Le journal intime de Anne Lister livre ses secrets dans la série Gentleman Jack

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HBO et BBC joignent leurs forces dans cette nouvelle série attendue pour le 22 avril et dès le 23 avril sur OCS. Derrière Gentleman Jack, des femmes principalement mais surtout Sally Wainwright. Après Happy Valley, la britannique a créé, écrit et co-réalisé la série adaptée du journal intime de Anne Lister, propriétaire terrienne lesbienne pas franchement en phase avec son temps. 24 volumes pour un journal intime de 4 millions de mots, dont une partie a été écrite en langage codé par son auteur. Connue de certains pour être la première lesbienne moderne, connue d’autres pour être une grande baroudeuse ayant réalisé la première ascension officielle du Vignemale dans les Pyrénées, Anne Lister était d’abord une femme hors-norme, progressiste et féministe, en total décalage avec ses pairs et son temps.
Photo copyright : HBO
1832, en pleine révolution industrielle, Anne Lister (Suranne Jones) vit à Shibden Hall, une ancienne demeure à Halifax. Entourée de sa soeur Marian, étouffée par l’écrasante prestance de son aînée, de sa tante et de son père, Anne est une femme brillante, curieuse de tout, fonceuse et peu encline à s’embarrasser des us et coutumes de l’époque. Elle se fout des conventions, plus préoccupée à vivre heureuse, de la façon dont elle l’aura choisi. Anne se moque du qu’en dira-t-on. Toute de noire vêtue, la démarche sûre, elle remplace au pied levé son employé chargé de récolter les loyers. Une folie pour l’époque. Un travail d’homme voyons ! Pleine de ressources, elle est déterminée à redorer le blason de son ancestrale maison en réhabilitant les mines de charbon sur ses terres. Un pari épineux pour une femme au 19ème siècle. Un business où l’on ne se fait pas de cadeau et surtout pas à… une femme. Alors que son penchant pour le même sexe n’est un secret pour quasiment personne, elle n’aspire qu’à une chose : faire un beau mariage avec, non pas un riche, mais une riche héritière. Cette dernière est toute trouvée en la personne de Ann Walker (Sophie Rundle), jeune femme esseulée, en mal d’aventures, riche qui plus est, et pas indifférente aux avances de Anne. Plus les deux femmes apprennent à se connaître, plus l’intérêt et la fascination de Ann Walker grandit pour cette femme des plus singulières. Oui mais voilà, la relation qu’entretiennent les deux femmes n’est évidemment pas bien vue…
Photo copyright : HBO
 

Une série singulière pour une femme hors du commun

Gentleman Jack retrace avec panache et humour l’existence haute en couleur de Anne Lister. Considérée comme singulière et originale à l’époque, elle courait après le bonheur à tout prix et vivait au grand jour ce que d’autres s’efforçaient tant à cacher, ces derniers se retranchant toujours derrière une pseudo moralité et des principes bigots. Bornée diront certains, folle diront d’autres, Anne avait le mérite de revendiquer qui elle était vraiment, une femme de caractère sans aucune hypocrisie ou faux-semblant, radicale et franche, courageuse car, vous l’aurez compris, il en fallait du courage pour ne pas céder face à la pression sociale de l’époque. Interprétée par la pétillante Suranne Jones (Doctor Foster, Scott and Bailey), Anne Lister se dévoile à travers 8 épisodes au rythme ultra-efficace comme une femme aux multiples facettes qui n’abandonne jamais ses convictions. Tantôt d’un humour piquant, tantôt émouvante, l’actrice britannique incarne avec brio cette figure féminine charismatique faisant fondre les femmes et faisant de l’ombre aux hommes. Si certaines scènes sont des crève-coeurs, montrant toute la difficulté de vivre souvent impuissante dans un monde intolérant et ignare, l’humour prend à chaque fois le dessus, faisant de cette série une comédie dramatique jouissive. Le personnage principal de Anne Lister ne se contente pas de mettre tout le monde en boîte avec des répliques bien senties mais se tourne régulièrement vers les téléspectateurs pour leur faire des clins d’oeil ou leur confier, avec humour toujours, ses pensées, créant ainsi une complicité avec l’audience. En témoigne la scène dans laquelle Ann Walker demande à Anne ce qu’elle regarde, alors que cette dernière vient de jeter un regard complice aux téléspectateurs. Et justement, le tandem Anne et Ann file droit et réussit à nous embarquer dans les tracas que ce couple d’autrefois a dû endurer. Le duo Suranne Jones et Sophie Rundle (Peaky Blinders, Bodyguard) fonctionne merveilleusement. L’une étant aussi sûre d’elle et déterminée que l’autre introvertie et en mal d’estime. Une chose est sûre, Gentleman Jack ne ressemble à rien de ce que l’on a déjà pu voir à la télévision. Son sujet de base, sa perspective – celle d’une femme gay au 19ème siècle – et sa qualité d’écriture en font une série en tous points réussie. Drôle, rythmée, efficace ou encore émouvante, elle raconte avec sensibilité et aplomb le parcours sinueux d’une femme voguant à contre-sens dans un univers étriqué, rejetant tous les postulats d’une société patriarcale machiste et ignorante. Un coup de pied dans la fourmilière bienvenu pour une série à ne pas rater.   Casting : Suranne Jones, Sophie Rundle, Gemma Whelan, Timothy West, Gemma Jones, Stephanie Cole, Peter Davison, Amelia Bullmore, Vincent Franklin Fiche technique : Créé par : Sally Wainwright / Réalisé par : Sally Wainwright, Sarah Harding, Jennifer Perrott / Écrit par : Sally Wainwright  / Chaîne : HBO, BBC One / Diffusion : 22 avril 2019 / Format : 8 épisodes – 60 min / Pays : GB-USA