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Three Billboards, Les panneaux de la vengeance : comédie dramatique qui réussit là où on ne l’attend pas

Trois panneaux pour illustrer un dégoût, un profond chagrin, une vengeance qui ne fait que grandir plus les jours passent. Mildred Hayes (Frances McDormand) n’a pas la langue dans sa poche. Elle apparaît comme une force tranquille mais une profonde colère brûle de toutes ses flammes au fond d’elle. Et pour cause : l’enquête sur la mort de sa fille, violée et calcinée, piétine et personne ne sait qui l’a tuée. Ces trois panneaux, où seuls « les attardés et les sans-abris » passent, va provoquer de profondes réactions en ville. Tout d’abord auprès du premier visé, le chef de la police Bill Willoughby (Woody Harrelson). Un homme très respecté dans cette petite ville du Missouri.

« Violée pendant sa mort, toujours pas d’arrestation, comment ça se passe chef Willoughby ? » Voilà la traduction des trois panneaux de la discorde. Mildred transpire la rage dans sa combinaison délavée, coiffée de son turban et l’arrière de la tête rasé de près. Sa fureur et sa tristesse détruisent sa vie. Mais elle se fera entendre par n’importe quel moyen pour faire justice. Parce que la partie est loin d’être terminée, elle trouvera le coupable envers et contre tous.

Un flic homophobe, raciste et misogyne

Mildred est mise en porte à faux, toute la ville la traîne dans la boue et son fils, Robbie (Lucas Hedges), se fait lyncher dans son lycée. Lui-même en veut à sa mère. Alors que Mildred devrait avoir le soutien de la communauté, les habitants la laissent seule face à ses démons. Martin McDonagh (7 Psychopathes, Bons Baisers de Bruges) dépeint, souvent avec un humour grinçant, le portrait d’une ville qui préfère se ranger du côté du gentil chef de la police qui mène une vie de famille sans la moindre histoire. Un père dévoué au détriment d’une mère divorcée et qui plus est, endeuillée par le meurtre de sa fille. Cherchez l’erreur. Mais les langues se délient et nous apprenons rapidement que Willoughby est sur le point de passer l’arme à gauche, la faute à un cancer. La figure emblématique de la ville sur le point de capituler s’attire la pitié de la ville d’Ebbing, alors qu’une mère continue à avancer tant bien que mal avec la mort de sa fille sur la conscience. Il est intéressant de répéter à plusieurs reprises l’équation que McDonagh déballe avec Three Billboards, Les panneaux de la vengeance pour comprendre la misogynie et l’étroitesse d’esprit qui règnent dans ce patelin du fin fond des Etats-Unis.

Photo copyright : Twentieth Century Fox

McDonagh mise beaucoup sur un ton humoristique pour démarrer son récit, malgré le sujet qui ne prête pas vraiment à sourire. On pense surtout à Dixon (Sam Rockwell). Un flic homophobe, raciste qui vit chez sa mère, présenté comme l’idiot du coin mais un représentant de la loi, donc difficile de l’envoyer paître. Protégé par le chef Willoughby, sans vraiment que l’on sache pourquoi au vu de son incompétence et de ses traits de caractère violents, Dixon devient incontrôlable le jour où son boss meurt et laisse exploser ses émotions une bonne fois pour toute. Une scène choquante qui démontre le sens donné au film : pas de sentiment, que des agissements. La comédie noire à l’image de Three Billboards représente le subtil équilibre si délicat à maintenir entre tragique et comique. On serait tenté de dire que l’humour est présent pour faire passer la pilule plus facilement, mais encore faut-il le faire avec finesse. McDonagh, derrière cette écriture très percutante, présente une histoire de rédemption sur un ton quelques fois imprévisible. La scène finale en est la parfaite illustration.



McDormand en met plein la vue

Une des séquences qui peut traduire la performance de grande classe de l’excellente Frances McDormand serait sans conteste cette scène chez le dentiste. Dans un premier temps très calme, elle flaire l’entourloupe et se venge telle une tigresse. Une performance qui va crescendo, qui s’intensifie. L’actrice de 60 ans est étincelante tant elle est « badass » et touchante à la fois. Pleine de justesse dans cette scène du restaurant lorsqu’elle est face à son rencard du soir, joué par un très bon Peter Dinklage, alors qu’elle essuie les moqueries de son ex-mari (John Hawkes) parti avec une jeunette de 19 ans (Samara Weaving) un peu simplette.

Un autre excelle dans l’affaire, l’imprévisible Sam Rockwell. Dans son rôle de flic raciste, il n’est pas en reste. Entre le rigolo de service et le gars qu’on sous-estime, Rockwell trouve aussi cette justesse qui permet de faire briller encore un peu plus McDormand.

Three Billboards, Les panneaux de la vengeance est, sous ses airs de film simpliste, une oeuvre qui parle des côtés médiocres de la race humaine mais aussi des beaux. Il y a quelque chose de très touchant, de rédempteur qui fait que le métrage touche parfois à la perfection, mettant en avant les sujets qui fâchent. Quatre Golden Globes pour couronner le tout et Martin McDonagh réussit son meilleur film, et de loin.

Casting : Frances McDormand, Sam Rockwell, Woody Harrelson, Peter Dinklage, John Hawkes, Lucas Hedges, Caleb Landry Jones, Samara Weaving, Abbie Cornish, Kathryn Newton

Fiche technique : Réalisé par : Martin McDonagh / Date de sortie : 17 janvier 2018 / Durée : 116 min / Scénario : Martin McDonagh / Photographie : Ben Davis / Musique : Carter Burwell / Distributeur suisse : Fox-Warner