1917 : les tranchées lumineuses

Sam Mendes s’essaie au film de guerre. Avec 1917, le cinéaste anglais trouve un terrain de jeu pour asseoir un peu plus son talent et sa maîtrise du cadre. Une immersion ahurissante récompensée par un Golden Globe et bien partie pour rafler d’autres prix. 

1600 soldats à sauver, courir, transpirer à travers un no man’s land. Un 6 avril 1917, fureur parmi les corps inanimés, les balles, course contre la montre pour éviter la mort d’un bataillon entier. Schofield (George MacKay) et Blake (Dean-Charles Chapman), 2 caporaux, vont, au péril de leur vie, traverser des zones sensibles pour délivrer le message. La percée imaginée par Sam Mendes et inspirée des récits de son grand-père vous désarme d’un simple plan. Courir pour sauver des centaines de soldats innocents envoyés en pâture. Découpé en plusieurs longs plans pour donner l’impression de ne voir qu’un seul plan séquence, 1917 est un mélange de Birdman et Dunkerque en matière de technique et de récit.

La Première Guerre, après avoir réalisé Jarhead (2006), Sam Mendes n’est pas là pour refaire l’Histoire, mais bien pour proposer une aventure unique, à couper le souffle, au milieu des tranchées boueuses. Schofield et Blake, face au général Erinmore (Colin Firth) leur ordonnant de faire suivre le message le plus vite possible, s’apprêtent à nous embarquer dans une expérience tendue. 

Plongée virtuose parmi les courageux

Chaque grand cinéaste s’est attaqué au film de guerre. 1917 est de la trempe des grands. Des acteurs précis, intenses quand le récit s’emballe. Le contre-la-montre est tendu et tenu, affolant de tension. 1917 est un ressenti, une sensation étrange. Des restes humains, une cachette dans un cratère – les restes d’un impact d’obus -, les eaux sales où végètent des cadavres, des douilles, des casques. Schofield et Blake nagent en eaux troubles au prix d’une épreuve palpitante, racontée à travers la bravoure et les rencontres fugaces, vécues comme une reprise de souffle pour nous, spectateurs, avant de repartir les armes à la main, le courage comme guide. 

Photo copyright : Universal Pictures

Les scènes épiques ne manquent pas. On retient surtout cette séquence nocturne hallucinante de beauté ; Schofield guidé par les éclats lumineux des impacts, les cris des soldats allemands et courant pour sauver sa peau dans un déluge de lumières. Roger Deakins à la photographie et Thomas Newman à la composition – une bande-son vertigineuse – finissent de rendre cette séquence d’une immersion comme rarement ressentie au cinéma. La folie guerrière s’empare de nous. Et si 2-3 broutilles peuvent nous embêter, comme ces rebondissements multiples durant la seconde heure, la fresque de Sam Mendes est d’une puissance rarement égalée, à l’atmosphère enfiévrée et prodigieuse. Une prouesse. 1917, une grande claque, une course où la désolation se nourrit de la soif de vaincre de l’Homme. La guerre n’est que futilité et la mort devient une banalité. Courir et encore courir, éviter les bombes et les soldats allemands, pour ce simple bout de papier. Les corps empalés et empilés, les champs de bataille silencieux, 1917 est un grand film de guerre. 

Casting : George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Andrew Scott, Colin Firth, Benedict Cumberbatch, Colin Firth, Claire Duburcq

Fiche technique : Réalisé par : Sam Mendes / Date de sortie : 15 janvier 2020 / Durée : 120 min / Scénario : Sam Mendes, Krysty Wilson-Cairns / Photographie : Roger Deakins / Musique : Thomas Newman / Distribution suisse : Universal Pictures