Le cinéma et la transidentité : 5 oeuvres nécessaires

Parfois, le cinéma et les séries transmettent un discours important, voire nécessaire à plusieurs égards. Le sujet qui nous intéresse évoque l’importance de cerner le changement de sexe. Une sélection de 5 films pour comprendre le transgénérisme ou la transidentité.

L’accessibilité et l’acceptabilité, voilà des termes qui conviennent parfaitement à ce texte ; l’évocation d’un sujet plus important qu’on ne le pense. Nombre de personnes vivent enfermées dans un corps qui n’est pas le leur. La complexité de cette réflexion ne peut être comprise par une grande majorité de la population. Souvent passée sous silence, cette vérité silencieuse apparaît comme un débat important. En 2020, le sujet est devenu moins obscur, trouvant un nouvel écho auprès de la population.

Voyez ces jeunes gens habiter un physique qu’ils refusent, qu’ils ne connaissent pas, qu’ils exècrent presque. Un trouble de l’identité entre le sexe psychologique et le sexe biologique. Il serait presque juste de parler d’une « petite mort » ou d’une « survie » pour un jour accéder à la libération : changer de sexe et de genre.

En 2018, Lukas Dhont avait bouleversé la Croisette (sélection Un Certain Regard) avec Girl, récit déchirant d’un jeune qui se rêve danseuse étoile, alors qu’il est en plein changement. La radicalité des sentiments, du vide qui s’ouvre face à ce jeune âgé de 15 ans se transforme en vrai combat identitaire. Et c’est l’art, la grande toile qui peut formuler un véritable postulat pour les curieux ou les plus fermés d’esprit. Mettre le pied à l’étrier, se poser des questions sur le parcours d’un être prêt à tenter l’opération d’une réattribution de sexe.

OCS a eu la bonne idée de créer une sélection pour comprendre un tel cheminement. S’intéresser à ce trouble identitaire, à la représentation de ces personnes transgenres ; il est dorénavant plus facile d’en parler et de le voir plus fréquemment sur nos écrans. La série Pose ou encore le documentaire de Sam Feder, sur l’évolution du transgénérisme à Hollywood, sont des facteurs qui laissent penser que l’opinion publique est prête à concevoir et comprendre. Un sujet qui a trouvé une nouvelle place (peut-être) grâce à la projection de The Danish Girl à la Mostra de Venise en 2015. Oeuvre nécessaire qui a fait sauter le verrou et s’est positionnée comme un « Le transgénérisme pour les nuls ». Depuis que Tom Hooper s’est donné pour objectif de transposer l’histoire de la pionnière en la matière (Lili Elbe de son vrai nom), plusieurs cinéastes se sont lancés des défis similaires.

THE DANISH GIRL

On en parlait dans le paragraphe précédent, le pionnier des films pour la pionnière du transgenre. Eddie Redmayne dans un rôle terriblement complexe qu’il incarne de manière héroïque. Sublime et poignant quand il évoque qu’il n’est pas dans le bon corps, Redmayne fait honneur à Lili Elbe – née Einar Wegener. En 1930, il fallait un courage à toute épreuve, un besoin viscéral de quitter une carcasse qui n’est pas la sienne.

Même si The Danish Girl n’échappe pas à quelques travers, comme son côté très académique, il est le film nécessaire pour intégrer la douleur qui découle d’une telle décision. Non, ce n’est pas pour le plaisir de changer, mais un besoin de vivre de manière harmonieuse. Le nouveau départ. Et Tom Hooper l’orchestre précieusement, élégamment. Précieux car derrière un tel changement, il y a la sphère intime qui est impactée. Le changement est radical et surtout l’après – ce qu’Alicia Vikander réussit à transmettre avec son personnage de Gerda. À découvrir !

UNE FEMME FANTASTIQUE

Sous les ordres du maestro chilien Sebastian Lelio, Une Femme Fantastique est ce que l’environnement familial proche et moins proche peut faire sur une personne encore fragile. Un drame qui vire au thriller et dessine une face sombre de l’être humain. Une hostilité face à la différence ; tout simplement le refus d’un individu qui n’est pas dans la norme. L’histoire d’amour entre Marina (Daniela Vega) et Orlando (Francisco Reyes) ne plaît pas, ne peut être consommée. Surtout quand la religion, très présente dans les pays latins, entre en ligne de compte et ne fait qu’amplifier la mise au ban brutale d’une femme transgenre.

La maestria de Lelio se couple avec l’excellente performance de Daniela Vega, elle-même transgenre. L’histoire s’étend avec délicatesse, surfant sur une sensation onirique, dans un monde parfois fantasmé. La réalité est tout autre, parfois déchirante. La vie d’un trans se battant pour se faire respecter dans sa « nouvelle » peau de femme. Une fresque intransigeante, ahurissante d’intensité, un drame coup de poing, flirtant dangereusement avec le chef-d’oeuvre.

LOLA PATER

Avec une Fanny Ardant spectrale, sublime, sur le fil du rasoir, Lola Pater révèle avant tout la complexité d’un fils qui découvre son père après tant d’années d’absence. S’amorce le long chemin vers l’acceptation du changement identitaire, surtout quand votre propre père a décidé de devenir femme. Un drame profond et vrai, empruntant les sentiers familiaux pour dessiner les contours du transgénérisme dans le cercle intime. Tewfik Jallab et Fanny Ardant réussissent à former un tandem généreux et sensible. Aux manettes, Nadir Moknèche ne s’enferme pas dans un mélo trop appuyé. Il préfère questionner avant tout l’image d’un tel changement, tout en greffant le spectre de l’absence d’un père. Lola Paters est un tout, un cocktail de sincérité, séduisant, laissant la caricature de côté.

TANGERINE

Le choc filmé à l’iPhone. Quelle histoire pensée par Sean Baker, le génial Sean Baker. Très à son avantage récemment avec Florida Project, le cinéaste américain réussit à capter un moment insolite, extravagant, comme déconnecté du temps. Et même si le scénario semble un peu désordonné, Baker filme Los Angeles comme rarement. C’est surtout la dimension donnée à ces personnages en marge et dans leur élément. Des « bitchs » qui font comme bon leur semble, comme ça leur chante et tant pis si ça dérange.

Le Hollywood Boulevard filmé comme une grande bulle, couvant des personnages touchés en plein coeur, abîmés par la vie et ses aléas. Dans la solitude et la folie, une vraie tendresse habille un film pas comme les autres. Une forme d’immersion chez les discriminés, chez les parias de la société. On ressent ce même besoin d’exister, même dans l’ombre, que réussit à illustrer Ryan Murphy avec sa série Pose.

PORT AUTHORITY

Doux, douloureux, coloré comme l’est le « voguing ». Et une nouvelle fois la série Pose nous revient à l’esprit, comme cet hymne nécessaire – ô combien nécessaire – pour positionner ces « marginaux ». Port Authority traite du même sujet et emprunte d’autres sentiers pour en faire une romance aussi vive qu’une palette de couleurs qui pétillent, vertigineuse comme l’est un premier amour. New York et sa mouvance urbaine pour décor, la communauté trans s’offre à travers la souffrance du rejet de l’autre, des autres, et la jouissance de se produire dans cette culture des « balls ».

Danielle Leissovitz s’empare magnifiquement d’un sujet qui épouse les traits d’un hymne à la tolérance, qui ouvre le chemin vers la véritable acceptation du genre. L’équation amoureuse qui comprend un jeune homme perdu dans le grand New York, cherchant désespérément un point d’ancrage, et une fille transgenre. Leissovitz travaille sur les apparences de manière nuancée. Port Authority dégage une pureté formant une idylle décomplexée où les rouleaux de l’amour ne cessent d’emporter Paul (Fionn Whitehead) et Wye (Leyna Bloom). Saisissant de pudeur et de réalisme.