Baromètre sériel #6 : 3 séries à voir ou à éviter

Si Netflix reste le grand diffuseur du moment avec une cadence de presque 3 séries par semaine, les autres également sont bien présents. Le Bachelor revisité par Cohen et sa bande, le retour de Ridley Scott derrière la caméra et la série héritage de Bruce Lee, le menu est copieux. Alors place à un nouveau chapitre de notre baromètre sériel.

La flamme (Canal+)

Marc (Jonathan Cohen), 36 ans ou plutôt 40 ans, pilote de ligne est prêt à embarquer pour son plus beau voyage : le 7ème ciel. 13 femmes prêtes à lui faire découvrir l’amour, le vrai, sont à son entière disposition. Et comme présentateur vedette, Vincent Dedienne, sorte de Denis Brogniart déjanté.

Capturant l’esprit de l’émission le Bachelor rendue populaire en 2003, La Flamme remplit son objectif : emprunter pleinement le dispositif parodique pour en tirer l’essence comique. Le sujet est mûr pour les moqueries. Une brochette d’actrices et d’acteurs comme Leïla Bekhti, Florence Foresti, Youssef Hadji, Ana Girardot, Doria Tillier et bien entendu le trublion Jonathan Cohen misent sur le grotesque sans concession. Et ça marche. La formule pompée sur la série Burning Love créée par Erica Oyama, colle à peu de choses près à son illustre grande soeur américaine. La quête de l’amour (orchestrée) face caméra trouve un nouveau souffle dans un genre tout à fait absurde, poussant le curseur du ridicule aussi loin que possible. Hilarité générale et tout feu, tout flamme pour Canal+ sur ce coup.

Raised by wolves (HBO Max – prochainement sur Warner TV)

La beauté des paysages d’une planète inconnue, où des androïdes prennent soin d’enfants humains. Ne lésinons pas sur les mots : Raised By Wolves a mis les petits plats dans les grands. Ridley Scott à la production et réalisateur des deux premiers épisodes, le tout écrit par Aaron Guzikowski (Prisoners). Un sacré mécanisme pour attaquer une série qui plaît tout de suite par sa plastique hallucinante, par sa vision chaotique d’un monde futuriste.

Ces androïdes qui élèvent des enfants proposent une étude de la cellule familiale. Écriture cérébrale et vision intrigante, la production plaît par son immersion – une planète vierge – et son troublant discours. Percutante à plusieurs égards, comme cette hallucinante scène finale à l’occasion du premier épisode, Raised By Wolves est assurément une production qui pèse dans le milieu sériel. Un tel morceau esthétique qui peine parfois à totalement convaincre par sa longueur – quelques faiblesses rythmiques – et sa dimension réflexive, mais flamboyant par instants, trimardant sur des terres inexplorées de notre univers. Sombre et violent, le récit nous garde assis, les yeux rivés – et rougis – sur des épisodes tous plus mystérieux les uns que les autres.

Warrior (Cinemax – visible sur OCS)

Les gueules écorchées n’en ont pas fini avec la guerre des Tongs du XIXe siècle à San Francisco. Ce vieil Ouest qu’un certain Bruce Lee avait imaginé auparavant, où les bastons et l’hémoglobine pulsent comme jamais. Sous l’impulsion de Justin Lin, coiffant la casquette de producteur, et Jonathan Tropper, en matière de créateur, la série et le spectre du maître des arts martiaux reviennent nous proposer une grosse dose d’adrénaline.

Délirante de rythme et de coups de pied en tout genre, cette seconde saison sonne le retour de l’immigrant chinois Ah Sham (Andrew Koji), rejeté par sa soeur Mai Ling (Dianne Doan). Un retour presque triomphal, en grande pompe, avec sa tronche cabossée par les rafales de phalanges. Les triades et les Irlandais croisent le fer pour s’approprier Chinatown. Et qui dit contrôle d’un quartier, dit tension et vague de violence ; la machette et les couteaux sont de la partie. Pour se démarquer dans ce déluge de testostérone, cette guerre de coqs typiquement dans la veine d’une série telle que Peaky Blinders, ou un film du genre Gangs of New York, il faut la patte de Tropper qui, malgré ses grandes ambitions, densifie une mise en scène sublime. Une action découpée et une cinématographie prodigieuse. Quelle déboite cette action ciselée.