Baromètre sériel #8 : 2 séries Netflix à voir ou à éviter

Le semi-confinement continue de nous enquiquiner, mais impossible de s’ennuyer avec la plateforme de Los Gatos mieux connue sous le nom de Netflix. Allez, un peu de sérieux pour vous faire un petit récapitulatif des dernières sorties sérielles du géant rouge. Pas de séries américaines, mais des productions égyptiennes et suédoises au menu du jour : Paranormal et Love & Anarchy. 

Love & Anarchy

Rencontrer un jeune collègue chez son nouvel employeur, Sofie Rydman en fait l’expérience avant de s’engager dans une petite partie du genre « cap ou pas cap ». Exit Marion Cotillard et Guillaume Canet, voici Ida Engvoll et Björn Mosten. 

Fais ci, fais ça et tu auras le droit de récupérer ton portable ou ton rouge à lèvres. Ce fameux rouge à lèvres qui active un jeu qui va vite dégénérer en guet-apens sentimental. Les prémices d’une naïveté amoureuse, une envie de goûter à autre chose que sa routine et sa vie bien rangée de femme active et mariée. Un détonateur des habitudes greffé aux aléas d’une maison d’édition amenée à entreprendre le grand tournant numérique, sur le déclin, et sur le point d’être rachetée. On pourrait presque voir une allégorie de l’existence de Sofie : une mise à jour de sa situation de femme mariée et mère de 2 enfants. 

Une femme qui cherche à pimenter une vie en matant du porno après avoir étouffé ses lointaines aspirations d’écrivaine. Love & Anarchy, le grand saut dans l’inconnu, où les échanges provoquent cette petite inspiration, silencieuse, pour convoquer les affres de l’érotisme. Une forme de déflagration sulfureuse dans une Suède placide, où les relations paraissent quasiment platoniques. Osons! Dégoupillons la grenade! Ce saut dans l’inconnu si cher à cette seconde production suédoise – après Quicksand -, tant professionnellement qu’intime. L’anarchie professionnelle et amoureuse, le menu torride et scabreux que propose Lisa Langseth est plutôt convenable, assez pour bien le noter sur Tripadvisor. Mais même si la note est correcte – promis, c’est bientôt fini avec les petites métaphores culinaires -, elle reste trop maigre. On n’est pas rassasié. Flûte! 

Romance et comédie, en passant par la grande quête intérieure à travers l’autre, il y a de bonnes choses et de moins bonnes. Love & Anarchy souffre du syndrome de la série « consommée et oubliée aussitôt ». S’affranchir des normes sociales c’est bien, mais encore faut-il approfondir le sujet, insuffler du relief à des personnages qui paraissent rapidement vides. On s’enfile les 8 épisodes, on « shazam » 2-3 morceaux, et on se déconnecte de Netflix. Résultat : l’indifférence prédomine.  

Paranormal 

La moue boudeuse de Refaat (Ahmed Amin), nouveau Droopy égyptien et professeur à l’Université du Caire, nous rappelle nos pires journées, nos instants les plus désabusés. Sa démarche douloureuse, son phrasé cassant, ses pensées sarcastiques récitées en voix-off ne font que rendre le personnage… attachant. Lui, c’est un enquêteur paranormal malgré lui, antihéros par excellence, dont les lois de Murphy conjurent son existence. Un sceptique, négatif à souhait et embourbé dans un triangle amoureux ingérable. L’une d’elles est Huwaida (Aya Samaha), sa promise qu’il préfère repousser maladroitement. L’autre répond au doux nom de Maggie (Razane Jammal), le grand amour (secret) du Dr. Refaat.  

Hormis cette brinquebalante épopée amoureuse, il y a des mythes, des moments paranormaux. Tout d’abord, c’est une trentaine d’années plus tôt que le jeune Refaat fait la rencontre d’une jeune fille, Shiraz. Son démon d’antan, ce fantôme qui lui cause maux et tourments. Une ombre dans une pièce, une silhouette enroulée dans les rideaux ; la petite fille le suit depuis sa rencontre quand il était gamin. Un danger menaçant ou non ? Les flashbacks du premier épisode nous expliquent la nature de cette « relation ». 

Dans cette Egypte des années 60, le créateur Amr Salama opte pour une action très travaillée à l’image soignée, laissant l’horreur de côté au profit d’une atmosphère pesante. Pas de giclée de sang, pas de jump scare illusoires, juste un professeur qui mène l’enquête à travers les mythes et ses sentiments sibyllins. Du pharaon noir au gardien des cavernes en Libye, en passant par la fameuse maison Al Khadrawy, cette maison hantée où Shiraz l’hypnotisait, Paranormal se love dans la malédiction tout en gardant un pas de recul : un déroulé teinté d’humour noir. Des complaintes incessantes adaptées des romans de Ahmed Khaled Tawfik, sculptant une histoire qu’on peut qualifier de légère, loin d’un conte ultra mélancolique. Disons sournois, comme les monologues intérieurs de Refaat. Au détour d’un échange avec Huwaida, il avoue être fan de la rubrique nécrologique, ça lui permet de voir la race humaine décroître. La pointe de l’iceberg d’un humour noir. Un homme triste et déprimé qui distille quelques boutures bien senties. Un ton résolument plaisantin que la mortalité vient doucher de son eau glaciale. Une confrontation face à la malice des esprits malfaisants : « si l’esprit veut jouer, joue avec lui. » Alors, en dépit d’un rythme parfois lancinant, les fantômes pointent le bout de leur nez pour rappeler qu’on n’est pas là pour (seulement) s’amuser. Intéressant.