Netflix ou 2021, l’odyssée des Oscars

Ce n’est un secret pour personne, Netflix se languit d’un Oscar. Alors que 2020 avait vu la plateforme de streaming se faire nominer à deux reprises dans la catégorie du meilleur film avec « The Irishman » et « Marriage Story », sans pour autant remporter la statuette tant convoitée, 2021 semble se profiler comme l’année de toutes les récompenses pour le géant au logo rouge.

La stratégie est désormais bien rodée. Netflix est devenu en une poignée d’années un eldorado pour les réalisateurs et scénaristes désillusionnés. À coups de millions de dollars, la firme californienne attire dans sa toile les cinéastes les plus fameux, leur offrant l’opportunité de mettre sur pied des projets fous et démesurés. « The Irishman » en est le parfait exemple. Martin Scorsese l’avait avoué lui-même : sans Netflix, le film, projet de longue date et ambitieux du réalisateur américain, n’aurait pas vu le jour. Rien d’étonnant quand on sait que le métrage a coûté la bagatelle de 105 millions de dollars à Netflix pour acquérir ses droits. La firme créée par Reed Hastings et Marc Randolph a ensuite débloqué un coquet budget de 125 millions de dollars pour la réalisation du projet. L’entreprise l’a bien compris, donner les moyens aux ambitions de grands faiseurs d’histoire lui permet de s’attirer les faveurs des réalisateurs les plus renommés, lui conférant au passage valeur et légitimité. De Alfonso Cuaròn à Noah Baumbach, en passant par Steven Soderbergh, Bong Joon-Ho ou encore Spike Lee, tous font partie de la longue liste des cinéastes qui ont déjà collaboré avec Netflix.

2021, l’année de la consécration

Et qui dit Oscar, dit reconnaissance. Graal pour tout acteur, réalisateur ou producteur, la statuette dorée, avec tout ce qu’elle représente, est un gage de prestige sur lequel Netflix ne cracherait pas. Et ça tombe bien puisque la plateforme de streaming a mis toutes les chances de son côté. La pandémie de Covid-19 a forcé l’Académie des Oscars a repoussé la cérémonie de deux mois. Initialement prévue en février, la grand-messe du cinéma prendra ses quartiers en avril à Los Angeles. Le tapis rouge sera-t-il déroulé ou alors devra-t-on se contenter d’une édition exclusivement digitale avec des stars en pantalons de jogging devant leurs écrans ? La question reste ouverte alors que l’incertitude sanitaire règne encore et toujours.

Si la pandémie a plombé des pans entiers de l’économie mondiale, elle aura sans surprise été bénéfique pour les services de streaming. Alors que tous les cinémas ont fermé leurs portes, les aficionados du 7ème art et les autres, confinement oblige, ont dû se rabattre sur de plus petits écrans, de quoi réjouir la firme au logo rouge. Et oui ! Le confinement a du bon pour certains, la preuve en chiffres : à la fin du mois janvier 2020, Netflix comptabilisait 167 millions d’abonnés contre 182,9 millions en avril 2020. Forte de son succès, la société a mis le paquet en vue de la prochaine édition des Oscars. Si les nominés ne sont pour l’heure pas encore connus, les pronostics et autres bavardages de couloirs vont bon train, et Netflix semble être en bonne position pour tout rafler.

Et les nominés sont…

Dans les rangs de la course à la statuette pour le meilleur film, les bruits les plus persistants parmi les productions de l’écurie Netflix se portent sur quatre films. Quatre métrages aussi différents dans leur style que dans ce qu’ils évoquent : David Fincher et son « Mank » évidemment, le théâtral « Blues de Ma Rainey » de Georges C. Wolfe, le déchirant « Pieces of a Woman » de Kornél Mundruczó, ainsi que « Malcolm et Marie », projet intimiste de Sam Levinson, un film tourné dans le secret le plus total.

Mank

Dévoilé le 4 décembre sur la plateforme américaine, Mank fait honneur à Herman J. Mankiewicz, scénariste de l’un des récits les plus célèbres du 7ème art, Citizen Kane. Immersion dans le Hollywood des années 30 et la genèse du fameux script à travers les relations que « Mank », alcoolique notoire, entretient avec le producteur Louis B. Meyer, sa maîtresse et amie Marion Davis et le magnat William Hearst.

Ode au cinéma grâce à une esthétique éclatante et ode au personnage aviné et sombre de Mankiewicz, « Mank » est une oeuvre impeccable de plus signée Fincher, ce dernier filant tout droit vers une pluie de récompenses.

Le Blues de Ma Rainey

Adapté d’une pièce de théâtre d’August Wilson, « Le Blues de Ma Rainey » sorti le 18 décembre raconte ce jour moite de 1927 où la « Mère du Blues » au tempérament de feu a frappé de son talent et de sa fougue en enregistrant l’album culte « Ma Rainey’s Black Bottom ». Interprété par Viola Davis, le film rend un dernier hommage à Chadwick Boseman. L’acteur décédé cet été s’offre un dernier rôle à la hauteur de sa carrure.

Huis clos bouillonnant dans lequel dialogues verbeux et monologues exaltés s’emmêlent, « Le Blues de Ma Rainey », réalisé par Georges C. Wolfe et magnifié par la photographie somptueuse de Tobias A. Schliessler, propose une Viola Davis mémorable et un Chadwick Boseman plus incarné que jamais à qui s’ouvre la voie des récompenses posthumes.

Pieces of a Woman

Diffusé le 7 janvier, « Pieces of a Woman », dernier métrage du réalisateur hongrois Kornél Mundruczó et premier film en anglais pour ce dernier, raconte la pire des tragédies : la perte d’un enfant. À peine née, la fille de Martha et Sean cesse de respirer. Après cela, plus rien ne peut être comme avant et le couple se meurt à petit feu, chacun essayant de garder la tête hors de l’eau à sa façon.

Présenté à la Mostra de Venise l’été dernier, « Pieces of a Woman » est le récit déchirant d’une femme brisée. Entre paraître, faire croire et faire ce que l’on attend d’elle, Martha, prise en étau dans une relation de couple suffocante et une relation mère-fille toxique, tente de se frayer un chemin dans le sombre traumatisme du deuil. Aux côtés de Shia LaBeouf, Vanessa Kirby livre une prestation époustouflante, à l’image de la scène de l’accouchement, un plan-séquence impressionnant d’une justesse saisissante. Une nomination dans la catégorie « meilleur film », mais certainement aussi une nomination pour Vanessa Kirby en tant que « meilleure actrice » ne seraient pas surprenantes.

Malcolm et Marie

Il sera disponible dès le 5 février sur Netflix. Filmé entre le 17 juin et le 2 juillet, « Malcolm et Marie » est le dernier bébé de Sam Levinson, papa de la série Euphoria diffusée sur HBO. Tout comme la série, le film met en scène la jeune actrice Zendaya, dans le rôle de Marie, face à John David Washington, dans le rôle de Malcolm, dans un chassé-croisé amoureux en noir et blanc. Il est réalisateur, elle est sa petite amie, ils rentrent de la première de son nouveau film qu’il croit va être un succès. La soirée prend une tournure insoupçonnée alors que les deux protagonistes doivent faire face à certaines vérités qui ne manquent pas de bousculer leurs sentiments respectifs.

Acquis par Netflix pour la somme de 30 millions de dollars lors du Festival du film de Toronto, « Malcolm et Marie » offre à Netflix une chance de plus de se retrouver parmi les grands gagnants des Oscars. Il se chuchote également que Zendaya pourrait se voir nommée dans la catégorie « meilleure actrice » et pourrait ainsi battre un nouveau record en devenant la plus jeune actrice récompensée d’une statuette après avoir raflé un Emmy en 2020, faisant d’elle la plus jeune lauréate de l’histoire des Emmys dans la catégorie « meilleure actrice ». Cette cérémonie des Oscars promet de belles choses.