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Une Valse dans les Allées : le magasin des existences désenchantées

Un entrepôt où il règne un froid de canard. Des allées frigorifiques que Christian (Franz Rogowski) découvre avec Bruno (Peter Kurth). Un nouveau job, un nouveau départ, loin des frasques que Christian a connu auparavant. Lui le taiseux, pas un mot plus haut que l’autre, exécute les ordres sans rechigner, sans même esquisser le moindre rictus facial. Un employé modèle qui plairait à n’importe quel patron.

Photo copyright : Zorro Film

Au détour d’un remplissage de rayon, Christian croise le regard de Marion (Sandra Hüller). L’ambiance morne du métro-boulot-dodo laisse place à une éclaircie. Christian se rend sur son lieu de travail avec l’intention d’en savoir un peu plus sur sa nouvelle raison de vivre. À chaque pause-café, le jeune homme prie pour bavarder avec la blonde. Une relation qui démarre sous les mélodies scintillantes du « Beau Danube Bleu » de Strauss. Une valse de l’amour qui contraste avec leurs vies bien ternes et celles des autres collaborateurs, où la mélancolie et résignation sont des partenaires habituels dans ce grand magasin froid peu chaleureux.

Thomas Stuber capte la tristesse enfouie

Confiné dans un presque mutisme, avec la solitude pour principal ami, Christian est l’homme d’une triste existence, locataire d’un appartement aussi vide que son âme. Une Valse dans les Allées est une ode au pessimisme. Des âmes perdues, où une histoire d’amour se construit – ou pas – au milieu des aliments et des marchandises. Suivre Christian est une percée à travers la vie d’un homme lambda, entre les aléas du quotidien, la dépression et même la mort. Une Valse dans les Allées est cette contraction d’événements qui rythme notre passage sur terre, dans sa forme la plus sensible et humble. Thomas Stuber évoque l’amour au milieu de la complexité, bien aidé par un Franz Rogowski excellent d’intensité et une Sandra Hüller sublime de sensibilité. Un duo bercé par des sentiments communs et contradictoires, par un amour grandissant.

Suivre Christian est une percée à travers la vie d’un homme lambda, entre les aléas du quotidien, la dépression et même la mort

Alors que Christian noie son chagrin dans l’alcool, le sublime morceau de Timber Timbre, « Trouble Comes Knocking » surgit comme un hymne, le véritable morceau d’une valse toujours plus funèbre. Christian l’introverti plie mais ne rompt pas sous le silence assourdissant de sa solitude. Thomas Stuber simplifie son récit, sublime ses personnages grâce à une belle mise en scène. Une oeuvre à la poésie désenchantée, qui tire en longueur parfois, mais attendrissante et vierge de la moindre strate de sensiblerie.

Casting : Franz Rogowski, Sandra Hüller, Peter Kurth

Fiche technique : Réalisé par : Thomas Stuber / Date de sortie : 19 septembre 2018 / Durée : 125 min / Scénario : Thomas Stuber, Clemens Meyer / Photographie : Peter Matjasko / Distributeur suisse : Xenix