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True Detective : la même essence pour une nouvelle carburation

L’annonce d’une troisième saison de True Detective avait réveillé les âmes en peine. Après une première saison iconique, la seconde s’était fourvoyée royalement. Le côté mystique et les envolées lyriques et philosophiques de Rustin Cohle (Matthew McConaughey) n’ont trouvé qu’un écho misérable avec l’agonisant inspecteur Raymond Velcoro (Colin Farrell). Nic Pizzolatto, son créateur, échaudé par les critiques acerbes, s’est remis au travail pour une troisième saison qui renoue avec sa gloire d’antan.

En 2019, c’est au tour de Wayne Hays (Mahershala Ali) de devenir la nouvelle attraction. Un nouveau Cohle. Le regard tourné vers le passé, vampirisé par une affaire sordide et des recherches infinies. Une affaire complexe, insupportable pour Hays. De 1980 à 2015, l’enquête reste non-résolue. La région des Ozarks renferme un secret. Un cadenas que le duo Wayne Hays et Roland West peine à crocheter.

Photo copyright : HBO / Tous droits réservés

Couches temporelles et climat social lourd

La douleur est épouvantable quand elle est silencieuse. Le détective Hays porte cette souffrance à travers les années, depuis 1980 et ces deux enfants disparus. Enquêteur de haute-voltige, il n’imaginait pas se retrouver dans un tel traquenard, les mains liées. Nic Pizzolatto reprend le filon qui l’avait propulsé vers les étoiles de la télévision : une écriture cryptique, exigeante, précise et ficelée pour nous mener vers un épilogue incertain. La saison 3 ne commet pas la même erreur que la deuxième, se focalisant uniquement sur une affaire, sans se perdre à évoquer plusieurs sujets incompréhensibles. Une maîtrise qui réussit à nous tenir en haleine en formant un puzzle pièce par pièce, sans trop en dévoiler. Les couches temporelles – 1980, 1990 et 2015 – sont parfaitement intégrées au récit. Quelques détails facilement perceptibles, et l’histoire se fluidifie plus elle avance. Lorgnant vers le côté obscur et le climat racial lourd à supporter pour Hays, True Detective fonctionne de manière plus silencieuse par rapport aux autres saisons, plus dans la retenue. La patte de Jeremy Saulnier, à la réalisation des 2 premiers épisodes, n’y est pas étrangère. Ce sentiment provient également, et surtout de la performance majuscule de Mahershala Ali, dans un costume qui lui sied à merveille. Maître de ses émotions, conscient de sa position défavorable face à ses responsables ou encore face à l’austérité des habitants, Ali réussit une performance d’envergure. Le résultat est d’autant plus réussi grâce à l’excellent duo qu’Ali forme avec Stephen Dorff. Au contraire de Rust et Marty, les deux personnages sont moins éloignés l’un de l’autre, plus en accord. Les deux acteurs sont excellents.

Les fantômes du passé pour compagnons

Nic Pizzolatto continue à convoquer le passé, de le ramener à la surface pour décrire la complexité de son personnage central. Les différents voyages en voiture opèrent comme une traversée dans le temps et les tourments – à croire que Pizzolatto aime réfléchir quand il prend la route. En 2015, le détective, toujours hanté, perd la boule. Des années de galère pour son esprit torturé. Il se retrouve confronté à son passé de soldat au Vietnam ou encore à sa femme. Des fantômes qu’il refuse de regarder en face. À travers le temps, à travers les différents personnages voués à vivre dans le chagrin, l’histoire suit les sentiers étranges des Ozarks sans déborder. L’endroit est négligé, sale, à l’abandon. Le mystère reste à la lisière de la forêt, là où ces deux enfants se sont évanouis dans la nature, projetant à jamais Wayne Hays dans une lente dégringolade. La troisième levée de True Detective n’a pas l’ampleur de la première, mais les ingrédients construisent un récit (très) solide et suffisamment captivant pour dire que Pizzolatto et sa méticulosité ont répondu aux attentes.

 

Casting : Mahershala Ali, Carmen Ejogo, Stephen Dorff, Scoot McNairy, Ray Fisher, Sarah Gadon

Fiche technique : Créée par : Nic Pizzolatto / Date de sortie : 12 janvier 2019 / Format : 8 épisodes – 50 minutes / Chaîne : HBO