux fées et où les combats sont gigantesques, J.R.R. Tolkien est une figure du fantastique. Avec des livres tels que Le Seigneur des anneaux, rendu (encore) plus célèbre par Peter Jackson et sa franchise au succès planétaire. 

Mais qui est l’homme ? Qui est ce créateur de langages ? Tolkien (le film) revient sur le début, l’apprentissage de son auteur, ses déboires et son appartenance au club des « Immortels », le TCBS (Tea Club Barrovian Society). Une seconde famille, où le futur auteur découvre l’amour, la fraternité, la passion artistique. Mais l’esprit de camaraderie, le confort des universités d’Oxford ou Cambridge feront place à la Première Guerre mondiale, les tranchées recouvertes de boue et d’un froid glacial. Les 4 amis sont dispersés sur le champ de bataille et plusieurs d’entre eux n’en reviendront pas. À travers les tranchées, les balles, les explosions, J.R.R. Tolkien s’inspirera de ses expériences pour modeler la Terre du Milieu. Bilbon est né au milieu d’un No Man’s Land. 

L’orphelin à la sagesse inégalée 

Les ombres traversent la guerre, la féérie pointe le bout de son nez. Les premières rêveries fantastiques d’un futur chef-d’oeuvre littéraire, là où les hommes se battent, meurent, laissent échapper leur dernier souffle. Tolkien (Nicholas Hoult) voit ses compatriotes britanniques plier sous les tirs allemands alors qu’il imagine le Mordor, qu’il cherche désespérément son ami Geoffrey (Anthony Smith). Le réalisateur finlandais Dome Karukoski mise sur une « réalité accentuée » pour confectionner un biopic poignant, joliment construit et s’immiscer à travers le processus créatif d’une future star de la littérature. Une bande d’amis liés à jamais, à l’origine de l’univers de Tolkien, qui se tiendra les coudes avant que la Guerre ne passe par là, avec son lot de cauchemars et de pertes. 

Photo copyright : Twentieth Century Fox

Karukoski retrace le destin d’une épopée tant fictive qu’humaine. John Ronald Reuel Tolkien a vécu la perte, celle de sa mère et de ses amis proches. Une mère qui lui a fait découvrir la mythologie nordique, qui l’a fasciné à travers ses histoires racontées avec passion. Le monde de l’imaginaire appartient à Tolkien, il façonne grâce à son vécu, grâce à son amour pour les langues. Contraction de l’imaginaire et du réel, pour un film doux, terriblement triste, passionné, conté avec une vraie tendresse. 

Nicholas Hoult répond présent

Une fable, une percée, un amour pour les langues et pour Edith Bratt (Lily Collins). Tolkien a aimé passionnément, à la folie. Une passion incarnée parfaitement par Nicholas Hoult. En retenue, insufflant un rythme délicat au film, progressant chronologiquement, avec ses retours dans le passé, Hoult convainc et nous emmène dans sa romance avec la belle Lily Collins, la rend vraie et pure. Tolkien est de cette pureté, de cette féérie alors que le monde se consume sous les bombes et les tirs. 

Photo copyright : Twentieth Century Fox

Le drame mélangé à la romance, en passant par une aventure. Un champ de bataille qui porte le sceau de la création, comme point de rupture et de départ. Un portrait, une fresque qui lie passé, présent et futur. Une quête faite d’idées, où la magie reste enfouie, où elle se trame sous les tirs adverses, dans la boue et le gaz. Les tranchées de La Somme pour imaginer l’une des aventures les plus populaires de notre ère. Tolkien est ce No man’s land : livré à lui-même, seul, sans ses amis et sa mère, animé par une vision à l’imagination débordante. Et même si la famille de J.R.R. Tolkien a désavoué la vision des studios, le portrait brossé par Karukoski est une belle histoire à propos d’un voyage sinueux et semé d’embûches. 

Casting : Nicholas Hoult, Lily Collins, Derek Jacobi, Anthony Boyle, Patrick Gibson, Tom Glynn-Carney, Craig Roberts 

Fiche technique : Réalisé par : Dome Karukoski / Date de sortie : 19 juin 2019 / Durée : 113 min / Scénario : David Gleeson, Stephen Beresford / Photographie : Lasse Frank Johannessen / Musique : Thomas Newman / Distributeur suisse : Warner 

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