Avec Devs, Alex Garland visite l’abîme moral

Alex Garland est devenu en peu de temps une figure incontournable de la science fiction. Après des débuts en tant que romancier, il s’est essayé à la réalisation avec pour premier film le très remarqué « Ex Machina », un thriller psychologique d’anthologie suivi de l’excellent « Annihilation », un thriller d’anticipation remarquable, à la fantaisie hypnotique.

Cette fois-ci, c’est par le prisme de la série que Garland se lance dans une nouvelle épopée technologique, teintée de philosophie. Produite par la chaîne FX et diffusée sur la plateforme Hulu, Devs est une nouvelle percée dans un univers parallèle, dans l’ivresse de la science-fiction où des silhouettes se perdent dans le flou, tant psychologique que physique. Au coeur du développement, au coeur d’une conspiration, la série imaginée par Garland traite du mystérieux meurtre de Sergei (Karl Glusman), employé d’une compagnie technologique. La petite amie du défunt, Lily (Sonoya Mizuno), suspecte l’entreprise et récolte des informations qui vont l’amener à découvrir la pointe immergée de l’iceberg.

Sergei, titulaire d’un MIT et originaire de Russie, entre dans un projet nommé Devs. Tel un gourou, Forest (Nick Offerman) le place face à un écran, sans la moindre précision. « Lis les codes et prends ton temps, tu verras… » insiste Forest, aussi mystérieux que cette grande boîte dorée, illuminée par une technologie de pointe, où les faciès se perdent dans la pénombre. L’ambiance est stricte, les identités restent secrètes et la véritable fonction de Devs demeure inconnue. Qu’est-ce que Devs ?

Le virtuel empiète sur le réel

Un monde d’illusions et de désillusions, le réel face au virtuel, la machine et l’Homme. Garland débloque les sentiers mystérieux d’un récit quasi chimérique, entre rêve et cauchemar, emprunt de deuil et d’inventions. « L’univers est déterministe » se plaît à expliquer Forest, parlant d’une ligne invisible que nous suivons. La mouvance virtuelle se faufilant entre les identités secrètes et les agissements diffus, l’univers se complexifie et se cristallise autour d’une bande que Lily qualifie de « fanatiques ». Telle une secte, cette société, opérant dans une opacité glauque drapée de secrets, nous captive plus le récit distille des indices.

En faisant un retour étincelant dans le genre thriller psychologique, Garland réussit une création solide, vertigineuse quand les enjeux deviennent clairs – le second épisode frôle la perfection. Une lumière éclaircit l’obscurité initiale ouvrant la brèche d’une histoire soufflant conspiration et vapeurs d’une froide mortalité. La bande-son grinçante, parfois agressive, fonctionne comme un dispositif prêt à dégoupiller. Devs plaît par sa sobriété, par sa précision clinique, se débarrassant de la moindre fioriture. Le récit, lui, se fige au milieu des « rêves » du personnage de Forest, campé par un Nick Offerman à l’écorce dure, rappelant dans les grandes lignes le personnage d’Oscar Isaac dans Ex Machina.

Le labyrinthe psychologique et contemplatif à la beauté insaisissable. Une enquête qui nous aide à comprendre l’intention principale du projet Devs, pièce par pièce, épisode par épisode. L’intelligence artificielle fait de nouveau un passage remarqué grâce à la plume brillante de sobriété d’Alex Garland.

Casting : Sonoya Mizuno, Nick Offerman, Jin Ha, Zach Grenier, Karl Glusman, Stephen Henderson, Cailee Spaeny, Alison Pill

Fiche technique : Créée par : Alex Garland / Chaîne : Hulu / Format : 50 min – 8 épisodes / Date de diffusion : 5 mars 2020