La Révolution : on stream ou bien ?

Revenir sur l’une des périodes qui a construit la France, La Révolution raconte 1789 au milieu d’un déluge d’hémoglobine et de bastons chorégraphiées.

Se révolter appelle à céder à l’horreur. Aurélien Molas décide de revisiter le passé pour en démouler une série horrifique. En usant de la symbolique du sang bleu, le créateur part dans un voyage sanglant où noblesse et plèbe, regroupées sous l’appellation de la Fraternité, se rencontrent et combattent pour renverser l’ordre établi. Les fameux « sang bleu » deviennent immortels et se nourrissent du peuple.

Des vampires croisés avec des zombies, voilà que les aristocrates s’abreuvent de sang, alors que le fluide coulant dans leurs veines est d’un bleu semblable à leur position sociale. Métaphore plutôt « tirée par les cheveux », mais qui a le mérite d’intriguer pour une fiction française. Alors Netflix et Molas ont-ils réussi leur pari ? Partiellement, si on s’arrête à la qualité visuelle, à quelques combats bien orchestrés. Là où le bat blesse, c’est sûrement le manque d’originalité et ses enjeux brinquebalants. Le pire de tout, la grande abomination, demeure une direction d’acteurs cauchemardesque, voire même inexistante.

Comment le siècle des ténèbres est devenu celui des Lumières

Versailles, parangon des créations hexagonales historiques, avait prouvé que la relecture de l’Histoire de France pouvait donner lieu à de très belles choses, surtout quand le matériau de base était entre de bonnes mains. Dans La Révolution, l’emploi du surnaturel aurait pu faire des étincelles. Étendu sur 8 épisodes, le récit réussit une entame vraiment intéressante, dans ses 3 premiers épisodes, voire jusqu’au 4ème. La suite est plus empesée, alourdie par des figures pâlottes qui se succèdent sans réussir à incarner la folie révolutionnaire grondante. On aurait souhaiter une entreprise autrement plus courageuse et radicale. L’audace s’effiloche, la fluidité aussi.

Atmosphère et mortalité dégoulinante, les morts sont donc de retour pour hanter les vivants. Les frères Guillotin sont les protagonistes, surtout Joseph (Amir El Kacem). Lui, le médecin et version moderne du docteur Guillotin. De l’autre, Albert (Lionel Erdogan), genre d’Aragorn rongé par la mort et les coups. Face à eux, la dynastie des Montargis. Des comtes, des marquis – à la langue bien pendue – qui sentent la rage du peuple monter. Mais tout cela ne fait qu’amuser la cour, le mépris en prime.

Sprint final transformé en gâchis

Des premiers desseins, il ne reste qu’une fine couche. Le derme brûlé par des choix scénaristiques maladroits, La Révolution se perd et se clôt au fil d’un épisode final étrennant son spleen déceptif. À commencer par la figure électrisante et fantasque de Donatien de Montargis (Julien Frison), qui se dressera comme le méchant sans jamais réussir à se montrer vaillant – léger manque de charisme. Son personnage et sa gestuelle auraient dû être une véritable plus-value, dynamitant les grandes séquences dialoguées, parfois interminables, mais rien n’y fait.

La Fraternité face à une horde de nobles transformés en bêtes assoiffées d’hémoglobine, le tableau avait de la gueule au départ. Un faux-départ pour une série de genre manquant son tournant dès que les choses s’emballent. Dommage, surtout quand on souhaitait une révolte de… la fiction française. C’est nous qui restons assoiffés d’une production audacieuse qui saura enfin vêtir le chandail de leader sériel dans l’Hexagone. Patience.

Casting : Amir El Kacem, Marilou Aussiloux, Lionel Erdogan, Amelia Lacquemant, Julien Frison, Mamadou Doumbia, Coline Beal, Laurent Lucas

Fiche technique : Créée par : Aurélien Molas / Date de sortie : 16 octobre 2020 / Format : 8 épisodes – 50 min / Plateforme : Netflix