Age Out : des orphelins se cramponnant à la vie

A.J. Edwards est connu comme l’élève de Terrence Malick. Après son premier long intitulé The Better Angels, l’Américain persévère à travers le prisme de la jeunesse, avec un jeune en perdition embarqué dans une affaire compliquée à gérer. 

Apprendre au contact du maître Terrence Malick porte à coup sûr ses fruits. A.J. Edwards, méticuleux avec l’image et rappelant étrangement son maître à penser, nous expose le début d’une oeuvre appelée à devenir majestueuse plus le temps défilera. Après The Better Angels, histoire basée sur la jeunesse d’Abraham Lincoln, Edwards atterrit à notre époque, imaginant la jeunesse d’un jeune homme (Tye Sheridan), se démenant pour rouler sa bosse seul, accumulant les jobs sur les chantiers ou dans les hôtels. Un orphelin, traîné de famille d’accueil en famille d’accueil, qui ne demande pas son reste, se battant pour son indépendance fraîchement embrassée, voguant entre ses logements succincts et sa rencontre étrange avec Swim (Caleb Landry Jones). Les deux flânent et sympathisent. Swim est ce jeune délabré, alcoolique. Richie l’écoute d’une oreille, jusqu’au jour où il lui confesse que sa propriétaire est une arnaqueuse connue de tous. Un soir, Richie fait irruption pour voler un peu d’argent. L’arroseur arrosé. Le lendemain, la propriétaire est retrouvée abattue. Manque de pot, Richie était le dernier sur les lieux. 

Le script offre une autre facette du jeune homme quand son chemin croise celui d’une jeune enseignante à la dérive, Joan (Imogen Poots). Une romance se noue, doucement, délicatement, entre deux individus écorchés par la vie. Tous deux sont orphelins ; Joan vient tout juste de perdre ses parents. Traumatisme et solitude en toile de fond, l’une semble atterrée et vidée, l’autre demeure impavide, comme vacciné contre l’abandon. Entre les deux, Edwards crée une relation envoûtante de retenue, remarquable de partage et de tendresse. Minimaliste jusqu’à l’image, Edwards traite les mouvements lasses et la subtilité de l’exposition des sentiments. La beauté à travers l’image, montée sur une mise en scène hallucinée – reconnaissable chez Malick -, Age Out suit le road-trip sentimental de deux jeunes abandonnés. 

La vie les consumant, orphelins des siens, orphelins d’autrui, livrés à eux-mêmes. L’une découvre le vide, alors que Richie survit, surnage depuis des lustres. Sa rencontre avec Swim – Caleb Landry Jones dans un registre maîtrisé – est une métaphore intéressante : une mauvaise conscience, le diable incarné pour Richie. Swim le pousse à voir la vie sous un angle mesquin, alors que sa rencontre avec le shérif (Jeffrey Wright), lui qui l’encourage à reprendre des études, est la bonne conscience, l’ange de substitution. Ce tiraillement sous-tend vers une vulnérabilité d’un gamin de 18 ans sans la moindre racine, combattant un déficit émotionnel trop grand pour un jeune de cet âge.

Un portrait poétique, dans la douleur, dans l’acrimonie. Les lignes de saxophone de Colin Stetson greffées à la magnificence des images, d’une cinématographie – composée par Jeff Bierman – comme rarement vue cette année, placent Age Out au milieu d’un élan féérique, mélancolique, harmonisant le vertige de la vie. L’ivresse onirique pour une fresque impressionnante de contemplation.

À découvrir sur Youtube.

Casting : Ty Sheridan, Imogen Poots, Jeffrey Wright, Caleb Landry Jones, Brett Butler

Fiche technique : Réalisé par : A.J. Edwards / Durée: 91 min / Scénario : A.J. Edwards / Photographie : Jeff Bierman / Musique : Colin Stetson