I May Destroy You : de la destruction à l’autodestruction

En pleine bourre, sentant l’effervescence du succès l’enlacer, Arabella est stoppée net : une agression sexuelle dans une boîte de nuit la catapulte dans un profond tourment. Michaela Coel crée et incarne une série provocante et emprunte de justesse.

Une Londonienne insouciante qu’on découvre à Ostia, en Italie. Des vacances au chaud et Biagio, un homme, une idylle éphémère comme les escapades estivales en produisent souvent. Loin de la chaleur transalpine, Arabella retrouve son quotidien à Hackney, à Londres. Le job et ses tracas reprennent du service. L’Anglaise doit vite remettre l’ouvrage sur le métier : elle est devenue une figure de la nouvelle génération grâce à un papier publié sur le net. Résultat : un projet de bouquin, un agent et des projets qui fleurissent.

Traumatisme indélébile

Tout semble rose – clin d’oeil capillaire – et glorieux. Tandis que la vie semble aller dans la bonne direction, elle prend une autre tournure quand une soirée arrosée vire au cauchemar. Une virée nocturne comme précipice émotionnel, comme traumatisme éternel. Tout roule et maintenant tout s’écroule. Arabella questionne à présent son existence, sa carrière, ses amis. Une quête intérieure qui tend vers la comédie bien délurée, avant de prendre des accents dramatiques.

On pense à Euphoria et cette odyssée adolescente radicale, questionnant le rapport à la sexualité. Michaela Coel y va franchement, revivant par bribes son agression, sa romance italienne et même son adolescence. La narration trouve une vraie profondeur, disposant les multiples pièces du puzzle afin de traverser le passé et le présent pour une immersion dans une jeunesse libérée. Pléthore de parties de jambes en l’air en forme de montagnes russes émotionnelles. Une quête intérieure brute, une zone grise ; un travail mental qui va bien au-delà de l’agression sexuelle en elle-même.

I May Destroy You est provocante, radicale quand elle évoque le viol. Inutile de prendre des pincettes, Michaela Coel n’en prend pas et fonce tête baissée pour exposer une vérité difficile à digérer. Broyer du noir avant de se reconstruire, Arabella entame quelque chose d’intimidant : la destruction et l’autodestruction. L’équation est complexe et la jeune femme tente de trouver une solution. Michaela Coel écrit et incarne le portrait étrange mais dévasté d’une jeune femme qui passe du soleil italien à la tempête londonienne au cours d’une seule nuit. Le spectacle bascule du rire aux pleurs.

À partir du 8 juin en US+24 sur OCS.

Casting : Michaela Coel, Paapa Essiedu, Weruche Opia, Harriet Webb

Fiche technique : Créée par : Michaela Coel / Date de sortie : 7 juin 2020 / Format : 30 minutes – 12 épisodes / Chaîne : HBO