Matthew Rhys : carrière discrète et nouvel atout de HBO

Pour dépoussiérer le personnage de Perry Mason, l’heureux élu se nomme Matthew Rhys. Dans la peau de l’avocat torturé, l’acteur gallois est l’épigone de Raymond Burr pour les besoins de la nouvelle production HBO. Acteur à la carrière discrète, son talent a déjà fait ses preuves.

45 ans, l’âge d’un acteur bourré de talent, à la trajectoire silencieuse. Le Gallois est peut-être connu du grand public – et encore – pour son rôle d’agent dormant dans The Americans. Et, même si récompensé d’un Emmy pour sa performance, il demeure très méconnu. Un visage qu’on se remémore facilement. Le nom, on repassera. On oserait presque parler de sacrilège. Rhys, ce sont des performances à l’image de sa carrière : discrètes mais sérieuses.

Brothers and Sisters à Mowgli

Les cinéphiles se rappellent de sa jolie partition dans En Mai, fais ce qu’il te plaît. D’autres vont citer Pentagon Papers (The Post) ou À vif (Burnt), voire le Mowgli d’Andy Serkis. Plus récemment, Rhys était à l’affiche de L’Extraordinaire Mr. Rogers (A Beautiful Day in the Neighborhood), aux côtés de Tom Hanks. Et déjà, le rôle du journaliste instable lui était attribué. Le natif de Cardiff excelle dans ce genre de rôle sérieux, en rupture, superposant des émotions complexes. Marielle Heller, réalisatrice, n’hésitait pas à le qualifier « d’acteur capable de sonder les endroits sombres d’un personnage, doué pour se plonger dans les profondeurs de la psyché humaine. »

Acteur tout en intériorité, Rhys s’est trouvé une discipline de jeu, composant avec des rôles délicats. La justesse, ça le connaît. The Americans en est un bel exemple. Mais en remontant plus loin, déjà dans Brothers & Sisters, l’acteur sortait du lot grâce à sa force tranquille dans la peau d’un… avocat. « Les Gallois, en tant que membres de la famille celtique, sont des mélancoliques », disait-il au New York Times. Les démons intérieurs poussent au portillon sans réussir à faire surface. Et dans cette nouvelle version de Perry Mason, à découvrir partir du 21 juin sur HBO, Rhys apparaît comme le candidat parfait : l’homme torturé qui tombe sur une affaire de meurtre et trouve un but dans les enquêtes et la justice. Une histoire qui prend forme dans les années 30, pour créer les origines de Perry.

Trajectoire silencieuse

Il y a comme une logique dans ce choix : un agent dormant soviétique dans The Americans, pour évoluer en justicier de l’ombre. La carrière discrète de Matthew Rhys se juxtapose à la genèse de la série. Le millésime 2020 est bien différent de celui de 1957 à 1966. Écrite par Ron Fitzgerald et Rolin Jones, la nouvelle mouture tirée des livres d’Erle Stanley Gardner construit un vrai personnage, façonnant les débuts du Perry Mason, héros littéraire et sériel d’antan. Les ruelles sombres de Los Angeles et la flicaille du caniveau, Rhys ressemble à un inspecteur tout droit sorti du Dahlia Noir de James Ellroy.

Un temps très réticent à l’idée de camper le rôle, refusant catégoriquement au début de faire la série, les atours et le script de la série ont réussi à le convaincre. Son sérieux et son talent (mélancolique) en pôle position, Matthew Rhys sera le porte-étendard d’une nouvelle production HBO qui sent bon le polar noir, glacial comme ces affaires de meurtres sordides.