Ryan Murphy, l’enfant de choeur qui chante la colère

Ryan Murphy est devenu une icône sérielle et l’assurance d’attirer les téléspectateurs devant leur écran. Alors que la 3e saison de Pose est diffusée en ce moment sur Canal+, brossons le portrait de l’enfant de chœur devenu un créateur adoubé ou détesté.

Vous avez tous une fois aperçu Nip/Tuck (2003). Achetée et diffusée sur de nombreuses chaînes, la série s’immisce dans le quotidien de chirurgiens esthétiques aux vies débridées, rythmées par la folie des grandeurs et sacrifiées sur l’autel de l’argent à foison. 6 saisons inégales mais furieuses, qui envoient Ryan Murphy dans une nouvelle dimension créative : satire et critique de la société. Un premier souffle qui entraîne le second : à force de dézinguer le paraître à tout prix, Murphy ne résiste pas à une partition plus légère. Place à un tout autre registre et surtout à un nouveau carton : voilà que Glee fait son entrée sur scène. Série sous forme de comédie musicale devenue tristement célèbre pour ses accidents tragiques. La production a même dû s’arrêter après la mort de Corey Monteith, après 6 saisons de bons et loyaux services.

Registre horrifique au menu copieux

Le nouvel étage de la fusée Ryan Murphy s’amorce avec American Horror Story. Lancée en 2011, la production FX confirme que le showrunner n’est pas près de s’arrêter, il va monter en grade concernant la plastique de ses réalisations. Un prolongement logique pour le créateur de Nip/Tuck. Une nouvelle identité visuelle et un penchant pour jouer avec les séries anthologiques : American Horror Story et American Crime Story pour les plus populaires. Les ingrédients visuels ne cesseront de venir appuyer la patte de Murphy, comme ses choix d’acteurs et actrices. Sarah Paulson comme égérie « murphienne », à son zénith dans Ratched. Citons également la renaissance de Jessica Lange, actrice chérie par le créateur.

Mais le bougre de Murphy, même si le genre horrifique lui plaît, adore se tester sur d’autres terrains. Pose fait partie de ceux-là. Après la comédie musicale, place à la Ball culture, le voguing et son petit monde qui gravite autour de personnages solaires et mélancoliques. Ou encore The Politician et Hollywood, toutes dans l’écurie Netflix. À savoir que Murphy a signé un contrat de 300 millions avec la firme de Los Gatos.

Gros bosseur, stakhanoviste de la production, le prolifique créateur peut parfois irriter avec ses séries hyper stylisées et harasser par sa veine progressiste. Mais toujours est-il que le Californien impose sa patte et n’est pas l’un des plus influents du petit écran pour rien : sa subtilité et son excentricité sont les pierres angulaires de son travail. Se réinventer dans différents registres, ça, Ryan Murphy sait le faire. Surtout, il sait quand il faut appuyer sur l’accélérateur émotionnel, et nous prendre par les sentiments. Dans Pose, l’entame de la saison 2 est une bonne illustration, ou dans Hollywood lorsque Jim Parsons tombe le masque sur ce court de tennis face à son poulain, Rock Hudson (Jake Picking). Précis et sans bavure.

Mais qui est Ryan Murphy ?

Mettre en avant les victimes, leur léguer une place dans la lumière, parler des individus en colère et coller cette frustration à ses scripts, Murphy a cette attirance pour les personnages empreints de fureur, prêts à dégainer et rabaisser ses semblables. Une projection de la personnalité de Murphy ? Les rumeurs vont bon train à propos du personnage : peu enclin à la critique, leur accordant pourtant une importance particulière, en bon ex journaliste qu’il est, il n’hésite pas à écrire un mail pour échanger à propos d’une critique négative formulée à l’encontre de son travail – une histoire autour d’un article paru dans le Hollywood Reporter et traitant de la série Feud, écrit par Miriam Bale, avait poussé Murphy à lui écrire directement pour en discuter.

À travers ce petit clin d’œil, le Californien démontre une obsession du contrôle. Ce même contrôle qui lui a permis d’accéder au firmament sériel. Un créateur désireux de gratter le vernis, de faire exploser la colère qui anime ses personnages centraux. Et pour ça, il y a indubitablement une perte de contrôle qu’exploite Murphy. Dans chacun de ses shows, cette notion de contrôle vole souvent en éclats, noirci par la fureur et la frustration. Un constat artistique (personnel ?) pour l’acharné Ryan Murphy. Et si Pose continue la diffusion de sa saison 3, le 14 mai il sera encore l’heure de faire transpirer le cynisme et la colère indélébile dans sa nouvelle création Halston, sur Netflix. Ryan Murphy n’est pas prêt de s’arrêter.