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Entre satire et horreur, Velvet Buzzsaw vous fera-t-il trembler ?

Photo copyright : Claudette Barius/Netflix

C’est le 3ème film du réalisateur et scénariste Dan Gilroy et… ce n’est pas le meilleur. Et pourtant sur le papier, Velvet Buzzsaw avait de quoi séduire et intéresser. Présenté au Sundance Festival en janvier dernier et sorti au début du mois sur Netflix , le film mixe les genres et les tons. Entre satire, comédie noire et horreur, les trop ambitieux, les opportunistes et les vantards se côtoient jusqu’à mourir pour ces mêmes défauts. Autour d’une critique du monde très fermé et auto-satisfait de l’art contemporain cette fois, Gilroy, comme il l’avait déjà entrepris en visant les dérives de l’infotainment dans le très bon Nightcrawlers (Night Call) en 2014, entame une critique d’une société attirée par le pouvoir et minablement appâtée par le gain. Ou quand l’art prend réellement possession et a raison de ses « admirateurs ».

Ouverture sur Art Basel, la grand-messe de l’art contemporain qui se tient à Miami. Le beau monde du milieu s’y est donné rendez-vous pour marchander, vendre, acheter et critiquer les dernières tendances artistiques. Tout se vend et tout s’achète. Un tableau ou une installation, des produits commerciaux comme les autres. Parmi le gotha réuni, on retrouve le très célèbre et redouté critique d’art Morf Vanderwalt (Jake Gyllenhaal), la galeriste et agent Rhodora Haze (Rene Russo) et son assistante pleine de grandes ambitions Josefina (Zawe Ashton), Gretchen, une conservatrice et Piers, un artiste en manque d’inspiration (John Malkovich). De retour à Los Angeles, tout ce petit monde va être bousculé par la trouvaille surprenante de Josefina : des dizaines de toiles entassées dans l’appartement de son voisin, un certain Vetril Dease, un illustre inconnu, décédé un peu plus tôt sur le pas de sa porte. Alors que ce dernier avait explicitement demandé que toute ses oeuvres soient détruites, Josefina, fascinée par le travail de Dease, s’approprie les toiles et décide d’en faire commerce avec sa patronne Rhodora. Quiconque se trouve en présence des ces tableaux semble comme hypnotisé, ne pouvant détacher le regard des toiles, lié par une attraction irrépressible. Bientôt, les oeuvres de Vetril Dease s’arrachent comme des petits pains et de grosses sommes sont mises en jeu. Les toiles ont pourtant un pouvoir maléfique, animées par un mystérieux esprit qui décime ceux et celles qui en tirent profit.

Divers genres pour un manque de consistance et de tension

Photo copyright : Claudette Barius/Netflix

Dan Gilroy voulait faire un film divertissant, mixant les genres. De la comédie noire en passant par la satire et l’horreur, ce qui aurait pu être un excellent film satirique, décalé de par son approche, souffre d’un cruel manque d’inconsistance et de tension, de suspense aussi. Inconsistant d’abord car si Gilroy veut nous amener une critique du monde de l’art, à aucun moment le sujet n’est pris à bras le corps. Au mieux effleuré, au pire traité de la mauvaise façon. Que veut-il nous dire finalement ? Partant du postulat que Gilroy pose en déclarant qu’il souhaite que les gens se distancient de l’idée qu’un tableau ayant coûté des millions de dollars doit, par déduction, être une pièce d’art majeur, il est évident que l’art dans sa fonction première est désormais dénaturé. On en a fait, quelle que soit sa forme, un produit commercial comme tant d’autres. Un tableau ne s’achète plus parce qu’il nous fait ressentir quelque chose mais parce que sa valeur marchande va flamber et que le retour sur investissement sera juteux. Et des dizaines de personnes en profitent. Que ceux qui en tirent profit crèvent ! Et littéralement, c’est ce qui arrive dans Velvet Buzzsaw. Mais la critique à peine entamée et prétendument acerbe s’arrête là. Manque de profondeur dans le traitement, Gilroy survole le sujet sans jamais aller au bout de la démarche, nous laissant un sentiment d’inachevé. Et autour gravite une multitude d’artifices : l’horreur servie habituellement par une tension et un suspense haletants. Mais il n’en est rien. Peu ou pas de tension pour un suspense aussi insoutenable qu’un épisode de la Croisière s’amuse. Rien ne surprend ou n’étonne, le scénario manque indubitablement de rebondissements et de surprises pour rendre la copie captivante.

Un beau casting et des beaux plans

On ne change pas une équipe qui gagne, et sur ce point, Dan Gilroy ne s’y est pas trompé. Il prend les mêmes et recommence. 5 ans après Nightcrawlers, Jake Gyllenhaal et Rene Russo font à nouveau équipe et relèvent le niveau. Et pour ce faire, on peut compter sur un Jake Gyllenhaal toujours à son fait. Hilarant et tête à claques dans la peau d’un critique d’art intraitable, homosexuel mais amoureux d’une femme, il fait preuve d’une bonne dose d’humour noir, salvateur pour le métrage. Accompagné d’une brochette d’actrice féminine talentueuse, Rene Russo, Zawe Ashton et Toni Collette (les deux actrices vues dernièrement dans Wanderlust), les personnages de Velvet Buzzsaw sont aussi hauts en couleur qu’incisifs et mordants. Ajoutez à ça des plans élégants qu’on dirait sortis tout droit d’une toile, une photographie léchée et un sens du cadre évident, sur ces points-là aussi, le réalisateur américain fait tout juste. Malheureusement, ça ne suffit pas à convaincre car Velvet Buzzsaw fait partie de ces films qu’on souhaiterait presque voir commencer là où ils finissent.

 

Casting : Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Zawe Ashton, Toni Collette, Tom Sturridge, Natalia Dyer, John Malkovich, Billy Magnussen.

Fiche technique : Réalisé par : Dan Gilroy / Date de sortie : 1 février 2019 / Durée : 1h53 min / Scénario : Dan Gilroy / Photographie : Robert Elswit / Chaîne : Netflix