Hunters : les nazis n’ont qu’à bien se tenir

Prenez le duo Logan Lerman-Al Pacino, une dégaine des années 70, quelques nazis infâmes aux yeux injectés, saupoudrez un peu de sauce à la Tarantino et vous obtiendrez la nouvelle série issue du vivier Amazon Prime. Convaincante sur le fond, mitigée sur la forme.

Les attentes étaient plutôt grandes. Al Pacino de retour dans une série en chasseur de nazis infiltrés dans l’Amérique des années 70. Amazon promettait un show à faire saliver plus d’un. La série s’inspire de vrais évènements survenus après la Seconde Guerre Mondiale, notamment l’Opération Paperclip. L’opération en question, initiée par l’état major de l’armée américaine, visait à recruter des centaines de scientifiques allemands ayant travailler pour le régime nazi et ce dans le but de contrer l’URSS et subtiliser les armes secrètes du Troisième Reich. Loin d’être de simples exécutants, ces scientifiques occupaient des postes haut placés dans la recherche en tous genres.

Photo copyright: Christopher Saunders – Amazon Studios

Hunters prend donc comme idée de départ ces éléments historiques pour tisser une intrigue largement fictive autour d’une bande de chasseurs de nazis à la fin des années 70 aux États-Unis. Alertés par la présence dans le pays d’anciens hauts dignitaires issus du régime nazi ayant pour dessein de renverser le pouvoir en place afin d’instaurer le Quatrième Reich, Meyer Offerman (Al Pacino), rescapé des camps de concentration, et sa bande de joyeux lurons loufoques, se donnent pour mission de rendre justice. La bande est bientôt rejointe par Jonah Heidelbaum (Logan Lerman), un adolescent juif qui traîne avec ses potes et deal ici et là pour aider sa grand-mère, survivante de la Shoah elle-aussi. Mais un soir, cette dernière est assassinée sous les yeux de son petit-fils dans des circonstances pour le moins étranges. Jonah se met en tête de résoudre le mystère entourant l’assassinat de sa grand-mère et va découvrir l’envers du décor d’une énorme machination nazie.

David Weil réalise son plus gros coup avec Hunters. Quasiment inconnu des radars hollywoodiens jusque-là, l’Américain, petit fils d’un survivant de l’Holocauste et ayant grandi à Long Island, fait parler de lui en créant et co-écrivant la nouvelle fiction phare d’Amazon. Sur le papier, la série promettait de grandes choses. Un casting séduisant composé de Josh Radnor (How I Met Your Mother), Lena Olin, Jerrika Hinton, Saul Rubinek, Carol Kane, Greg Austin, Kate Mulvany, Logan Lerman et bien sûr Al Pacino, une intrigue captivante et, cerise sur le gâteau, Jordan Peele, à qui l’on doit notamment l’excellent Get Out, en tant que producteur exécutif. Et pourtant, dans les faits, Hunters déçoit et ce en grande partie à cause de son exécution.

Photo copyright: Christopher Saunders – Amazon Studios

Des images à l’ambiance pop seventies mélangées à des flashbacks de la Shoah à l’atmosphère pesante, Hunters est souvent comparé à Inglorious Basterds. Le traitement loufoque de la série présente en effet de grandes similitudes avec le film de Quentin Tarantino. La présentation décalée des personnages en est l’illustration parfaite. Mais voilà, n’est pas Tarantino qui veut. Au lieu d’apporter une touche originale, ce traitement n’amène strictement rien au récit. Un parti pris loufoque distillé à petite dose ici et là, soit trop peu assumé et mal réalisé, soit complètement en décalage avec un sujet des plus sensibles à partir duquel les scénaristes s’amusent à imaginer des évènements douteux, à l’image de la partie d’échec humaine. Filmée en flashback, la scène montre des Juifs nus en guise de pions, disposés sur un échiquier et munis d’une lame de rasoir devant se supprimer tour à tour en cas de victoire. La scène a fait des émules jusqu’au Mémorial d’Auschwitz. Le musée basé en Pologne a dénoncé via son compte Twitter la dangerosité de tels scénarios purement fictifs pouvant ouvrir la voie à de futurs négationnistes. Ce a quoi David Weil a répondu que dès lors que la série est une fiction avec des personnages purement fictifs s’inspirant de fait réels, elle n’est pas un documentaire et n’a jamais prétendu l’être. Ladite scène lui semblait être un bon moyen pour « contrecarrer le plus efficacement possible le récit révisionniste » en illustrant l’extrême violence et sadisme endurés par les Juifs.

Malgré la polémique et le traitement bancal, Hunters présente néanmoins un postulat de départ intéressant avec un duo d’acteurs séduisant. Al Pacino impeccable face à Logan Lerman, connu pour son rôle de Percy Jackson dans les films du même nom, efficace en jeune désorienté. Loin d’être parfaite, la série n’est quand même pas à mettre aux oubliettes.

Casting : Logan Lerman, Al Pacino, Josh Radnor, Lena Olin, Jerrika Hinton, Saul Rubinek, Carol Kane, Greg Austin, Kate Mulvany, Dylan Baker, Tiffany Boone, Louis Ozawa.

Fiche technique : Créée par : David Weil / Chaîne : Amazon / Format : 60 min – 10 épisodes / Date de diffusion : 21 février 2020