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The Rider : portrait déstabilisant d’un cowboy vulnérable

En 2015, Chloé Zhao croise le chemin de Brady Jandreau, un vrai cowboy, dresseur et adepte de rodéo. Son métier de dresseur l’oblige à passer le plus clair de son temps à dresser des chevaux sauvages pour les revendre ensuite. Fascinée par le jeune homme de vingt ans, la réalisatrice chinoise décide de réaliser un film à propos de Brady. Mais en 2016, alors qu’il est en pleine ascension dans le milieu du rodéo, sa chevauchée triomphale prend fin brutalement à cause d’un accident qui le fait sombrer dans le coma durant trois jours, le crâne piétiné par un cheval en compétition. Dorénavant avec une grosse plaque de fer dans la tête, Brady débute une longue convalescence, avec les problèmes de santé liés à son grave traumatisme crânien. Son amour pour les chevaux le pousse à se rétablir rapidement, quitte à commettre des erreurs, à jouer avec sa vie alors que sa santé est encore fragile.

Zhao sublime le portrait d’un jeune homme dépité

Amorcé comme un docu-fiction, The Rider puise sa force dans son authenticité. Zhao pose sa caméra sur un homme détruit, figé, mais bien décidé à continuer sa vie comme il l’entend, sans prêter attention aux avis du corps médical. Et même si Brady – renommé Brady Blackburn dans le récit – doit prendre sur lui, bosser dans un supermarché pour subvenir à ses besoins avant de remonter en selle, il y passera. Sa foi en lui, son amour pour les bêtes se subliment sous l’oeil fasciné de la réalisatrice chinoise installée à New York.

Photo copyright : Les Films du Losange

Mise en scène contemplative et esthétique, aussi belle que les couleurs naturelles du Dakota, le talent de Zhao capte cet abîme qui s’ouvre quand vous vous retrouvez face au vide existentiel, face à la complexité de la vie au quotidien. Tout vous paraît si complexe, si sombre quand il s’agit de renoncer à sa passion. Tout est magnifiquement présenté, souligné, abordé dans The Rider. Des acteurs non-professionnels à la subtilité du traitement, Zhao réalise un sans-faute. Un genre de Far West moderne. Brady Jandreau symbolise parfaitement ce sentiment, lui qui intériorise sa douleur, son désarroi. Il se laisse même approcher volontiers quand certains fans lui demandent de faire une photo avec lui, gardant toujours quelques mots sympathiques et un sourire qui en dit long sur sa douleur enfouie. Lui qui n’hésite pas à se comparer à un cheval blessé qu’on abat, mais Brady est en vie lui. Voyez-y un cri de tristesse, maintenu en vie, dans une cage émotionnelle qu’il ne peut crocheter à cause de ses pépins physiques.

Si The Rider aurait pu verser dans le récit larmoyant, Zhao évite les pièges avec brio. Le drame vécu par Brady est évoqué avec délicatesse. De nombreuses séquences sont à retenir telle que celles avec son pote, son frère, Lane Scott, dans une chaise après un accident similaire à Brad. Le portrait de ce jeune homme est saisissant de sensibilité, fascinant d’authenticité et d’une grande intelligence. Ajoutons à cela les sublimes partitions de Nathan Halpern. The Rider est un film qui subjugue et déstabilise. Une merveille!

Casting : Brady Jandreau, Mooney Gus, Tim Jandreau, Lilly Jandreau, Leroy Pourier, Cat Clifford

Fiche technique : Réalisé par : Chloé Zhao / Date de sortie : 25 avril 2018 / Durée : 1h44 / Scénario : Chloé Zhao / Musique : Nathan Halpern / Photographie : Joshua James Richards / Distributeur suisse : Cineworx