The Dead Don’t Die : quand la Terre dévie de son axe, les zombies dansent

Tout est dans une chanson (familière), l’hymne The Dead Don’t Die signé par Sturgill Simpson. Et c’est bien normal, puisque le morceau qui nous intéresse se nomme… The Dead Don’t die. Le clin d’oeil passé, faisons connaissance avec Cliff Robertson (Bill Murray) et Ronald Peterson (Adam Driver), deux flics qui font régner l’ordre à Centerville, une petite ville où rien ne se passe. Mais choses inexplicables : la lune reste omniprésente, le jour joue les prolongations, les animaux s’excitent et l’ambiance devient aussitôt bizarre. Surtout quand des zombies débarquent pour tout dévorer.
Photo copyright : Abbot Genser – Focus Features
Bob l’ermite (Tom Waits) aurait volé un poulet, d’après Miller (Steve Buscemi), le fermier du coin. Fier porteur d’une casquette flanquée d’un « Make America White Again » et, chose cocasse, pote avec Hank (Danny Glover), un autre habitant du village, afro-américain qui plus est. Là est l’humour décalé, là est le cinéma de Jarmusch, tout en répétition, tout en décalage, toujours désabusé et nonchalant. Des bizarreries, un cauchemar éveillé qui voit l’agent Peterson répéter encore et encore que tout cela va mal finir. C’est désormais assuré : Centerville est embarquée dans une inversion des pôles, d’après les médias. La Terre a dévié de son axe et voici que les zombies s’invitent dans la danse. Le banquet est ouvert, les pauvres habitants vont en prendre pour leur grade.

« Des hipsters de Cleveland »

Tout est à l’arrêt, tout le monde se connaît à Centerville. Ce coin reculé des États-Unis où les habitudes sont légion, où le café matinal reste une tradition. Le poste de police ne compte que 3 collaborateurs : Cliff, Ronald et Minerva, interprétée par Chloë Sevigny. Il y a l’étrange croque-mort, Zelda (Tilda Swinton), une Écossaise d’après les dires, habile un sabre à la main. Il y a Bobby Wiggins – interprété par l’excellent Caleb Landry Jones, encore abonné au rôle du mec bizarre -, surnommé Frodon par son pote le facteur, joué par RZA. Et les touristes sont aussi là, joués par Selena Gomez, Austin Butler et Luka Sabbat. Des hipsters de Cleveland.
Photo copyright : Focus Features – Abbot Genser
Une joyeuse équipe frappée de plein fouet par l’arrivée des zombies. Iggy Pop débarque – avec un superbe maquillage – pour bouffer de la chair fraîche, avec une folle envie de boire du café. Les autres fleurissent, avec différents mots en bouche : wifi, fashion, bluetooth ou encore guitare – vous reconnaîtrez Sturgill Simpson en zombie, et sa guitare qui traîne. Des mots qui ne sont pas anodins et dont le message est bien clair : l’Homme creuse sa propre tombe, égoïste qu’il est. Jim Jarmusch, le seul et l’unique, hisse le drapeau de la grosse critique sociétale. La société de consommation égratignée. Bien que la première heure et quelque est de très bonne facture, avec un humour qui roule, le propos est approximatif. La fin délivre ce message alarmiste appuyé, avec une impression que Jarmusch s’est perdu en route, paralysé, bloqué face à un manque d’idée pour clôturer son film d’une manière ou d’une autre. Grâce à son joli casting, parfois sous-exploité, comme Iggy Pop en zombie ou Steve Buscemi dans son costume de fermier grincheux, The Dead Don’t Die fait preuve d’une belle maîtrise. Hommage appuyé à Georges Romero – Zombie ? – conjugué au cinéma décalé de Jarmusch, l’alliage est digne d’intérêt. Dommage que la fin nous laisse quelque peu amer. Casting : Bill Murray, Adam Driver, Chloë Sevigny, Tilda Swinton, Danny Glover, Steve Buscemi, Tom Waits, Selena Gomez, Caleb Landry Jones, Austin Butler, RZA, Iggy Pop, Luka Sabbat Fiche technique : Réalisé par : Jim Jarmusch / Date de sortie : 15 mai 2019 / Durée : 103 min / Scénario : Jim Jarmusch / Photographie : Frederick Elmes / Distributeur suisse : Universal Pictures