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Cannes 2017 | The Square : un humour grinçant pour une critique sociale décapante

Appelé de dernière minute dans la compétition, Ruben Östlund n’est pas un débutant dans la branche. Les cinéastes qui concourent pour la Palme d’Or ne sont pas les premiers venus, mais c’est bien une première pour le suédois de 43 ans. Après son dernier film sélectionné dans la catégorie Un Certain Regard (une comédie grinçante sur la réaction lâche d’un père devant une situation dangereuse pour sa famille) cette fois-ci, place à The Square.

L’histoire de Christian (Claes Bang), conservateur du musée de Stockholm, ressemble à celle de beaucoup de gens. Père divorcé, il roule en Tesla et se donne bonne conscience en soutenant les causes humanitaires. À l’aube d’une nouvelle exposition intitulée « The Square », il se fait piquer son téléphone et ses valeurs. Pour ne rien arranger, l’agence de communication fait le buzz avec une vidéo promotionnelle douteuse. Plusieurs situations qui vont plonger le père de famille dans une crise existentielle et l’amener à revoir sa manière de penser.

Humour grinçant, démonstratif et décalé

Avec Östlund, on sait à quelle sauce nous allons être mangés. The Square n’échappe pas à la règle. Dès les premiers instants, les situations s’enchaînent, l’humour du nordique vous explose à la face. Jonglant entre les situations incongrues et l’absurdité de notre monde, le suédois compose un tissu humoristique qui prend des airs de danse du scalp. Comme son collègue réalisateur Roy Andersson, Östlund mise sur une comédie décalée à répétition. Le musée s’y prête à merveille comme décor loufoque et propice au comique de situation. Une interview à la question incompréhensible, une discussion entre un artiste et son public interrompue par un spectateur atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, une vidéo étrange d’un homme en train de grogner sur les murs du musée, nombreuses sont les scènes hilarantes.

Mais force est de constater qu’en dévoilant l’étendue de sa palette comique, la démonstration tourne parfois en rond, tire en longueur et perd indéniablement de sa superbe à mesure que le film force sur son absurdité. Mais l’enjeu se trouve caché derrière l’individualisme d’un homme à qui la vie sourit. Le regard grinçant de Ruben Östlund – à l’image de Snow Therapy – transparait une nouvelle fois avec The Square. La maestria du suédois prend toujours plus d’ampleur par sa facilité à amener un sujet sensible avec la subtilité qui le caractérise. Les déviances du monde de l’art contemporain est tourné en ridicule, l’égocentrisme de l’homme ou les préjugés de notre société moderne. Rien n’échappe à la vigilance du nordique.

La révélation de Claes Bang

The Square est le titre donné à cette nouvelle exposition présentée au musée de Stockholm. Elle prétend mettre en exergue l’altruisme et la bienveillance. En parlant d’altruisme, Clae Bang, l’interprète de Christian, en possède à la pelle. En portant de main de maître le métrage, l’acteur suédois de 50 ans, charismatique, vogue de péripétie en péripétie avec beaucoup de flegme, surfe sur les traits d’un personnage charmeur, emprunté, enclin à une remise en question de son existence et de son approche de la société. Bien aidé par l’écriture piquante de Ruben Östlund, Bang brille de mille feux.

Le tableau imaginé par Ruben Östlund forme une toile sociale dont il est difficile de se défaire. Esprit cocasse mais critique, le metteur en scène use de la maxime « faites ce que je dis mais pas ce que je fais » et lance un gros pavé dans la marre. La société est individualiste, c’est une certitude, les préjugés et la lutte des classes sont des thèmes indissociables de notre ère.

Critique : Claes Bang, Elisabeth Moss, Dominic West, Terry Notary, Daniel Hallberg

Fiche technique : Réalisé par : Ruben Östlund / Date de sortie : – / Durée : 142min / Genres : Drame, Comédie / Scénario : Ruben Östlund / Distributeur suisse : –