Les Baronnes : des femmes au foyer « badass »

Adapté du comic book The Kitchen, écrit par Ollie Masters et Ming Doyle et paru en 2015 chez Vertigo/ DC Comics, Les Baronnes (The Kitchen) est le premier film d’Andrea Berloff. Après avoir signé le scénario du film de Oliver Stone, World Trade Centrer sorti en 2006 et celui de Straight Outta Compton relatant l’histoire du groupe de hip hop NWA, l’américaine se lance dans la réalisation pour raconter l’émancipation de 3 gentilles femmes au foyer qui deviennent les kaïds de leur quartier, là où la mafia irlandaise fait rage.

1978, Hell’s Kitchen, quartier malfamé de New-York et royaume de la mafia irlandaise. Ici vivent Ruby, Kathy et Claire, 3 femmes au foyer qui attendent bien sagement chaque soir leur chers époux, barons du quartier, criminels notoires. La petite routine quotidienne va être sévèrement mise à mal le jour où les conjoints se font prendre en flagrant délit de braquage par le FBI et embarquer, direction la prison pour quelques mois. À la fois soulagées et inquiètes, les 3 copines vont vite comprendre qu’il va falloir mouiller la chemise pour gagner leur vie en l’absence de leur maris. De femmes effacées et soumises, Ruby, Kathy et Claire, bien plus malignes que leurs collègues masculins, deviennent les cheffes de Hell’s Kitchen, craintes par les mafiosi irlandais et respectées des commerçants. Mais la période faste prend fin lorsque les conjoints rentrent au bercail. Ces derniers ne voient bien sûr pas d’un bon oeil l’émancipation de leurs épouses et exigent leur retour à la tête des affaires. Évidemment, personne n’est prêt à céder sa place.

Photo copyright : © 2019 – Warner Bros. Pictures

Un sujet tout trouvé en cette période de post « me too » et de libération de la parole des femmes. L’émancipation de 3 ménagères que rien ne prédestinait à devenir des criminelles redoutées et redoutables. L’emballage, lui, avait aussi tout de séduisant : années 70 obligent, brushings gonflés, bombes de laque à tour de bras et chemisiers aux imprimés douteux. Le tout accompagné d’une bande-son jouissive. Si la forme a belle allure, le fond, lui, a moins bonne mine, la faute à un scénario qui manque de cohérence et donc de crédibilité. Qui aurait cru que passer de femmes timides et soumises à criminelles implacables, capables de démembrer un corps tout aussi bien que de cuisiner un rôti de veau, serait aussi simple ? Un claquement de doigts plus tard et voici les 3 copines aussi à l’aise en tablier, spatule de pâtisserie à la main, qu’en talons aiguilles à siroter un whisky avec les barons de la mafia italienne. Un récit qui prend trop de raccourcis, cédant à la facilité et perdant en crédibilité. Et les quelques petits twists ne suffisent malheureusement pas à redresser la barre.

Photo copyright : © 2019 – Warner Bros. Pictures

Si le film souffre d’un scénario peu convaincant, le casting, lui, est de premier choix, grâce à un trio d’actrices brillantes composé de Melissa McCarthy, Tiffany Haddish et Elisabeth Moss. Si les deux premières sont plus habituées à évoluer dans un registre comique, la troisième a enchaîné ces dernières années les drames dans lesquels la femme est mise à mal, à l’instar de séries comme Top Of The Lake ou The Handmaid’s Tale. Malgré les faiblesses d’un scénario trop facile et pas franchement probant, on ressort de la séance un poil perplexes mais quand même divertis. Merci au casting !

Photo copyright : © 2019 – Warner Bros. Pictures

Casting : Melissa McCarthy, Tiffany Haddish, Elisabeth Moss, Margo Martindale, Domhnall Gleeson, James Badge Dale, Brian d’Arcy James, Jeremy Bobb, Bill Camp, Common, E.J. Bonilla, Myk Watford

Fiche technique : Adapté de : The Kitchen de Ollie Masters et Ming Doyle / Réalisé par : Andrea Berloff / Date de sortie : 21 août 2019 / Durée : 103 min / Scénario : Andrea Berloff / Distributeur : Warner