À voir ou à éviter ? Notre baromètre passe au crible 3 séries

Flack : tout pour l’image

Vodka, MD, un jeune homosexuel nommé Pedro inanimé sur le sol, avec un joueur de foot qui s’apprête à signer un juteux contrat en faveur de Chelsea, l’un des clubs phares de Londres. Voilà le tableau dépeint dès l’entame de Flack. Cocktail explosif qui rejoint le monde du showbiz, où l’image est primordiale. Robyn (Anna Paquin) est celle qui colmate les brèches, qui use de stratégies rocambolesques pour sauver les fesses de ses clients. Un genre de Ray Donovan en bien plus déluré, Flack, produit par la chaîne Pop, se fond dans le monde du paraître avec ses innombrables clichés. Une agence dirigée par une boss caricaturale à souhait, botoxée et glaciale comme un iceberg, et des collègues – spécialement Eve, interprétée par Lydia Wilson – aussi folles et dérangées qu’un rassemblement de psychopathes en plein air.

Photo copyright : Pop

Robyn, Américaine parachutée dans cette très chère ville de Londres, nettoie et reformule une vérité aussi artificielle que le monde qu’elle côtoie. Son petit manège continuel fait la balance entre son univers professionnel et privé. Une relation amoureuse qui ne tient qu’à un fil, une soeur, Ruth (Genevieve Angelson) qui mène une vie bien différente mais tout aussi animée que celle de sa soeur adorée. Des personnages avec leurs grosses failles et leurs névroses.

Tout est question de mise en scène, mais il est difficile de concilier les deux pour Robyn. Des épisodes tournés sous cocaïne, à l’énergie effrénée. Un premier épisode barré, un second qui suit la lignée, sans parler d’un troisième segment où la fête d’anniversaire de Ruth prendra des proportions plutôt loufoques – le sujet de la soirée varie entre prendre un Jägerbomb ou plutôt une tequila. Furieux et si caricatural, Flack ne se détourne jamais de son sujet principal : le showbiz c’est du pipeau et dans ce milieu, tout le monde est taré et menteur.

Au milieu de la foule de mensonges, des remontrances et des mauvaises surprises, Anna Paquin modèle un personnage touchant, profondément mal dans sa peau, indécise, mais tout de même attachant. À force de jouer au cerbère pour ses clients, elle s’oublie, brûle la chandelle par les deux bouts et s’en prend plein la face. Les rails de coke ouvrent un grand trou noir où tout le monde se retrouve aspirer pour ne laisser sortir que les sombres effluves de l’être humain. Six épisodes qui démontrent que la superficialité de ce monde déteint d’une manière ou d’une autre sur vous. Une série déjà vue, certes, sans virtuosité aucune, d’accord, mais assez divertissante pour vous embarquer dans la spirale infernale de Robyn et ses tourments.

MotherFatherSon : trio familial aux plaies visibles

Le showrunner de American Crime : The Assassination of Gianni Versace, Tom Rob Smith déploie une histoire familiale où l’argent le pouvoir ternissent la loyauté. « On a dit des choses qu’on ne voulait pas ton père et moi, rentre à la maison », d’une voix triste et désespérée. Une première phrase jetée dans l’arène pour lancer les hostilités de MotherFatherSon. Caden (Billy Howle), le fils prodigue et héritier de l’empire bâti par son père, Max (Richard Gere). Le journal The National Reporter, un titre qui tient depuis plus de 200 ans, est aux mains du fils. Ce dernier tente de le diriger avec poigne, délaissant même sa mère, Kathryn (Helen McCroy), catapultée dans un centre pour bénévoles, presque laissée à l’abandon.

Le rejeton est un adepte du petit rail de coke pour se donner un peu de courage. Un drogué notoire dans une cage dorée, perché dans son bureau surplombant la rédaction ou dans son sublime appartement sans âme. Sa relation avec son père paraît si complexe, si rude, si impersonnelle, que le lien semble rompu. La tumulte, la difficulté d’assumer son rôle face à son père à l’autorité écrasante. Une séquence démontre l’impact du paternel sur son fils alors qu’il lui pose le dilemme de l’erreur. « Pourquoi fait-on des erreurs ? Par manque d’information, par stupidité, par protestation ? » Un combat permanent mené par Caden pour répondre aux attaques.

Le premier épisode, parfaitement modelé, nous plonge dans l’enfer vécu par Caden, où lourde atmosphère et angoisses règnent. Une séquence pose les bases, dessine le caractère malade du jeune patron. En faisant appel à une escort girl, l’héritier lui intime de faire comme si elle ne savait rien, le questionnant sans cesse pour savoir qu’est-ce qu’elle doit faire. Une manière d’asseoir sa supériorité, celle qu’il n’arrive pas à exercer sur son père, sur sa vie en général. Lui le golden boy encore immature, tiraillé toute sa vie durant entre deux parents en désaccord.

Réminiscences d’un passé doré ou de souvenirs douloureux. MotherFatherSon ne mise de loin pas sur sa retenue, mais séduit par sa générosité. Des scènes profondément touchantes et des segments bien moins glorieux, sombrant dans la mise en scène théâtrale. Mais l’allant mixé à ce thriller politique élégant réveille une émotion endormie, vivace, comme on l’apprécie. Sans oublier le charisme toujours intact de Richard Gere et la justesse d’Helen McCroy pèsent également dans la balance. MotherFatherSon vous tient par les sentiments.

In the Dark : l’épave aveugle

Photo copyright : Ben Mark Holzberg – The CW

The CW est réputé pour ses comédies dramatiques teenagers telles que Vampire Diaries, Gossip Girl ou encore Riverdale. Séries à l’eau de rose, dont on retire quelques bonnes surprises à l’image de iZombie. Et In the Dark ne déroge pas à la règle du produit estampillé CW, avec sa dose de tendresse, de romance, de clichés.

In the Dark, nouvelle comédie dramatique suivant Murphy (Perry Mattfeld), une aveugle à la vie sexuelle très mouvementée. Très attachée à son meilleur ami, Tyson (Thamela Mpumlwana), qui l’a tirée d’un mauvais pas, Murphy s’improvise enquêtrice pour faire la lumière sur la disparition et même le prétendu meurtre du jeune Tyson. Face à la police locale et son cousin, dealer, Darnell (Keston John), elle ne recule devant rien, faisant preuve d’un sacré courage malgré son handicap visuel.

L’histoire créée par Corinne Kingsbury jongle avec les nombreux clichés de notre époque, entre homosexualité et émancipation féminine, In the Dark s’oublie dans un marasme de tendresse dégoulinant. La série tend vers une résonance très pauvre en réflexion, parfois même proche du mauvais goût en matière de réalisation « tire-larmes ». En faisant le choix d’un personnage principal aveugle, Kingsbury n’utilise jamais ce dernier à bon escient, le rendant même normal. Malgré la plastique de Perry Mattfield et son caractère grognon, elle n’est pas une vraie aveugle et ne parvient pas à nous convaincre.

Rien ne fonctionne correctement dans un premier épisode affreux, rythmé à la musique pop, et sans véritables enjeux. Une série frivole – qui élève un peu le niveau dans son second épisode – peu aidée par un traitement très léger, manquant cruellement d’authenticité. On évite.