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Vice : après les beuveries, Dick Cheney dirige la Maison Blanche

Adam McKay s’était fait l’auteur d’un film étonnant de fluidité en évoquant la crise des subprimes. The Big Short, véritable gymnastique narrative entre différents personnages pour comprendre dans les moindres détails les dessous d’une bulle financière gigantesque, avec une bonne dose d’humour. Place à d’autres coulisses, ceux d’une élection et d’un homme malin comme un singe : Dick Cheney.

Un alcoolique perché sur des poteaux électriques dans son Wyoming natal. Dick Cheney (Christian Bale) est voué à une vie d’ouvrier, plus adepte du lever de coude. Une affection pour la boisson qui l’envoie au charbon, à jouer des coudes dans un bar totalement imbibé. Mais c’est bien connu : derrière chaque grand homme se cache une femme. Lynne Cheney (Amy Adams) le pousse à se redresser et prendre sa vie en main. Fini les gamineries, le futur homme politique est sur sa lancée et part en guerre. Une maîtrise universitaire en poche et le voilà propulsé aux côtés de Donald Rumsfeld (Steve Carell), secrétaire de la Défense. Les années passent et il devient vice-président aux côtés de George W. Bush.

Photo copyright : Annapurna Pictures, LLC. All Rights Reserved.

Diatribe loufoque et timide

Un maître d’hôtel qui lit le menu en faisant référence à Guantanamo et une multitude d’autres sujets brûlants, à des hommes politiques rieurs qui lancent : « on prend tout! » Voilà un extrait rapide de l’angle choisi par McKay. Il repart en croisade contre un système qu’il ne tolère pas… mais en fanfaronnant. Le rire est la meilleure arme et c’est donc par le prisme de l’humour qu’il se lance dans une description loufoque des multiples mandats de Dick Cheney. Beaucoup d’aspects sont à souligner, tentant de développer le parcours de Cheney par des métaphores (par exemple : la pêche à la ligne pour sa patience) ou encore ce faux générique pour expliquer comment les choses auraient pu se passer sans sa soif de pouvoir agressive, mais discrète. McKay use de quelques subterfuges pour construire son biopic aux accents tragi-comiques. Des fulgurances, des dialogues ciselés, mais un manque évident de profondeur dans la perception et la place que Cheney a pris dans la politique américaine. Son rôle est énorme auprès de l’investiture George W. Bush (brillamment joué par Sam Rockwell), c’est lui qui tirait les ficelles et Bush acquiesçait. McKay manque de prise de position, restant trop en surface, comme le traitement très évasif sur son implication dans la guerre en Irak pour faire mousser les sociétés pétrolières.

Photo copyright : Universum Film

On rit mais on regrette ce manque d’intransigeance. Il se voit avant tout comme un CEO et non comme un politicien. McKay manque de le rappeler et opte pour une alternative subtile, le contre-pied parfait, la parade qui lui permet de donner un bon coup de fouet à son récit convenu : bifurquer sur les ambitions de Lynne. Une fine tacticienne, admirablement campée par Amy Adams.

Christian Bale stratosphérique, Amy Adams enragée

c’est en termes de performance que Vice se sauve. En premier lieu grâce à Christian Bale, toujours autant bluffant dans ses transformations physiques et sa faculté à « s’effacer » dans ses personnages. Son duo avec Adams fonctionne du tonnerre, dans la même veine qu’American Bluff. L’équilibre de Vice tient grâce à son casting détonnant : Christian Bale, Amy Adams, Sam Rockwell et Steve Carell, au poil sous les traits de Donald Rumsfeld. Tyler Perry, dans la peau de Colin Powell, joue le contrepoint dans son costume de politicien plus réservé. Une distribution qui ne masque pas toutes les aspérités d’un scénario trop lisse. Le personnage n’est pas éraflé, il est présenté comme un capitaliste, un homme d’affaires, mais il reste encore sympathique au vu de ses agissements. L’homme est mystérieux, difficile à cerner comme le prouve sa réaction après les attentats du 11 septembre, mais le caractère sanguin de Cheney n’est jamais fustigé. Son tempérament est belliqueux et quelques bribes le montrent dans une position défavorable. Derrière la carapace, l’homme est sanguin.

Le biopic pensé par McKay manque de prise de position, d’instinct. Cheney est plus perçu comme un mec chancelant, à la santé fragilisée, au milieu d’une famille aux différentes ambitions. La pilule devient difficile à avaler quand sa fille évoque son homosexualité. Mais au fond, Vice reste un biopic divertissant, électrisant quand il empoigne son sujet, et parfait en ce qui concerne sa distribution. Et si le titre fait référence à la place occupée par Cheney, il évoque également les mauvais penchants d’une personne. Un double sens qui n’opte que pour un seul chemin.

Casting : Christian Bale, Amy Adams, Steve Carell, Sam Rockwell, Tyler Perry, Eddie Marsan, Jesse Plemons, LisaGay Hamilton

Fiche technique : Réalisé par : Adam McKay / Date de sortie : 13 février 2019 / Durée : 132 min / Scénario : Adam McKay / Musique : Nicholas Britell / Distributeur : Ascot Elite