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Wonder : de Star Wars au monde des bisounours, Auggie et l’école des gentils méchants

Le harcèlement à l’école gangrène depuis longtemps les établissements scolaires. Wonder s’intéresse à ce fléau des préaux, où le petit Auggie Pullman (Jacob Tremblay) au visage défiguré par une naissance compliquée et une ribambelle d’opérations de chirurgie esthétique, décide enfin de sauter le pas et de rentrer à l’école après plusieurs années de cours à domicile. Le grand saut, sous le regard inquisiteur des élèves de l’établissement, ne sera pas aussi facile que prévu. La méchanceté des camarades, la place que prend Auggie dans le milieu familial, une soeur dévouée mais isolée, et des parents qui composent avec les sautes d’humeur de leur fils.

En adaptant le roman éponyme de R.J. Palacio, Stephen Chbosky (Le Monde de Charlie) promet un océan de sensibilités, où rires et larmes vont de pair afin de nous émouvoir au plus profond de notre être. Bien ! Rien que la description du film est minutieusement calculée pour nous toucher en plein coeur. Mais à trop vouloir nous tirer les larmes, une barrière se forme, nous laissant de marbre devant les tentatives vaines et ridicules de sensiblerie.

Un film trop facile, calibré pour émouvoir un large public

Rapidement, le ton donné apparaît comme dégoulinant, parfois indigeste. Chbosky en vient vite au fait avec une ligne directrice visiblement axée sur la trame émotionnelle. À force de tirer sur la corde et vouloir décrire un hymne à la vie où tout le monde se rend compte que ce petit garçon, Auggie, est un chic type, qu’il ne souhaite que le bien des autres derrière son visage difforme, qu’il est un être diablement intelligent qui a ce pouvoir rassembleur, on se lasse de tant de bons sentiments. Tout est choisi pour vous diriger vers une explosion d’émotions. La méchanceté se transforme (trop) rapidement en gentillesse, les détracteurs et ennemis du petit Auggie prennent conscience de leur comportement déplacé après une simple entrevue avec le proviseur. Même les parents sont moins compréhensifs. Mais dans le monde de Chbosky, ou celui de Wonder, Auggie a cette force de faire ressortir toute la bonté qui sommeille en vous. À peine surfait.

L’aspect positif : les différents points de vue

Malgré les nombreux côtés négatifs, Wonder use de quelque bonnes trames. À commencer par quelques extraits de l’imagination du petit Auggie, lui qui se laisse voguer dans les eaux troubles de son environnement scolaire en pensant à son rêve d’être astronaute ou à plusieurs personnages de Star Wars. Une percée dans l’imaginaire comme mécanisme de défense. Citons aussi cette idée ingénieuse de laisser glisser l’histoire vers différents points de vue pour comprendre l’impact qu’un enfant handicapé peut avoir sur une famille entière, mais aussi les aspects positifs qu’il apporte. On y voit le désarroi de Via (Izabela Vidovic), jeune fille un peu désemparée par le manque de soutien de sa meilleure amie revenue métamorphosée d’un camp d’été, et son ras-le-bol lié à la place que Auggie occupe. Elle se retrouve en quelque sorte laissée-pour-compte, au milieu de parents obnubilés par les faits et gestes de leur petit dernier. De la soeur à la meilleure amie de Via, Miranda (Danielle Rose Russell), Chbosky use de différents regards pour prouver par a plus b que Auggie est un vecteur rassembleur grâce à sa différence.

Photo copyright : Studiocanal GmbH / Dale Robinette

Des performances qui sont loin d’être mirobolantes, Julia Roberts en mère stricte et Owen Wilson dans le rôle d’un père cool et branché, les innombrables tentatives de Stephen Chbosky pour nous happer dans son tourbillon de larmes ne fonctionne pas. Fatigué devant la leçon que ce film tente de nous donner, on en deviendrait presque insensible, même dans les moments larmoyants méticuleusement placés pour nous asséner le coup de grâce émotionnel. C’est même insupportable, trop facile, trop correct et convenu.

Casting : Jacob Tremblay, Julia Roberts, Owen Wilson, Izabela Vidovic, Mandy Patinkin, Daveed Diggs, Danielle Rose Russell

Fiche technique : Réalisé par : Stephen Chbosky / Date de sortie : 20 décembre 2017 / Durée : 111 min / Scénario : Steven Conrad, Jack Thorne, Stephen Chbosky, R.J. Palacio / Musique : Marcelo Zarvos / Photographie : Don Burgess / Distributeur suisse : Impuls