MJF 2019 | Amour infini pour Cat Power

Ambiance poignante, feuille noircie par quelques lignes. Cat Power s’est avancée sur la scène du Jazz Lab en délicatesse, elle s’est éclipsée les larmes aux yeux, les trémolos dans la voix. Mais son style dépouillé et son timbre sublime a transporté une salle fauchée par un flot d’émotions. 

Elle est là, la frange dans les yeux. Après les étonnants Khruangbin et leur son saturé parfois semblable à Dirge – Death In Vegas en première ligne -, Charlyn Marie Marshall transperce la pénombre, se faufile devant son micro et commence un chemin – le deuil ? – qui durera près d’une heure. 6 ans après sa dernière apparition montreusienne, le registre n’a pas pris une ride, toujours aussi doux, minimaliste, splendide. Une berceuse enchanteresse et torturée qui prendra fin par une note d’adieu, un chuchotement pour Philippe Zdar – d’après les dires. La gorge serrée. Un rite funéraire pour un concert en guise de douleur enfouie. 

Wanderer, sans « Woman »

Venu défendre son nouvel opus, les présentations se font en douceur, piano troublant, le timbre sublime de Marhsall comme catalyseur d’émotions. Cat Power monte en puissance, chante une folk inspirante, une pop mélodieuse en équilibre, entre pureté et tendresse. Un bonbon qu’on laisse fondre sous la langue. Entre quelques morceaux, elle continue à chuchoter, le visage toujours masqué par l’obscurité et barré par sa frange. Un hymne à la solitude, à sa vie passée. La vie et ses aléas, Cat Power le chante, l’effleure de sa voix ensorcelante. Chant funèbre, solitude incertaine, elle tisse sa toile au milieu de son album le plus récent, « Wanderer ». Pas de « Woman » durant sa prestation, mais une percée mélancolique, une avancée éclatante.

Elle disait « se contenter de vomir les expériences de sa vie » à l’occasion d’une interview pour Télérama. L’alcoolisme est derrière elle, la maternité est dorénavant son cheval de bataille. « Chan » Marshall nous susurre la complexité de sa vie, la puissance et la fragilité. Cat Power, ce 2 juillet, a été sincère, elle s’est livrée sans détour. L’épure et l’énergie ne font qu’une avec Marshall.