Ragnarök n’a pas la maestria sérielle nordique

Marvel a largement exploité le mythe nordique grâce à Thor. Du côté de Netflix, l’angle est différent et se porte sur une relecture contemporaine des légendes nordiques signée Adam Price, le créateur de l’excellente série Borgen.

La petite ville d’Edda voit ses glaciers fondre, pour faire apparaître la mythologie nordique dans son écrin contemporain. Sous le craquement de la glace, une vérité commence à sauter aux yeux de tous : les changements climatiques semblent annoncer de futures catastrophes. Magne (David Stakston), Laurits (Jonas Strand Gravli) et leur mère emménagent dans l’ancienne bâtisse familiale. Un quartier peu accueillant comme nouveau terrain de jeu pour Magne, lui le taiseux, timide et encore endeuillé par la disparition de son père.

Son arrivée dans les fjords norvégiens va bousculer plusieurs habitants de cette ville nichée non loin des glaces éternelles. En première ligne, Vidar (Gisli Örn Garoarsson), père d’une famille pleine aux as – et caricaturale -, n’est pas ravi de l’arrivée de Magne. Car le jeune garçon va polariser progressivement toutes les attentions grâce à ses pouvoirs. De retour dans le village de son enfance, le jeune homme sent rapidement que quelque chose ne tourne pas rond. Son premier contact est avec un vieux monsieur, qui se scelle par un « c’est un village bien étrange. » Ce petit patelin norvégien respire le surnaturel. C’est à ça que Ragnarök va s’accrocher, en plaquant une histoire contemporaine à l’héritage nordique. Magne, lycéen classique et dyslexique, va développer des capacités surhumaines.

Il est loin le Thor de Marvel

Adam Price n’est pas là pour rire. Loin des collants et autres fantaisies aperçues dans les Thor de Marvel, Ragnarök, diffusée depuis le vendredi 31 janvier, est un drame adolescent, avec son lot de réflexions sur la société actuelle. Jutul Industries est ce grand méchant qui pollue la somptueuse nature norvégienne. Ces capitalistes qui souillent notre Terre, voilà ce que Price nous expose comme premier dilemme et détonateur des intentions. Au milieu de cette catastrophe, des adolescents décidés à faire cracher la vérité à une grande boîte.

Un temps très axée sur la fable écolo, Ragnarök délaisse (un peu) le contexte actuel pour s’enfoncer dans le fantastique au fur et à mesure. L’alliage adolescent et surnaturel prend un moment, divertit modestement, déjoue les premières impressions plutôt décevantes des épisodes initiaux. Mais qu’un temps. Structurant son histoire autour de Magne et sa mue héroïque, Ragnarök est emprunte de deuil et de colère. Dans un lycée qui cristallise les intentions, où les différents clichés sont cochés – la clique populaire et les losers de service -, Price semble s’imprégner d’une version de « Twillight norvégienne » – toutes proportions gardées. Loin des sentiers glaciaux de Borgen, de cette suite d’intrigues politiques cliniques, Price intéresse par son envie de centraliser son récit dans un cadre adolescent, avant d’arriver à l’affrontement des dieux nordiques. Comme expliqué, il est surtout question de rapport de force entre anciens dieux et géants mythologiques.

Résultat contrasté

Il manque une certaine nuance – surtout dans un premier épisode désordonné – avant que Price ne hausse le ton dans les épisodes suivants. La série se résume à un gros bras de fer entre différentes générations et diverses créatures mythologiques. Au milieu des paysages somptueux, Magne, mollement joué par David Stakston, est le stéréotype même de l’outsider taiseux, prêt à laisser exploser son côté déchaîné. Pour ainsi dire, son évolution en légende nordique peine à convaincre.

Malheureusement l’école norvégienne – Price est Danois pour la petite histoire – et son écriture chirurgicale ne sont pas au rendez-vous, malgré quelques segments et idées intéressantes – la revisite des origines du mythe nordique ou le travail sur le deuil. Ragnarök manque d’une solidité toute nordique, d’une mécanique bien huilée. En somme, la série n’est pas indigeste, mais le résultat demeure contrasté.

Casting : David Stakston, Jonas Strand Gravli, Herman Tommeraas, Theresa Frostad Eggesbo, Emma Bones, Henriette Steenstrup, Gisli Örn Garoarsson, Synnove Macody Lund

Fiche technique : Créée par : Adam Price / Plateforme : Netflix / Format : 45 min – 8 épisodes / Date de diffusion : 31 janvier 2020