Search for content, post, videos

The Society : les fondamentaux de l’autorité pour une série imparfaite

Comment replacer l’historique de notre société et ses fondamentaux pour ne pas sombrer dans le chaos ? Comment intégrer ça et en faire une série qui apparaît comme une réussite partielle ? Christopher Keyser développe un show adolescent qui nous emmène à West Ham, où la disparition inquiétante des lycéens soulève un flot de questionnements.

Des ados qui vivent une vie aisée, des parents plein aux as, avocats de préférence, c’est monnaie courante à West Ham. Le grand cliché du lycée américain, avec les riches et les sportifs qui font la loi. Les fêtes sont orgiaques et les voitures de sport défilent sur le parking du l’école. Mais la facilité va faire place à la difficulté : après un voyage en bus tout s’emballe et les jeunes privilégiés se retrouvent sans parents. Tous sont portés disparus. Branle-bas de combat pour retrouver leur nid familial, avant de rapidement découvrir que la petite ville est coupée du monde, obstruée par des arbres. Impossible de s’en échapper, ils sont prisonniers.

Rétablir l’ordre

Ils sont paumés, livrés en pâture. Comment s’organiser ? Rétablir l’ordre, passer par une mise en place de la nouvelle pyramide : qui va diriger et comment ? Les enjeux s’articulent et nous exposent les contours d’une nouvelle communauté adolescente. Et là règne le premier hic dans cette lente construction, où The Society prend près de 2 épisodes pour véritablement lancer les hostilités. Un premier épisode lancinant et un second qui démarre enfin la série avec ses premières frictions. Alors Cassandra (Rachel Keller) décide de remettre de l’ordre et se place comme la figure de cette communauté, celle qui va tirer les ficelles.

Keyser se débarrasse de l’autorité parentale et même générale pour confronter des adolescents qui vont devoir prendre leurs responsabilités. Essayer de mettre les choses à plat, rétablir un ordre pour évoluer dans un contexte sain et calme. Ils sont coupés du monde, totalement seuls. Univers miroir pour une autorité miroir : appliquer les règles connues de notre société. Les courants de pensée vont bon train, les cours au lycée commencent même à faire écho dans la tête des ados. Une démocratie aux allures de régime dictatorial, avec ses morts et ses failles. The Society évoque les fondements de la démocratie à travers cette bande d’ados. Le lycée n’est plus et les rôles sont redistribués, avec son lot d’actes sauvages. West Ham est devenue New Ham, pour le meilleur et pour le pire.

Le mystère s’épaissit alors que le « coup d’État » se poursuit (SPOILER)

Cassandra assassinée lâchement, c’est sa petite soeur Allie (Kathryn Newton) qui prend les devants. Personnage digne d’intérêt, dans un premier temps très pauvre et plat, qui va s’élever au milieu des siens. Newton, excellente, incarne parfaitement ce personnage toujours plus fort, qui évolue de manière radicale. Comme Allie, The Society, après son round d’observation, tisse sa toile pour devenir une sorte de Lost adolescent, avec un soupçon de Stephen King. Un coup d’État pour les mécontents se trame. Entre vie et mort, entre droit d’autorité ou non, l’histoire explore une face inespérée au vu de l’entame laborieuse. La naïveté, voire même le ridicule, laisse place à la maîtrise du thriller au fil des épisodes, avant de (re)perdre en intensité sur la fin.

Photo copyright : Seacia Pavao / Netflix

10 épisodes inégaux certes, mais assez tenus pour donner un vrai relief au show estampillé Netflix. Une transposition de la société moderne, démontrant les comportements de l’être humain face à la redistribution des rôles afin de maintenir un quelconque ordre. Retour au Moyen-Âge, où la force et la violence font régner la loi. Allie, dans son costume de « maire », joue avec le feu, n’hésite pas à faire passer la peine de mort pour maintenir l’ordre, voire confisquer les armes pour calmer les ardeurs de chacun. The Society n’est pas aussi inoffensive qu’elle en a l’air, parfois très prévisible, mais comme chaque être humain face à l’adversité, les masques tombent et laissent apparaître un récit à la réflexion maligne. Les performances de Toby Wallace, dans la peau de Campbell Elliot, et Alex Fitzalan, dans la peau d’Harry Bingham, amènent une couche imprévisible.

Les décisions lourdes de conséquences des adolescents aux épaules frêles. Une série imparfaite, où les clichés adolescents – aussi les inexactitudes comme les téléphones portables qui fonctionnent – rencontrent la rigueur nécessaire pour une série thriller aussi fragile qu’efficace. Un étonnant cocktail qui nous projette dans une autre dimension, où les adultes ont, semble-t-il, tiré un trait sur leurs ados disparus. À eux de se débrouiller dans ce long voyage parallèle.

Casting : Kathryn Newton, Gideon Adlon, Sean Berdy, Natasha Liu Bordizzo, Jacques Colimon, Olivia DeJonge, Alex Fitzalan, José Julian, Toby Wallace, Kristine Froseth

Fiche technique : Créée par : Christopher Keyser / Date de diffusion : 10 mai 2019 / Chaîne : Netflix / Format : 10 épisodes 60 min