The Haunting of Bly Manor : les ombres scintillantes

The Haunting of Bly Manor s’érige en mélange des genres. Renversante dans sa partie finale, la plume de Mike Flanagan prouve qu’elle est peut-être l’une des plus délicieuses, alliant drame et suspens, grâce à une élégance qu’on supposerait éternelle.

Le manoir des tourments conté par une femme vieillissante. Au milieu d’un dîner, la discussion glisse rapidement vers une histoire de fantômes. Celle-ci nous fait découvrir une jeune fille au pair, fraîchement débarquée des États-Unis au beau milieu de la cité londonienne. Dani Clayton (Victoria Pedretti) de son nom, s’avance pour une place au Manoir de Bly. Derrière cette porte, quelque chose se faufile, laissant des traces de boue derrière elle.

C’est l’oncle, Henry Wingrave (Henry Thomas) qui met en garde la jeune femme. Sur le comptoir du bar, il explique que le manoir dégage quelque chose de malsain. Une superstition que tout le monde redoute. Mais la mort, elle, est bien réelle, elle hante le présent. Les histoires vont bon train, surtout à propos de Rebecca (Tahirah Sharif), la précédente baby-sitter disparue de la circulation sans laisser la moindre trace.

Un temps pour la mise en place avant le déluge émotionnel

Une grande bâtisse et des enfants (Flora et Miles) qui semblent parfaitement splendides. La place semble bénie des dieux, un havre de paix pour éduquer des mômes. Et d’un claquement de doigts, les petits anges se transforment en monstres énervants, aussi fugaces que les ombres inquiétantes qui se fondent dans le décor, que les démons du passé remontant à la surface. Le manoir est enchaîné au passé. Les morts n’ont pas envie de quitter les lieux.

Dani, par exemple, hantée par un passé qu’on devine rapidement tortueux. Une silhouette se reflétant dans une glace, cette même ombre qui la suit l’entraîne toujours plus vers la peur. Bly réveille les esprits. À chacun son ombre dans la campagne anglaise. Tout est lié, tout est mouvant, rien n’est figé, pas même dans le noir qui lui-même semble expulser des miasmes fétides. Le vertige du royaume des ombres ouvrent ses portes.

S’affranchir du succès de The Haunting of Hill House

Mike Flanagan, nouveau chouchou du genre horrifique, synthétise à merveille cette épouvante greffée à l’intime, toujours avec sa patte old-school, léchée. Sa narration assez lente cherchant à libérer une histoire tentaculaire a de quoi légèrement ennuyer dans sa première partie. En comparaison avec The Haunting of Hill House, la puissance émotionnelle est plus dévastatrice dans ce volet. Le genre horrifique moins marqué, Flanagan persiste habilement dans une histoire anthologique, laissant les esprits malveillants ondulant dans la nuit.

The Haunting of Bly Manor est un défi esthétique, un travail minutieux construit sur un suspens latent, grimpant progressivement et débloquant un tournant brutal à l’approche du dénouement. Une série riche en défis, laissant nos cerveaux divaguer alors que les lumières s’éteignent. L’objectif traînant dans les longs couloirs, les pièces ouvrent une délicate brèche vers une histoire enfouie. Les tourments comme terreurs nocturnes. Non-exempte de quelques faiblesses, comme par exemple ne pas avoir plus compacté le récit, ce nouvel opus horrifique Netflix exerce une poignante étreinte dramatico-intime.

Casting : Victoria Pedretti, Amelia Eve, T’Nia Miller, Rahul Kohli, Amelie Bea Smith, Benjamin Evan Ainsworth, Olivier Jackson-Cohen, Henry Thomas, Tahirah Sharif

Fiche technique : Créée par : Mike Flanagan – adaptée de Henry Thomas / Format : 9 épisodes de 55 min / Plateforme : Netflix / Date de sortie : 9 octobre 2020