Search for content, post, videos

Vincent Cassel sous les traits d’un Paul Gauguin usé jusqu’à la corde

C’est un Vincent Cassel, barbe et long cheveux grisonnants, qui déambule dans les magnifiques paysages de Tahiti. Cassel est Paul Gauguin dans une aventure artistique et humaine qui se fond dans les paysages et la culture polynésienne.

Inspiré du carnet de voyages écrit pas Paul Gauguin (Noa Noa), Gauguin – Voyage de Tahiti s’apprécie comme une virée poétique, comme une remise en question ou une romance tendre et compliquée. Edouard Deluc nous plonge dans un biopic qui n’en est pas un en réalité mais qui révèle l’esprit sauvage du peintre impressioniste, lui qui souhaitait juste dessiner et peindre.

Paris ne suffit plus au peintre pour un artiste sauvage

Paris, la douche froide. Paul Gauguin vit comme un miséreux dans un modeste appartement car personne ne souhaite ses oeuvres qualifiées « d’agressives » aux couleurs trop vives. Lui se plaint qu’à Paris il n’y a plus rien à peindre, tout est usé jusqu’à la corde. Comme un cri de ralliement pour rameuter ses compagnons peintres, il n’y a que lui qui ose aller voir ailleurs.

L’homme est sauvage dans ses rapports. Gauguin est un sauvage qui a décidé de s’en souvenir. Sa femme et ses enfants sont eux-mêmes réticents à le suivre. Son périple se dessinera en solitaire, dans une Polynésie française qui fera office de tableau ambulant pour un peintre en mal de beauté. Car l’homme est malade, diabétique, et n’hésite pas à chevaucher son cheval pour partir à la découverte de la chaleur humaine d’une petite tribu tahitienne. À force de chercher l’inspiration, le peintre trouve l’amour. Une romance s’engage au milieu des décors paradisiaques de l’île. Tehura (Tuheï Adams) et Koké – le surnom donné à Gauguin par la tribu – s’unissent et tracent leur route. Un nouveau départ, une nouvelle muse, Gauguin vit un nouveau départ artistique et sentimental.

Vincent Cassel en mode mineur

Son art et ses tableaux ne font pas recette. « Je dois nourrir ma femme », rappelle le peintre français. Devant l’urgence, c’est dans le costume de docker que l’un des précurseurs de l’art moderne se tue à la tâche, laissant un peu de côté sa passion. Devenu aigri et possessif avec Tehura, c’est un Paul Gauguin irascible que Vincent Cassel campe. L’acteur français, bouillonnant habituellement, se glisse sous les traits d’un homme passionné mais épuisé par le peu de succès que rencontre son travail. Et sous des airs de personnage bourru, la prestation du français n’est pas aussi convaincante qu’espérée. Lui si précis, si expressif et imprévisible, son rôle ne lui laisse pas grand chose pour exprimer son talent.

Photo copyright: Move Movie/ Studio Canal/ NJJ Entertainment

À vrai dire, on se laisse bercer par les splendides paysages de Tahiti, mais le récit aventureux s’enlise entre une romance mollassonne et une expérience humaine qui l’est tout autant. Jamais l’art de Gauguin ne s’imprègne du récit. Le film répète que l’homme est un artiste, mais son travail est presque occulté au profit de son amour pour son « Eve Tahitienne ». Le voyage à Tahiti est comme un dernier cri de révolte, une dernière exaltation artistique pour un artiste sur le déclin, mais habité d’une profonde soif de découverte et de beauté.

Gauguin voulait être célèbre pour que ses enfants soient fiers de leur nom, qu’ils puissent le porter avec honneur. Pour lui, le plus dur dans la misère, c’était « l’empêchement de travail ». Des propos qui font écho à l’envie de Deluc de placer Gauguin sur un piédestal, mais on serait tenté de dire que ce ne sont que de belles paroles. Les contours sont dessinés, sans que le tableau ne soit achevé.

Casting : Vincent Cassel, Tuheï Adams, Malik Zidi, Pua-Taï Hikutuni, Marc Barbé

Fiche technique : Réalisé par : Edouard Deluc / Date de sortie : 20 septembre 2017 / Durée : 102min / Genre : Biopic, Drame / Scénario : Edouard Deluc, Etienne Comar, Thomas Lilti, Sarah Kaminsky, Paul Gauguin / Photographie : Pierre Cottereau / Distributeur suisse : Frenetic Films