Locarno 2019 | Magari : l’innocence enfantine face au divorce

Ginevra Elkann et sa première oeuvre pour lancer les hostilités locarnaises. Une fresque douce et amère, la réalité d’une rupture parentale laissant des enfants dans le flou. De Paris à Rome, de la montagne à la mer, Elkann signe un drame sur courant alternatif. 

Au milieu des années 70, une communion dans une église orthodoxe parisienne vue à travers le regard d’une petite fille. Alma (Oro de Commarque) est cette petite fille au regard innocent, récitant les moindres pensées culinaires qui lui traversent l’esprit. La petite a faim, mais tradition orthodoxe oblige, elle ne peut se sustenter. Elle parle de ses parents séparés, de sa mère avec qui elle vit à Paris avec ses deux autres frères, de son père qui lui vit à Rome. Une famille éclatée qu’Alma souhaite voir se reconstituer. Mais la fracture est trop grande. 

Les 3 enfants, Sebastiano (Milo Roussel), Jean (Ettore Giustiniani), Alma sont envoyés à Rome pour visiter leur père. Débarque Carlo (Ricardo Scamarcio), le père. Cinéaste en pleine écriture de son prochain film, dérangé par l’arrivée des 3 mômes. Il tente même de les placer chez ses parents en attendant. Le paternel, catalyseur d’attention, personnage irritable au moindre désagrément peine à montrer son enthousiasme. Ginevra Elkann brosse le portrait d’un père égoïste, obnubilé par la production de son film. Magari (si seulement en français) emprunte les sentiers de la chronique familiale sans fard. Elkann passe du frère aîné en rogne à l’insouciance d’Alma, balaie une famille en décomposition. Et au milieu, les regards se tournent vers un homme qui se déresponsabilise, optant pour sa réussite personnelle plutôt que celle de ses propres enfants. Le charisme de Ricardo Scamarcio (Loro, Dalida) apporte une vraie plus-value, en fait un être parfois détestable, parfois attendrissant, en total décalage avec ses propres enfants. 

3 enfants au milieu du tumulte 

La tribu devait monter à Courmayeur, c’est à la mer qu’ils iront. Se greffe Benedetta (Alba Rohrwacher), genre de mère de substitution, nouvelle compagne de Carlo. Des enfants en second plan, qu’Elkann filme dans leurs aventures, dans leurs malheurs, dans leur rébellion. Une lutte. Magari évoque 3 enfants face au tumulte parental, étouffés par 2 parents en constant désaccord. Les ravages d’un divorce mis en lumière dans lequel, malgré la complexité de la situation, Sebastiano, Jean et Alma tentent de s’adapter tant bien que mal.

Fable familiale parfois trop sage, Magari charme par la vision rêvée et fantasmée de la petite Alma, persuadée de voir ses deux parents enterrer la hache de guerre. Envers et contre tous, elle y tient mordicus, prie, en vient même à boire l’urine de son grand frère synonyme de sacrifice. Son désir d’évoluer dans une famille dite normale à de quoi désarçonner. Toujours est-il que le film n’est pas cette tragédie familiale espérée, cette empoignade dévastatrice. L’exigence fait défaut. Tout de même, l’histoire se niche dans les tréfonds de l’intimité, exploite la complexité de la place des enfants à travers la discorde parentale. Une chronique familiale sur différents courants, douce et amère, manquant de sensibilité, voire d’âpreté. 

Casting : Riccardo Scamarcio, Alba Rohrwacher, Milo Roussel, Ettore Giustiniani, Oro de Commarque, Céline Sallette, Brett Gelman 

Fiche technique : Réalisé par : Ginevra Elkann / Date de sortie : – / Durée : 103 min / Scénario : Chiara Barzini, Ginevra Elkann / Photographie : Vladan Radovic / Musique : Riccardo Sinigallia / Distributeur suisse : Xenix