Mathias Malzieu, poète au grand coeur

Alors qu’il revient dans les salles avec sa « Sirène à Paris », son deuxième film, Mathias Malzieu, écrivain-réalisateur-chanteur-musicien, construit une carrière tentaculaire et belle comme la naïveté d’un premier amour.

Il y a presque 5 ans, il subit une greffe de la moelle osseuse à la suite d’une maladie rare. Une expérience lourde durant laquelle il s’oblige à rêver pour combattre une réalité qui lui est difficile. Dans un reportage sur Arte, le chanteur de Dyonisos explique sa propre mécanique du coeur : un muscle qui ne cesse de pulser ses rêves et d’écrire des livres à la prose romantique. L’imagination débordante croisée aux malheurs, Malzieu s’en abreuve et voilà que le vampire en pyjama s’extirpe de son auteur.

Un battement, un amour qui ne cesse de croître comme en témoigne Une Sirène à Paris. Roman avant d’être film, le chanteur à la plume fantaisiste se rêvait en tennisman professionnel, successeur de John McEnroe. Hélas pour lui, c’est encore la malchance qui frappe à sa porte : carrière avortée, mais naissance d’une autre, hyperactif qu’il est. Une admiration pour Roald Dahl qui l’emmène à skate en Norvège, son amour inconditionnel pour Richard Brautigan, avec pour idole Johnny Cash, Malzieu cultive un univers enchanteur et diablement varié. Un espace bricolé sur des émotions, sur une passion dévorante.

En musique, ses morceaux sifflotent. Les sifflets des stades de foot ? Le natif de Montpellier est un fan de sport, un aficionados de football – il a même rencontré le sosie de Bruno Génésio pendant son périple norvégien. Un artiste comme il en existe peu, comme le cinéma français en a désespérément besoin pour bousculer un paysage un peu triste et convenu. Le mystère Malzieu, un monde imaginaire en prise avec notre réalité. On frise la guimauve, mais c’est pleinement assumé. En explorateur des coeurs froids, il apporte assez de chaleur pour fondre notre myocarde, chauffer nos artères glacées.

Le coeur a ses raisons. Certes, et à 45 ans il cultive cette hypersensibilité qui continue de mûrir, de moissonner un imaginaire débordant : 8 livres, 2 films et 9 albums – le dernier est paru le 28 février de cette année. Un combattant des mots, armé de sa plume, de son émerveillement ; un poète pour les coeurs atrophiés. Malzieu est un résistant de notre époque, un rêveur de ciels étoilés, un éclaireur animé par sa spontanéité, par sa féérie, et refusant catégoriquement les castes.

Une Sirène à Paris intervient dans une période étrange, celle de l’ère post-Covid. Et tant mieux pour nous qu’un peu de douceur et de bric et de broc viennent bousculer la morosité d’une époque qui peine à s’extasier, trop engluée dans son sérieux. Malzieu nous fait les beaux yeux, sème joie et chagrin amoureux, fantasmant la délicatesse d’une idylle impossible. Un bol d’air imaginaire.