Portrait de la jeune fille en feu : le souffle déchirant d’une idylle

Céline Sciamma est un nom qui revient souvent. Scénariste reconnue, réalisatrice respectée après Tomboy et surtout Bande de filles, la Française fait étalage de tout son talent avec Portrait de la jeune fille en feu, romance déchirante dans les années 1700, prix du scénario au dernier Festival de Cannes.  

Marianne (Noémie Merlant), une peintre appelée à brosser le portrait d’une jeune femme, Héloïse (Adèle Haenel). Une affaire compliquée à réaliser : Héloïse est réfractaire à poser pour un tableau qui fera office de portrait de mariage. Butée et résistante, la peindre en devient une affaire de discrétion. Marianne étant perçue comme dame de compagnie, les deux femmes vont se jauger, se regarder, se scruter. Une promenade, des indiscrétions, des secrets, un amour secret.

La posture du peintre, la position du poète. Marianne se profile comme l’artiste à l’affût, comme la menteuse, mais pour la bonne cause. Comprendre Héloïse, la brosser dans le sens du poil, la capturer d’un coup de pinceau. La peindre sans qu’elle le sache, épouser ses formes, déceler ses moindres faits et gestes, détailler ses tics. À force l’amour pointe le bout de son nez, après maintes caresses, maints regards jetés. Une romance passionnelle, tout en retenue, éloge de l’artiste pour sa muse. Le feu ardent dessine les contours d’un amour profond, impossible, si précieux que le temps se fige. 

Peinture charnelle

Baigné dans une photographie élégante, Portrait de la jeune fille en feu s’érige tel le gardien d’un amour fou, charnel, puissant jusque dans le souffle. La falaise en bout de chemin, métaphore d’un amour en équilibre, si pure et si proche de déraper dans le vide. Orphée, plein de grâce, le poète, l’artiste pose le regard sur Eurydice, l’envoûtante créature. Sciamma peint elle-même un nouveau tableau de la légende grecque, plus joyeux malgré la mélancolie. Le choix du souvenir, voilà que cette romance se lit sans cri, mais avec des larmes, beaucoup de larmes, un torrent. L’histoire confine au sublime. Une grande bâtisse isolée, où le feu ardent des bougies enveloppe chaque pièce. Le plancher grinçant, la flamme est partout. Une photographie signée Claire Mathon accentue encore un peu plus cette fresque emplie d’élégance. L’obscurité transpercée par le blanc mortifère et brillant d’un souvenir toujours plus présent. Marianne voit une Héloïse fantomatique. L’amour la hante, elle se retourne pour la voir encore et encore. La scansion immortelle de l’amour.  

© Pyramide Distribution

L’amour d’un artiste pour sa muse

Deux femmes dans la tourmente des sentiments, Adèle Haenel et Noémie Merlant sont à la hauteur d’un travail chirurgical, d’une tension amoureuse à son comble. Une relation de laquelle il est impossible de se détourner. Glorieux romantisme, désir brûlant au milieu d’un environnement froid, humide. L’écume mélancolique pour achever une toile à l’amour impossible. L’art perdure, le tableau maintient la flamme du désir, alors que la vie continue. L’art perdure, comme l’amour. Le gouffre des sentiments a une mélodie, un dernier souffle lumineux, déchirant, incarné par la sublime composition de Vivaldi et ses 4 Saisons pour clore la trajectoire des sentiments, pour prolonger la flamme d’un amour promis à rester secret. 

Casting : Adèle Haenel, Noémie Merlant, Valeria Golino, Luana Bajrami

Fiche technique : Réalisé par : Céline Sciamma / Date de sortie : 18 septembre 2019 / Durée : 120 min / Scénario : Céline Sciamma / Photographie : Claire Mathon / Musique : Jean-Baptiste de Laubier, Arthur Simonini / Distributeur suisse : Cineworx