Marie Stuart, Reine d’Écosse : Ronan survole une féroce discorde royale

L’inconnue Josie Rourke adapte la biographie de John Guy, Queen of Scots : The True Life of Mary Stuart avec une certaine maîtrise pour un premier film. Elle succède à de grands noms tels que John Ford et devient la 8ème cinéaste à porter la figure de Marie Stuart à l’écran. Marie Stuart est un personnage qui a fasciné, une femme féroce à la poigne de fer.
Photo copyright : Universal Pictures
De la plume de John Guy, adaptée et scénarisé par l’excellent Beau Willimon, créateur de House of Cards ou encore The First, Marie Stuart, Reine d’Ecosse retrace le destin tragique de la souveraine du royaume d’Écosse. De son retour de France, où son règne a duré un peu plus d’un an, elle revient sur ses terres écossaises. Son rôle devient primordial pour sceller l’harmonie entre l’Écosse et l’Angleterre. Sa relation lointaine avec sa cousine Elizabeth 1ère (Margot Robbie), ne tarde pas à embraser deux royaumes. Trahison et conspiration au menu.

Saoirse Ronan remplace Katharine Hepburn dans la peau de Marie Stuart

Si l’histoire tient une place importante, c’est avant tout le duel entre deux femmes. Ronan dans la peau de Stuart et Robbie dans la peau de Elizabeth s’affrontent dans un face-à-face brutal et intimidant. Rivalité sous-jacente et fascination réciproque, les deux femmes se jaugent à distance, chacune perchée dans son royaume. Elizabeth évite soigneusement de partir à la rencontre de Marie. Marie fait aussi face à un vrai dilemme religieux : son catholicisme est source de problèmes, surtout aux yeux de John Knox (David Tennant), religieux protestant et fervent opposant à la reine. Son peuple et même son demi-frère s’opposent à elle. Les pressions dont elle est victime ne font que fragiliser sa position, mais renforcent sa foi en elle. Une vraie combattante, admirablement campée par Saoirse Ronan. Vulnérable, battante, habitée par la colère et la rébellion, elle en devient même sensuelle dans son combat. Coûte que coûte au front, sûre d’elle, Ronan trouve en la personne de Margot Robbie, une rivale à sa hauteur. L’actrice australienne est de l’autre extrême. Excellente de retenue, visage ravagé par la variole et jalouse de sa cousine écossaise, elle apparaît, en première partie, plus en retrait, avant de monter en puissance et briller à l’occasion de cette séquence bourrée de symbolisme à travers des draps étendus. De dos, Elizabeth se faufile et refuse d’affronter le regard de Marie Stuart, avant de se confronter à elle, pour la meilleure séquence du film. Le point d’orgue.
Photo copyright : Universal Pictures

Mise en scène « théâtrale » et délicieuse de Josie Rourke

Marie Stuart, Reine d’Écosse se sublime grâce à une mise en scène élégante, sans être novatrice. La direction de Josie Rourke, sa première au cinéma, suit habilement ces liens difficiles qui unissent deux femmes fortes. Directrice artistique du Donmar Warehouse Theatre à Londres, Rourke réussit sa transition en toute délicatesse, grâce à une maîtrise, une fluidité qui rythme son récit. Peut-être pourrait-on lui reprocher un film fonctionnant par fulgurances, s’essoufflant après 50 premières minutes rondement menées, se perdant dans une narration un peu trop riche, mais parvient à maintenir le cap grâce (surtout) à la partition féroce de Saoirse Ronan. L’Irlando-américaine gomme ces quelques imprécisions à la force du poignet. Certains s’étrangleront avec le fameux problème des quotas. Les historiens, déjà froissés par la confrontation en personne des deux reines qui n’aurait jamais eu lieu – preuve à l’appui -, tout comme cette amitié qui n’aurait jamais existé, vont continuer à soupirer avec une distribution des rôles légèrement douteuse concernant les questions ethniques. Mais en faisant abstraction des quelques inexactitudes historiques – et des origines -, Marie Stuart, Reine d’Ecosse est une fiction réussie, âpre, construite et ficelée, qui se clôt sur la décapitation de Marie Stuart partant l’âme en paix et laissant son « inférieure » et rivale, dans une longue descente aux enfers. Casting : Saoirse Ronan, Margot Robbie, David Tennant, Guy Pearce, Brendan Coyle, Jack Lowden, Joe Alwyn, Martin Compston Fiche technique : Réalisé par : Josie Rourke / Date de sortie : 27 février 2019 / Durée : 120 min / Scénario : Beau Willimon / Musique : Max Richter / Photographie : John Mathieson / Distributeur suisse : Universal Pictures