La trajectoire audacieuse de Robert Pattinson

Ils ont été nombreux à le critiquer, le voir comme l’un de ces acteurs à la popularité éphémère, au jeu profondément faible. La saga Twillight lui a façonné une image de sex-symbol, qui plus est difficile à gérer, mais ce succès aurait bien pu le briser artistiquement, s’empêtrant dans des rôles d’adolescents. La malédiction des franchises ado a lancé et freiné bien des carrières. Robert Pattinson n’est pas de ce bois-là. De la suite dans les idées il en a, car l’après s’est soldé par un revirement artistique d’une rare justesse, à la hauteur de son talent. 

Harry Potter et la Coupe de feu, 5 films de la franchise Twillight, l’acteur britannique en a assez de plaire par son simple physique. À bas l’étiquette de tombeur de minettes, place aux rôles de composition. Les productions indépendantes deviendront son cheval de bataille. Après sa deuxième apparition dans la peau du vampire Edward Cullen, un premier petit éclat intervient en se glissant sous les traits de Salvador Dali, dans Little Ashes. Nous sommes en 2009. Le repli débute, gentiment mais sûrement.

2011 sonne le premier pas de côté

Presque débarrassé de son rôle de Edward Cullen – le dernier volet interviendra en 2012 -, Pattinson commence à lorgner vers un tout autre cinéma, loin des premières places au box-office. Sous les ordres de Francis Lawrence, dans De L’eau pour les éléphants, une première bouture du talent, de la délicatesse du garçon. Un premier film, un premier virage vers d’autres cieux. Car 2012 lance véritablement les hostilités : Bel Ami et surtout Cosmopolis de David Cronenberg. Le ton est donné, l’envie est toute autre pour Pattinson. 

L’ère Cronenberg 

Dans Cosmopolis nous découvrons une autre facette du Britannique : hautain, furieux, magnétique. En surfant sur le chaos, sur la fin du capitalisme, en interprétant ce golden boy persuadé d’être une cible mouvante, Pattinson plaît et prend son monde à contre-pied. Une seconde carrière, un nouveau souffle, une renaissance qui continuera dans Maps to the Stars, toujours sous les ordres de Cronenberg. À Cannes, l’évolution est totale : deux films présentés sur la Croisette, Maps to the Stars et The Rover. Sa nouvelle trajectoire est dorénavant loin des adolescentes en furie. 

Les années passent, les grands cinéastes s’alignent pour embaucher l’ancienne idole des jeunes. Maintenant, il est question d’acteur de cinéma dit d’auteur. Voyez un peu : Werner Herzog, Brady Corbet, James Gray, les frères Safdie, Claire Denis ou encore David Michôd. Une belle brochette de cinéastes de renom qui ne cesse de s’agrandir. Robert Eggers (The Witch), Ciro Guerra (Les Oiseaux de Passage), Antonio Campos et Christopher Nolan sont les prochains sur la liste. Avouez qu’on peut difficilement faire mieux. Mais derrière cette filmographie qui s’étoffe, Pattinson tente un coup que personne n’avait vu venir : un retour dans une franchise. 

La surprise Batman 

Alors quand Robert Pattinson est annoncé pour se glisser dans le costume de Bruce Wayne, les interrogations sont de mise. La toile s’enflamme, les fans décident de lancer une pétition pour remplacer l’acteur. La croisade des aficionados fait rage. Mais rien n’y fait, les producteurs ont décidé et ce sera Robert Pattinson. Lui, si loin des grosses productions, amorce son retour dans le genre populaire, dans la peau d’un super-héros. Quelle surprise ! Pourquoi ce choix scabreux ? 

Le Londonien cultive cette imprévisibilité, des choix aussi surprenants que réfléchis. Batman est peut-être le héros le plus proche de notre espèce, le plus mental, le plus humain à nos yeux. Le choix n’est pas si éloigné de la cohérence dans la trajectoire empruntée par l’acteur de 33 ans. Pattinson surprend et réussit souvent à faire mouche devant la caméra. L’acteur parle d’une trilogie très sombre. Un registre qu’il maîtrise à merveille. 

Le choix de Matt Reeves, futur réalisateur du film Batman, reflète cette confiance qu’un comédien tel que « R-Patz » véhicule dans le show-business. Et même si le rôle de l’homme chauve-souris a tout du cadeau empoisonné, Pattinson connaît les rouages. Des talents perfectionnés, un bagage plus étoffé, il est peut-être le choix évident pour amener une nouvelle fraîcheur au Batman.