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Valérian et la Cité des milles planètes : le flop attendu a bien eu lieu

Trois ans après le prolifique mais infâme Lucy, Luc Besson revient nous hanter avec l’une de ses nouvelles productions au budget colossal. Film français le plus cher de tous les temps, Valérian et la Cité des mille planètes est une oeuvre cruciale dans la carrière du français. Si le film fait un flop commercial, le retour de bâton fera mal, très mal pour Besson. Et disons-le tout de suite : si l’échec commercial peut être évité, la déconvenue critique est une certitude, en tout cas pour nous.

Photo copyright : EuropaCorp

Sur le morceau Space Oddity de David Bowie, des années de paix spatiale entre les humains et des créatures venues d’une autre planète. Nous en restons à 2100 et des poussières et nous voilà directement catapultés 400 ans plus tard. Un 28ème siècle où Valérian (Dane DeHaan) et Laureline (Cara Delevingne) font équipe et bossent pour le gouvernement. Des soldats de l’espace qui voguent entre exoplanète et planètes inconnues. Mais leur principal arrêt sera la cité intergalactique Alpha, une planète qui regroupe des humains et des créatures de l’univers entier. Un endroit appelé la Cité des mille planètes où quelque chose ne tourne pas rond : la disparition d’une planète reste secrètement gardée…

Les humains sont des boulets

La cité Alpha est en pleine expansion, en plein boom avec plus de 30 millions d’habitants, une circulation ahurissante – si on ose appeler ça un trafic -, plus de 5000 langues recensées et plus de 2000 et quelques espèces cohabitant les unes les autres. Mais les gros poids morts sont les humains. Une économie en lambeau d’après les indications reçues. Plutôt cocasse. Le décor planté par Luc Besson est immense, rappelant celui du Cinquième Élément, voire celui de Star Wars. Car oui, le français n’a pas lésiné sur les ressemblances, évoquons-le ainsi. Les clins d’oeil sont légion, à en devenir une sorte de fourre-tout.

Si les langues se sont déliées à la sortie de la projection pour parler d’un « Avatar du pauvre », en parlant des Pearls, Valérian se profilait comme un immense opéra intergalactique ou space opera, foisonnant de découvertes et de surprises. Hélas pour Besson, son adaptation de la BD de Jean-Claude Mézières et Pierre Christin est une purge d’une platitude dégoulinante. Tout comme les dialogues réchauffés et insignifiants, les effets spéciaux font presque mal tant ils sont laids. Même si certaines séquences fonctionnent techniquement, le budget pharaonique aurait dû nous promettre des prouesses visuelles à nous couper le souffle. Il n’en est rien. C’est un trou béant que Besson tente désespérément de boucher à coups de dialogues, de combats et… de chorégraphies made in Rihanna. Oui, parlons-en de l’apparition de la chanteuse de la Barbade. Sous les traits de Bubble, une sorte de métamorphe bleu, « RiRi » nous dévoile ses talents de danseuse avec un show endiablé et sexy. Mais voilà, à quoi sert cette arrivée intempestive ? Sincèrement à pas grand chose, si ce n’est de mettre au générique le nom de Rihanna. Et ce n’est pas fini. Comment utiliser un acteur de la trempe d’Ethan Hawke de manière inutile ? Demandez à Luc Besson, il a la recette. L’acteur est présent à l’écran 10 minutes en tout et pour tout, dans la peau d’un patron de bar alcoolique. Sa présence est sans intérêt, dans la lignée du récit.

Dane DeHaan à côté de ses pompes et Cara Delevingne pas ridicule

Au milieu des vaisseaux et ce spectacle de piètre qualité, l’une des déceptions nous vient de Dane DeHaan. Rendez-nous l’acteur de The Place Beyond The Pines! Malgré notre amour pour ce dernier, le comédien de 31 ans n’est que l’ombre de lui-même dans la peau du major Valérian et tombeur invétéré. Soldat au passé glorieux, mais véritable dragueur, intronisant la parade nuptiale dans les lointaines galaxies imaginées, DeHaan se mue en un être prétentieux, au coeur tendre, profondément amoureux de sa partenaire Laureline. Tiens, Laureline, cette soldate au tempérament bien trempé, diablement charmante dès son arrivée à l’écran. Campée par Cara Delevingne, l’actrice, plus connue pour ses talents de mannequin, se démène correctement dans cette mélasse de l’espace grâce à sa moue boudeuse malgré un jeu limité. D’ailleurs, le tandem principal s’enlise dans une romance qui ne fonctionne pas. Pire, on laisse échapper quelques rires moqueurs tant leurs dialogues sont plats et mielleux.

Photo copyright : EuropaCorp

Au même titre que DeHaan, Clive Owen semble empêtré dans un personnage qui ne lui correspond pas du tout. Pour tout dire, l’acteur qui brille dans The Knick ne semble pas vraiment concerné par le projet. Par contre, on apprécie la venue d’Alain Chabat dans le rôle de Bob, un pêcheur pas comme les autres. Grâce à lui, nous découvrons les entrailles aquatiques de la Cité des mille planètes. Enfin une petite lueur d’espoir.

Malgré toute l’abnégation et l’amour que Besson porte à ce projet de grande envergure, le résultat est de très mauvaise qualité. Des idées intéressantes mal exploitées comme cette longue séquence de réalité virtuelle dans le « Big Market ». À la manière d’un architecte de l’espace, le cinéaste français se perd dans l’immensité des niveaux concoctés. Cocktail de Star Wars, Blade Runner et Avatar, Valérian et la Cité des mille planètes est un objet touffu, mal orchestré, qui inspire l’émerveillement mais qui prend un sérieux coup au moral quand il est question de déceler la réelle substance du produit présenté. Car la (longue) balade de 2h17 dans les entrailles de cet univers nous paraît interminable. À la fin, l’addition est salée.

Casting : Dane DeHaan, Cara Delevingne, Clive Owen, Alain Chabat, Kris Wu, Rihanna, Ethan Hawke, Sam Spruell, Herbie Hancock, Ola Rapace, Aymeline Valade, Pauline Hoarau

Fiche technique : Réalisé par : Luc Besson / Date de sortie : 26 juillet 2017 / Durée : 137min / Genre : Science fiction, Action / Scénario : Luc Besson, Jean-Claude Mézières, Pierre Christin / Musique : Alexandre Desplat / Distributeur suisse : Pathé Films