Cinéma | Tour de table des sorties de la semaine

Mercredi, c’est jour de sortie et nous avons sélectionné 3 films qui vont tenir le haut de l’affiche dès aujourd’hui. Parmi eux, Ang Lee fait office d’épouvantail, du gros mastodonte paré à tout souffler sur son passage. Pour concurrencer la grosse production américaine, l’étonnant Alice et le maire de Nicolas Pariser, ou encore l’adaptation du roman de Roland Buti, Le Milieu de l’horizon.

Gemini Man de Ang Lee 

Un script oublié depuis presque 20 ans, dormant chez monsieur Jerry Bruckheimer. Ang Lee saute sur l’occasion pour livrer un film techniquement virtuose, dont on ressort légèrement décontenancé. Une expérience à vivre sur grand écran, qui vous aspire dans un tourbillon de 3D, en HFR (high frame rate) à 120 images seconde – nous on l’a vu en 60 images. Prouesse technique vous embarquant dès les premières secondes dans un tir de sniper aussi sourd que la valse technologique qui nous attend. Will Smith dans la peau d’un tueur professionnel, Henry Brogan, à la retraite après un dernier tir risqué, se fait chasser par une agence para-militaire dirigée par le malfaisant Clay Verris, interprété par un Clive Owen comme absent et désincarné. Outre cette unité, Brogan fait connaissance avec un jeune homme lui ressemblant étrangement, anticipant chacun de ses mouvements. Mais qui est-ce ? 

Le script s’équilibrant autour de cette étrange anomalie physique est d’une banalité affligeante, prévisible. L’enjeu principal du film réside dans le dédoublement technologique de Will Smith, entre le jeunot de 25 ans et le vieux de 51 ans. Cette nouvelle « mode » que Martin Scorsese vient de mettre en place dans son très attendu The Irishman, reste l’une des attractions principales. Des scènes bien fichues de Carthagène au très bon segment se déroulant à Budapest – le meilleur passage du film – ne réussiront pas à convaincre pleinement. L’action, tout en relief et en mouvement, permet une immersion opérant progressivement, une presque expérience en caméra subjective. Le dispositif cinématographique est à souligner, malheureusement la faiblesse abyssale du scénario de Gemini Man entache la formule finale. 

Alice et le maire de Nicolas Pariser 

Quand la philosophie vient en aide à la politique. Après une présentation remarquée à la Quinzaine des réalisateurs, Nicolas Pariser persiste et signe dans un registre qui lui sied à merveille: les sphères politiques. 

Dans la peau de Paul Théraneau, le maire de Lyon, Fabrice Luchini fait preuve d’une belle retenue. Sobre qu’il est, dans cette fourmilière qu’est la politique. Lente digression politique, où Rousseau et Orwell se croisent, où Alice Heimann, la nouvelle assistante du maire, se remue les méninges pour répondre à une réflexion primordiale: la pensée et la pratique sont-elles conciliables ? Alice et Paul vont former la paire pour tenter de mettre en application bon nombre d’idées. Faire avancer les choses. Pariser, la plume acérée et dont la fascination pour l’opacité trouble de la manipulation et le cynisme ont déjà été perçus dans son oeuvre précédente, étonne dans l’intelligence et la maîtrise de son schéma narratif. Installer le progressisme comme une épine dans le pied, Alice et le maire traite de cet étonnant paroxysme qu’est le progressisme : est-il une bonne chose ou ne faut-il pas garder un pied dans le passé pour avancer ? 

Le duo Demoustier/Luchini réussit à nous amener dans un échange convaincant, stimulant intellectuellement. L’intelligence narrative au détriment d’une réalisation très pauvre, très statique. Peut-être trop scolaire, le propos est avant tout une réflexion sur la vitesse affolante à laquelle va notre société. 

Le Milieu de l’horizon de Delphine Lehericey

La sécheresse des sentiments. La canicule emporte tout sur son passage dans Le Milieu de l’horizon, tiré du roman de Roland Buti. Delphine Lehericey adapte, à l’image d’un roman d’atmosphère, une histoire où les sentiments et les illusions s’assèchent dans les sillons d’une terre aride. Les soucis à l’horizon pour défaire les fondations d’un couple fragilisé par les difficultés liées à l’exploitation. L’arrivée intempestive d’une femme, Cécile (Clémence Poesy), débarquée comme ça, à l’improviste, viendra dégoupiller les fondations d’un couple – incarné par Laetitia Casta et Thibault Evrard – partant à vau-l’eau. Une libération de la femme portant l’estocade au patriarcat d’antan. Gus (Luc Bruchez) voit ses parents se déchirer, laissant par la même occasion les dernières parcelles de son enfance derrière lui. La vague de chaleur est intense, le choc émotionnel l’est tout autant pour le gamin. 

Le Milieu de l’horizon évolue en retenue. Cette sensation que la violence reste en surface. Lehericey manque peut-être d’intensité dans sa mise en scène, la direction laisse parfois à désirer, mais le jeune Valaisan Luc Bruchez illumine cette fable mélancolique et agricole.