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Trois biopics musicaux à découvrir

Retracer l’existence d’un grand artiste, ou une infime partie, reste un sujet souvent abordé par les réalisateurs. Du succès à la dépression, il n’y a qu’un pas, comme le prouve ces nombreux artistes qui sombrent souvent dans la folie, la drogue ou l’alcool, en plein succès. Loin des projecteurs, loin de la popularité qu’ils chérissent, ils deviennent des personnages fragiles. Ces instants compliqués sont une aubaine pour des cinéastes avides de découvrir la réelle personnalité de leurs idoles, dans l’intimité, lorsque les masques tombent.

Dans cette même veine, nous avons sélectionné trois biopics qui décortiquent ces moments de gloire, mais surtout ces périodes de doute et de dépression. De Chet Baker à Miles Davis, l’année 2016 fut celle choisie par Marc Abraham, Don Cheadle et Robert Budreau pour délivrer leurs oeuvres biographiques.

I Saw the Light

Honneur à la country. Marc Abraham s’est penché sur l’histoire de Hank Williams (Tom Hiddleston), un chanteur américain, véritable icône dans le pays de l’Oncle Sam. À force de tirer sur la corde, il sombre dans l’alcoolisme et la drogue. En pleine tournée, à l’âge de 29 ans, Hank Williams s’efface et déserte la surface de la Terre. Il laisse derrière lui Audrey Sheppard (Elizabeth Olsen), devenue Madame Williams.

Photo copyright: Sony Pictures

Photo copyright: Sony Pictures

Hormis l’alcool, la drogue, Williams aimait la country plus que tout. Le musicien définissait la musique country comme un acte sincère. La scène, les studios étaient une sorte de refuge pour lui, loin de ses démons. De fil en aiguille, homme à femmes qu’il aimait être, il préférait collectionner les belles créatures plutôt que de passer du temps avec sa femme totalement mise de côté. Le début des déboires pour la première véritable superstar de la country moderne.

Avec le charismatique Tom Hiddleston dans la peau de Hank Williams, I Saw the Light ne verra jamais la lumière, ou du moins complètement. Certes l’acteur britannique assure tout comme sa partenaire, Elizabeth Olsen, mais le film ne fait pas honneur à l’existence effrénée du chanteur. La mise en place et l’évolution du métrage ne parvient jamais à nous embarquer complètement. Que ce soit le rythme ou le traitement, le biopic tombe à plat. 

Mais les amoureux de la country découvriront un bout de la vie de Williams. L’être insensible et irrespectueux qu’il était nous démontre que le succès lui est monté à la tête. De ce point de vue, I Saw the Light mérite d’être vu.

Miles Ahead

Un projet qui tenait à coeur à Don Cheadle, son auteur. Fasciné par Miles Davis, il s’est battu pour sortir ce film, à la force du poignet et en le finançant en partie lui-même.

C’est à la fin des années 70 que nous sommes débarqués pour découvrir un Miles Davis qui a déserté le devant de la scène en pleine gloire. Reclus dans sa demeure, drogué et hanté par son passé, Davis n’est plus que l’ombre de lui-même. Arrive Dave Braden (Ewan McGregor) du Rolling Stone Magazine, qui réussira à gagner la confiance du génie du jazz. De cette rencontre découlera une véritable complicité. Par la suite, ils tenteront même de récupérer un enregistrement volé des dernières compositions du musicien.

Photo copyright: Sony Pictures

Photo copyright: Sony Pictures

Avec les casquettes à la fois de réalisateur, de rôle principal et co-scénariste, Don Cheadle réussit une petite prouesse avec Miles Ahead. Un film qui vous prend par les sentiments, grâce à ce comportement totalement imprévisible du musicien, ou grâce à de surprenants flashbacks faisant référence à son douloureux passé. Les démons d’antan sont omniprésents, tout comme le spectre de son union ratée avec Frances Taylor (Emayatzy Corinealdi).

Mélangeant l’humour avec la tragédie, Cheadle jongle admirablement, par moments, avec les ficelles de son film, sans être parfaitement fidèle aux faits s’étant réellement déroulés. Une oeuvre électrisante qui se démarque dans le domaine des biopics de personnalité. Un moment capturé admirablement par la fougue d’un fan, d’un amoureux de Miles Davis.

Born to Be Blue

Le meilleur pour la fin. Born to Be Blue, de Robert Budreau, retrace la vie de Chet Baker, trompettiste légendaire des années 60. L’homme est fragile, porté sur la drogue mais talentueux. Mais c’est bien sa fragilité qui sera évoquée durant le film. La tournure que prendront les évènements ne lui sera pas favorable, puisqu’il sera tabassé sur un parking alors qu’il tourne un film sur sa propre vie. La production s’arrête d’un coup sec, tout comme la vie artistique de Baker. Mâchoire fracturée, les médecins évoquent la possibilité pour le musicien de ne plus pouvoir jouer de la trompette de la même manière. Abattu, l’artiste broie du noir. Mais c’est sans compter sur Jane (Carmen Ejogo), sa moitié, sa raison de vivre.

Derrière chaque grand homme se cache une femme. Cet adage convient parfaitement à Born to Be Blue. Jane est cette femme qui a réussi à tirer d’affaire Chet Baker. Présenté comme une « anomalie du jazz » à cause de sa couleur de peau, il ne fut pas épargné par ses pairs.

Photo copyright: New Real Films

Photo copyright: New Real Films

À la manière de Love & Mercy, Robert Budreau traite son film de la même façon. De telle manière que nous découvrons un film qui s’apparente à une percée émotionnelle, celle qui vous met à nu un homme face à ses faiblesses. Baker est présenté comme un homme discret, s’exprimant avec une voix douce. C’est cette délicatesse qui définit la manière dont Budreau décortique son film. Un récit qui ne salit pas la légende de Baker, mais qui la met à mal.

Peut-être manque-t-il cette étincelle pour en faire un chef-d’oeuvre, mais cette vie fondée sur des bases instables nous dévoile un homme dont la sensibilité est exacerbée. Une facette qu’Ethan Hawke réussit à transmettre de manière grandiose. Une performance qui fait date dans la carrière de l’acteur originaire d’Austin.