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The Wife : une plume faussement adulée

Le téléphone sonne et le temps se suspend. Joe Castleman parvient péniblement à décrocher le combiné. Au bout du fil, la fondation Nobel pour lui signifier qu’il est l’heureux gagnant du Prix Nobel de littérature. Un moment de joie indescriptible qui soulèvera une profonde rancoeur. Laquelle ? Non loin, Joan Castleman reste de marbre, comme effacée. Le prix de la discorde, d’un vaste mensonge qui prend racine à l’université.

Un vol à bord du (regretté) Concorde : Joan (Glenn Close) et Joe (Jonathan Pryce) sont en route pour Stockholm et la remise des prix Nobel. Les deux restent silencieux. L’une lit et l’autre s’empiffre de biscuits. Et voici que débarque Nathaniel Bone (Christian Slater), mandaté par une maison d’édition pour pondre une biographie sur Joe Castleman. Arrivé comme un cheveux sur la soupe, le jeune freluquet souhaite soutirer des infos. C’est bien cet homme qui va faire office de détonateur car l’histoire derrière la carrière prolifique de Joe est peu reluisante…

Une femme comme « ghost writer »

Le fossé est toujours plus grand, toujours plus insoutenable pour Joan. Elle refuse les nombreux compliments et remerciements que son mari lui adresse. Trop c’est trop. Intérioriser une rancoeur et effleurer l’injustice. Joan cède et laisse son mari déboussolé à son propre destin : celui d’un écrivain reconnu mondialement pour son renouveau et sa fraîcheur romanesque. Le divorce est consommé avant d’être prononcé. Une femme furieuse et triste d’être cantonnée à un rôle de faire-valoir, alors que c’est elle le véritable talent. « Tu ne fais que mettre la forme. Ce n’est pas toi qui passe plus de 8 heures à écrire. » En 1993, Joan n’en peut plus d’être invisible, elle décide de sortir de l’ombre pour de bon.

Photo copyright : Graeme Hunter Pictures

C’est en 1956 que Joan se rêve dans la peau d’un écrivain. Mais les femmes n’attirent pas l’attention des éditeurs. Glenn Close, dans la peau de Joan, amène cette intériorité sublime et complexe. Sa performance éclipse tout le monde, même Jonathan Pryce, dans la peau de Joe Castleman, à la rupture, aveuglé par la lumière de la gloire. Malgré la performance exaltante de Close, The Wife reste une oeuvre convenue, suivant une trame bien définie, sans véritable surprise. Björn Runge fait le choix d’intégrer des flashbacks pour situer le point de départ de cette belle et tumultueuse relation, parfois vers de légers poncifs. Comme un premier jet littéraire, il manque une structure en termes de mise en place, n’utilisant pas le flashback de manière adéquate.

En ne poussant pas son récit jusqu’au bout, dans ses derniers retranchements, Runge pêche dans sa finalité, mais réussit à nous entraîner dans cette injustice. Close est une auteure enfermée dans une boîte à double tour, humiliée par la prétention de son écrivain de mari. À force, la boîte n’est plus assez solide et le cadenas cède pour laisser sortir son contenu : la vérité. The Wife est le premier roman d’un auteur plein d’entrain et de talent : imparfait mais fougueux. Des fulgurances incarnées par le jeu de Glenn Close, la femme à la boîte de pandore.



Casting : Glenn Close, Jonathan Pryce, Max Irons, Christian Slater, Harry Lloyd, Alix Wilton Regan, Annie Starke

Fiche technique : Réalisé par : Björn Runge / Date de sortie : 20 février 2019 / Durée : 100 min / Scénario : Jane Anderson, Meg Wolitzer / Musique : Jocelyn Pook / Distributeur suisse : Impuls