Search for content, post, videos

Une Femme Fantastique : sublime portrait d’une femme transgenre

Le transgenre est un sujet compliqué à mettre en scène. Les discussions autour de la thématique sont nombreuses, parfois dures, et démontrent que les personnes prisonnières d’un corps qui ne leur ressemble pas sont des thèmes à considérer avec compréhension. Sebastian Lelio (Gloria) se penche sur le sujet avec beaucoup de finesse, avec presque un regard fasciné sur le combat que ces personnes mènent au milieu de toutes les difficultés liées aux pressions sociales.

Photo copyright : Arne Höhne Presse

Marina (Daniela Vega) est en plein changement, en plein dans les formalités administratives du fait qu’elle est dorénavant une femme et plus Daniel. Elle partage la vie d’Orlando (Fransisco Reyes) qui meurt subitement d’une rupture d’anévrisme. Une disparition soudaine qui l’amènera à rencontrer les proches d’Orlando. S’engage un combat moral contre une famille aux valeurs très chrétiennes, qui refuse de reconnaître Marina comme un membre à part entière de la famille.

Acceptation, différence, combat, deuil

Si The Danish Girl était un film nécessaire pour un sujet tel que le transgenre, Une Femme Fantastique est un portrait ô combien fascinant dans sa forme sociale. La dimension sociétale prend de l’envergure tant le propos est traité de manière sobre mais efficace. Les paroles assassines sont perçues comme des coups de fusil, des atteintes physiques que Marina tente d’occulter pour avancer et rester digne. Les échanges entre Marina et l’ex femme, Sonia (Aline Küppenheim), ou avec Bruno (Nicolas Saavedra) sont intenses, méchants, rabaissants et dénotent toute la haine qui découle d’une société qui n’arrive pas (encore?) à cautionner le changement de sexe, ou simplement la différence.

La colère gronde, Marina reste de marbre, tente de faire bonne figure. Entre une subtile mise en scène et des séquences soigneusement sélectionnées, Une Femme Fantastique fait souffler un vent de colère, de désolation à travers les actes de Marina. Un homme qui se sent femme, qui décide de faire le grand saut et se retrouve prise dans l’étau d’une famille exécrable. Contre vents et marées – une scène prouve cette maxime -, Marina plie mais ne rompt pas au courage. Et au milieu de ce tumulte, il y a un deuil à gérer, car son amour était sincère et profond pour Orlando, malgré les années qui les séparaient.

Performance pleine de vérité pour Daniela Vega

Si Sebastian Lelio sublime son actrice principale, Daniela Vega se transcende aussi pour camper cette héroïne moderne. Nous avons le sentiment d’assister à un rôle réel, vécu par celle qui lui donne vie. Une performance singulière de vérité et de justesse. Les scènes défilent, Daniela Vega intensifie son jeu, se retrouve catapultée dans un monde parallèle l’espace d’un instant fameux dans une boîte de nuit, ou simplement prise au dépourvu devant la bassesse des proches d’Orlando.

Une Femme Fantastique est brutal psychologiquement mais d’une extrême intelligence dans sa conception. La dimension humaine est parfaitement maitrisée et exploitée, rien n’est désuet, tout s’articule de manière fluide pour vous brosser le portrait d’une femme qui a sûrement endurer une telle épreuve. Un cri de révolte qui résonne à travers tout Santiago. Une oeuvre déstabilisante de tendresse qui rappelle toute la cruauté et la stupidité de notre monde. Poignant.

Casting : Daniela Vega, Fransisco Reyes, Luis Gnecco, Aline Küppenheim, Nicolas Saavedra, Amparo Noguera

Fiche technique : Réalisé par : Sebastian Lelio / Date de sortie : 5 juillet 2017 / Durée : 104min / Genre : Drame / Scénario : Sebastian Lelio, Gonzalo Maza / Musique : Matthew Herbert / Distributeur suisse : Pathé Films