Frankie : la finesse d’Ira Sachs peine à masquer les imprécisions

Ira Sachs s’est taillé une belle réputation outre-Atlantique grâce à des oeuvres d’une infinie délicatesse. Issu du mouvement du cinéma américain indépendant, sa première incartade européenne se voit sélectionnée à Cannes, en compétition. Verdict. 

À l’évocation du nom d’Ira Sachs, on se rappelle de Keep the Lights On, une histoire inspirée de sa romance entre lui-même et l’agent littéraire Billy Clegg. Ira Sachs réussit entre 2012 et 2016 à réaliser des oeuvres poignantes, profondément humaines, sans fard. La rudesse des sentiments, de la vie, du regard des autres. L’humilité est toujours là, dans un coin. Avec Frankie, il est toujours question de cette dimension familiale, des liens parfois rompus et surtout d’amour. Alors quand cette actrice, Françoise Crémont, dit Frankie (Isabelle Huppert), se sachant gravement malade, décide de convoquer les membres de sa famille et ses amis à Sintra au Portugal. L’histoire trace les contours d’une famille recomposée et fracturée. 

Il y a du Noah Baumbach chez Ira Sachs, dans les dialogues et la mise en scène. Isabelle Huppert qui se pavane au bord d’une piscine. Un frère et une soeur – par alliance – qui se prennent le bec pour des broutilles. Une valse de personnages vacillants, tous tristes, parfois enjoués, mais surtout désabusés. Ira Sachs bâtit son histoire autour de Frankie, cette femme aimée, flirtant avec la mort. Oubliez l’élégie dégoulinante. Frankie est plus ce catalyseur relationnel parfois grincheux et même détestable. Là où Frankie (le film) touche, c’est au milieu des relations multiples, des liens que désirent (re)nouer l’actrice française. Un genre d’héritage orchestré, pour consolider les relations, pour résoudre les problèmes de chacun. 

Ira Sachs en fin cinéaste, même si…

À trop vouloir colmater les brèches, Ira Sachs se perd dans ces nombreuses saynètes, perdant de son mordant, de sa fragilité. Nombre de fois, certaines séquences ne valent par grand chose dans le récit, le freinant, le rendant affreusement linéaire. Heureusement qu’Ira Sachs gère avec une certaine finesse ce portrait fragmenté d’une famille recomposée. Nous y retrouvons un Brendan Gleeson en mari déboussolé, ou encore une Marisa Tomei en amie conviée pour une hypothétique relation amoureuse avec le fils de Frankie, Paul (Jérémie Renier). Une mosaïque d’individus formant le noyau dur de l’existence de Françoise Crémont. Consolider cet amour balbutiant, Frankie s’en est fait sa dernière volonté avant de quitter la surface du globe. 

© SBS Distribution

Des portraits qui en font une histoire avec ses chemins de traverse. Toujours est-il que la matière est trop dense. Des sous-intrigues se mêlant à une intrigue centrale sous explorée. Le segment final, s’apparentant à une fresque dépouillée où Frankie trône en maîtresse sur sa cour, rappelle tout la méticulosité de l’écriture et de la mise en scène de Sachs. Malgré ça, les faiblesses sont nombreuses, dégommant les bonnes intentions, court-circuitant le joli moule initial.

Casting : Isabelle Huppert, Brendan Gleeson, Marisa Tomei, Jérémie Renier, Pascal Greggory, Vinetta Robinson, Ariyon Bakare, Greg Kinnear

Fiche technique : Réalisé par : Ira Sachs / Date de sortie : 28 août 2019 / Durée : 98 min / Scénario : Ira Sachs, Mauricio Zacharias / Photographie : Rui Poças / Musique : Dickon Hinchliffe / Distributeur suisse : Import