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Versailles : la cour sombre dans la noirceur et le poison

Après la très réussie The Young Pope et les mitigées Jour Polaire et Guyane, Canal+ propose la suite de Versailles, série au budget colossal qui traite des ambitions démesurées de Louis XIV. Une première saison réussie qui laissait présager une suite des plus explosives. Presque une année et demi après la diffusion du premier épisode, la série imaginée par Simon Mirren et David Wolstencroft nous plonge dans les travers de la crème de l’aristocratie française.

Après une longue construction, le palais des rêves de Louis XIV est enfin sur pied. Une prouesse architecturale qui cache de nombreux secrets et mystères, là où se succèdent des individus vaniteux et manipulateurs. La cour ressemble à une vaste mascarade où règne une ambiance exécrable malgré les sourires et la bonne humeur apparente.

Le retour du frère prodigue

La relation tumultueuse entre Louis et Philippe pimente une noblesse bien terne. Après les demandes insistantes de son roi de frère, « Monsieur » retrouve la beauté de Versailles et la laideur de l’être humain. Toujours accompagné de son fidèle compagnon, Chevalier (Evan Williams), Philippe reste spectateur de la descente aux enfers de son frère. Car oui, même si le cadet reste un personnage passionnant à suivre, c’est bien un Louis XIV affaibli, empêtré dans les entrailles d’un chemin qui mène tout droit vers les ténèbres.

Prisonnier d’une profonde solitude, Versailles n’est peut-être pas le lieu espéré par son bâtisseur. Non, les apparences sont parfois trompeuses et cette maxime fonctionne à merveille. « Le centre du monde » devait être éternel, mais la race humaine semble le consumer à petit feu. Des mariages forcés aux traitrises, le lieu prisé de la noblesse est un poison, où nombreuses métaphores se bousculent pour cacher la véritable nature de cette société : pourrie. La prose n’y changera rien. L’art d’embellir les discours – les dialogues sont soigneusement choisis – prend des proportions démesurées, à l’image de Versailles. Car derrière les nombreux échanges verbaux se camouflent des paroles assassines, au sens propre comme au figuré.

Simon Mirren et David Wolstencroft pousse « leur » Louis dans ses derniers retranchements. Peut-être trop sûr de sa force de frappe, ce dernier devra veiller à assurer ses arrières. Dorénavant « courtisé » par William d’Orange (George Webster) pour une alliance entre la France et la Hollande, Louis refuse cette alliance et préfère mener la vie dure à son interlocuteur batave. Un conflit qui aura le don de provoquer un déclic pour le roi de France. Apeuré et toujours calfeutré dans sa solitude, sa réunion réveillera l’âme du guerrier, sans pour autant effacer les blessures ouvertes. Conscient de ses limites, Louis XIV trouve la paix grâce à l’au-delà ou simplement la foi.

Ce Versailles est un bon cru

Peut-être inégale, cette deuxième saison use magistralement des ombres qui hantent Versailles. La lumière peine à entrer dans les murs glacials de Versailles. La lumière divine, elle, réussit à toucher le Roi Soleil. C’est là que la production franco-canadienne réussit à surpasser la saison précédente. Plus nuancée et plus noire, cette seconde saison délaisse le côté « érotique » qui freinait la première, pour revenir à un récit plus symbolique. Les ténèbres sont hors et dans le palais, les complots fleurissent comme les fleurs du mal chères à Baudelaire.

On peut reprocher plusieurs détails, comme l’entame laborieuse du premier épisode ou le manque de présence de Philippe d’Orléans qui amène cette touche légère et décalée. Mais la rédemption de Louis force George Blagden à, lui aussi, repousser les limites de son jeu. Plus convaincant que dans la saison 1, il donne une âme torturée et avide de victoires à spn personnage royal. À terre, ou presque, Louis retrouve sa force intérieure, déterminé à faire étalage de sa puissance. Une escapade hors des murs versaillais et le voilà revigoré, concentré sur ses objectifs.

Dans cette quête de grandeur, la renaissance de son roi peut s’avérer tortueuse. Entre la lumière et l’obscurité il n’y a qu’un pas. Versailles est un bal où les masques tombent à coup de fioles.

Casting : George Blagden, Alexander Vlahos, Tygh Runyan, Stuart Bowman, Anna Brewster, Evan Williams, Sarah Winter, George Webster, Maddison Jaizani, Lizzie Brocheré, Suzanne Clément

Fiche technique : Créée par : Simon Mirren, David Wolstencroft / Date de sortie : 27 mars 2017 / Pays : France, Canada / Format : 8 épisodes – 52 min / Genre : Drame, Histoire / Chaîne : Canal+