Une sélection de 3 séries à voir

Le côté obscur de la cité des anges

Troublante. Voilà le mot qui convient parfaitement à notre sélection de cette semaine. 3 séries qui ne manquent pas de « zones d’ombre », jouant sur différents tons. À commencer par I Am The Night, nouvelle série signée Sam Sheridan, épaulé à la réalisation par sa femme… Patty Jenkins (Wonder Woman).

Avec pour socle les mémoires de Fauna Hodel – One Day She’ll Darken : The Mysterious Beginnings of Fauna Hodel -, I Am The Night débute au fin fond du Nevada, avec la jeune lycéenne Pat. Course effrénée en quête d’une identité perdue dans les méandres d’une administration encore défaillante – l’histoire démarre en 1965. Désormais Fauna Hodel, de son vrai et unique nom, la jeune fille se lance à la recherche de ses parents biologiques. Son enquête la mène rapidement vers l’éminent gynécologue George Hill Hodel. Un individu perçu comme dangereux, impliqué dans l’étrange affaire du Dahlia Noir – sujet traité par Brian De Palma en 2006.

Une immersion un peu timide, surtout dans sa première partie, avant de véritablement délaisser son costume de bon écolier, I Am The Night, au nom évocateur, place ses pions délicatement. Premier épisode très scolaire, un deuxième qui l’est tout autant, avant de véritablement lancer les hostilités. Patty Jenkins suit méticuleusement les écrits de son mari, sans déborder, sauvée par la fougue de son personnage fictif, Jay Singletary (Chris Pine), un journaliste névrosé et accro à la poudre blanche. Élément perturbateur, mais diablement efficace. Un coup de pied dans la fourmilière et voici que la nuit incertaine nous emmène au milieu d’un rite mêlant mythe et art plastique. Max Ernst ou Salvador Dali, l’art de la mise en scène, sculpter une oeuvre morbide. « George Hodel est un homme dangereux », lui rappelle Corinna Hodel, sa grand-mère – la mystérieuse et excellente Connie Nielsen. Los Angeles a son ange noir qui rôde, et son antre mystique ne fait que s’ouvrir un peu plus.

Des sauts dans le temps, en 1945 par exemple, où le docteur Hodel apparaît comme un guru, un leader de secte entouré de sa congrégation d’hommes riches. C’est la découverte d’un meurtre atroce qui nous pousse à rester, alors que le 4ème épisode prend réellement en ampleur. Manque-t-il d’une noirceur encore plus affirmée ou une force encore plus sinistre ? 6 épisodes calibrés pour faire monter le suspens d’un cran, très lentement, avant de mettre en place le puzzle George Hodel. Le visage pervers de Jefferson Mays ou la hargne de Chris Pine se figent dans un récit classique, statique parfois, mais assez captivant pour rester crocher. À découvrir sur TNT

 

Weird City et les zones furieuses de Jordan Peele

Jordan Peele est peut-être le réalisateur et auteur le plus fascinant du moment. L’homme a fait un véritable carton avec son film Get Out et côté série, son nom est rattaché à The Twillight Zone, prochainement sur CBS. Alors quand Peele débarque dans un concept sériel bien déluré, difficile de faire l’autruche.

Weird City se situe dans un futur proche, où règne deux zones bien définies : l’une fonctionne comme le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui, l’autre est une société ultra futuriste. Tout est fictif, enfin pas tant que ça au vu des sketchs joués par une belle brochette d’acteurs. Entre Dylan O’Brien, Rosario Dawson, Michael Cera, Ed O’Neill ou encore Steven Yeun, le casting n’est pas en reste en comparaison à l’écriture de Jordan Peele et Charlie Sanders. À chaque épisode son nouveau sujet, des saynètes parlant d’un site de rencontre à une salle de sport, en passant par deux femmes s’apercevant qu’elles sont dans une série. Weird City est obligatoirement comparée à Black Mirror. Mais évitez de faire une fixation ! Le ton est différent, plus enjoué, plus coloré. Jordan Peele s’amuse à jouer aux pantins, tirant les ficelles pour nous démouler une série étonnement efficace, à mourir de rire à certains moments, profitant d’une vraie réflexion derrière l’absurdité du propos. À découvrir sur Youtube Premium.

 

La quête insatiable de Kate Beckinsale

The Widow. Avec un titre du genre, il est nécessairement question d’une femme abandonnée, frappée par la mort. Tout juste ! C’est l’histoire de Georgia Wells (Kate Beckinsale), veuve après avoir perdu son mari dans un crash aérien. Un jour, elle s’entaille le mollet. En débarquant à l’hôpital, elle aperçoit à la télé l’image de son mari au beau milieu d’émeutes à Kinshasa. Une image furtive, un nouvel espoir pour cette Galloise endeuillée.

Persuadée que son mari vit toujours, elle s’envole en République démocratique du Congo. Derrière le crash, une toute autre vérité. Des chemins de traverse, une dangereuse enquête. Georgia va droit dans la gueule du loup, avec tout son courage. Une teigneuse habilement campée par Kate Beckinsale. Mais le personnage le plus intéressant nous vient d’Islande, en la personne d’Ariel Helgasson (Olafur Darri Olafsson), l’un des passagers du vol. Désormais aveugle, il est le détonateur, l’homme qui peut faire changer les choses.

Malgré ses failles, The Widow reste une série plaisante à suivre. Il faut attendre l’épisode 3 pour sentir la série prendre en épaisseur. La mise en place est perfectible, lente au démarrage, mais par la suite le puzzle prend forme et nous entraîne entre Rotterdam et les tréfonds du Congo. Les créateurs Harry et Jack Williams compilent différents twists pour ne rendre qu’un peu plus visible la partie immergée de l’iceberg. Le circuit pour comprendre les causes du crash prend forme peu à peu, et nous maintient dans un flot de réflexions. Sans être étincelante, The Widow se veut ambitieuse, parfois maladroite, mais haletante dans sa construction scénaristique. À découvrir sur Amazon Prime.