Locarno 2019 | La Fille au bracelet, la fine intériorité

Inspiré du scénario d’Acusada (2019), Stéphane Demoustier déballe son second long-métrage après Terre Battue sorti en 2014. Une histoire de meurtre dans laquelle Lise, une jeune adolescente, se retrouve comme unique accusée. Film tendu, maîtrisé de bout en bout.

La police interrompt une journée en famille, à la plage. La gendarmerie embarque Lise Bataille (Melissa Guers), une adolescente de 18 ans accusée d’avoir asséné le coup fatal à sa meilleure amie, Flore Dufour. On lui appose un bracelet électronique, on la prépare au procès, on l’épie, on la laisse spectatrice alors qu’avocats et président de la cour débattent de son cas. La jeune fille ne se laisse pas atteindre, s’emmure parfois dans le silence. Accusée mais pas de preuve tangible. L’histoire démontre que tout n’était pas rose entre Flore et Lise, entre sexe et idylles partagées.

L’iceberg Lise Bataille

Le visage fermé de Bruno (Roschdy Zem), le père, se mêlant à une ambiance morne et glaciale. Pas un sourire, pas un sentiment ne transparait. L’homme est impassible. Sa fille l’est tout autant, une maîtrise de soi totale. La mère, Céline (Chiara Mastroianni), reste aussi de marbre, mais préfère être absente au procès – elle se dérobe, tente de rester extérieur. La colère, la tristesse, la peur ne sont pas perceptibles. L’intériorité prédomine. Stéphane Demoustier amplifie ce sentiment de contrôle, à la lisière du faux-pas. Des plans serrés, un cadre toujours plus froid et profond, une intensité graduelle. La tension reste là, dans un cinéma sobre débarrassé de la moindre strate de sensiblerie.

Photo copyright : Mathieu Ponchel

La Fille au bracelet évoque l’impact d’une telle situation sur l’entourage. La composition des plans démontre soigneusement les ravages ; des parents souvent séparés, sans jamais se toucher, sans un regard adressé. Découvrir sa fille sous un autre jour, prendre conscience qu’elle grandit, qu’elle n’est pas la fille sage qu’on croit. L’histoire explore les recoins d’une relation adolescente avec ses découvertes, ses actes irréfléchis. Les réseaux sociaux en toile de fond, une vidéo compromettante, des messages rédigés sous le coup de la colère. La Fille au bracelet trace le chemin d’une histoire banale qui vire mal. Un drame aride, composé de scènes tout en retenue, auquel se rattache une vision parentale parfois désabusée sur la jeunesse d’aujourd’hui – le sexe sans sentiment, le rapport à la pudeur. 

Mystère épais 

Une vérité toujours nébuleuse, un silence assourdissant. Lise cultive le silence, reste une énigme au cours des 95 minutes maîtrisées. Melissa Guers, dans son premier rôle au cinéma, tient la dragée haute, insuffle une vraie ambivalence à son personnage. En avançant avec elle, on avance l’esprit embrumé, à dénouer le vrai du faux. Une énigme. L’histoire s’appuie sur une constante recherche de vérité. Les faux-semblants, les faciès toujours plus fermés. Stéphane Demoustier ne laisse rien filtrer, laisse au spectateur l’interprétation du drame : l’a-t-elle vraiment fait ? Et pourquoi ?

Spéculations et conclusions. Moins démonstratif qu’Acusada sorti le 10 juillet dernier et présenté à la Mostra de Venise en septembre 2018, La Fille au bracelet, servi par des performances à la hauteur de l’histoire – Roschdy Zem, Chiara Mastroianni et Anaïs Demoustier répondent présents -, réussit à vous embarquer dans une mise en scène chirurgicale, par sa tension psychologique et sa finesse. Demoustier décide de laisser le vacarme des médias de côté pour se concentrer uniquement sur le contexte intimiste. Un choix judicieux vous catapultant dans un mystère toujours plus épais. 

Casting : Melissa Guers, Roschdy Zem, Anaïs Demoustier, Chiara Mastroianni, Annie Mercier

Fiche technique : Réalisé par : Stéphane Demoustier / Date de sortie : 5 février 2020 / Durée : 95 min / Scénario : Stéphane Demoustier – inspiré du scénario de G. Tobal et U. Porra Guardiola / distributeur suisse : Prasens