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The Little Drummer Girl : un bijou de réalisation signé Park Chan-Wook

© AMC / Jonathan Olley

Paru en 1983, The Little Drummer Girl, en français La Petite fille au tambour, est un roman d’espionnage comme sait si bien les écrire John le Carré. Car l’écrivain sait de quoi il parle. David John Moore Cornwell, de son vrai nom, a travaillé pour les services de renseignement et de sécurité britanniques dans les années 50 et 60. Nombre de ses ouvrages ont fait l’objet d’adaptations au cinéma ou à la télévision, notamment L’Espion qui venait du froid, Le Directeur de nuit ou encore Le Tailleur de Panama. Cette année, c’est au tour de The Little Drummer Girl d’y avoir droit en se voyant adapter en série, fruit de la collaboration entre l’anglaise BBC et l’américaine AMC. Et le moins que l’on puisse dire c’est que l’on a plutôt à faire à une dream team côté casting et réalisation : Michael Shannon, Alexander Skarsgård, Florence Pugh, on continue ? Et cerise sur le gâteau, Park Chan-Wook pour diriger ce petit monde. Que demande le peuple ? Mais ne nous emballons pas, revenons au coeur du récit.

Nous sommes à la fin des années 70. Un attentat à la bombe est perpétré à l’encontre d’un diplomate juif. Ce dernier s’en sort indemne, contrairement à son fils qui meurt sous les frappes des terroristes palestiniens. Martin Kurz (Michael Shannon), espion des services de renseignement israéliens, imagine une opération de grande envergure afin de coincer la tête pensante de la cellule terroriste responsable de cet attentat et d’autres en Europe et qu’on surnomme Khalil. Pour ce faire, il fait appel à ses meilleurs éléments, tous spécialisés dans un domaine précis. Parmi eux, Gadi (Alexander Skarsgård), espion lui aussi, va être chargé d’amadouer une jeune actrice anglaise. Cette dernière jouera le rôle de sa vie en servant d’appât pour mieux infiltrer le réseau terroriste en question. Tous ensemble, ils mettent sur pied une fiction qui finira par rejoindre la réalité, avec tous les risques que cela comporte…

Une série exigeante

Si vous êtes du genre à aimer regarder des séries légères et distrayantes, sans devoir faire un effort particulier de compréhension alors on vous arrête tout de suite, The Little Drummer Girl ne vous plaira pas. C’est une série exigeante qui demande une attention importante. Il y a beaucoup de personnages, de nombreux flashbacks qui viennent saccader l’intrigue et qui, parfois, rendent la compréhension ardue. Il faut donc être à son affaire. Pour les autres, foncez ! La série joue sur l’ambiguïté : qui est bourreau et qui est victime ? Tout se mélange. Les épisodes défilent et on demeure incertain, tout comme les personnages de la fiction qui ne peuvent faire confiance qu’à eux-mêmes. L’autre est toujours un ennemi en fin de compte. Et que dire de ces personnages qui peuplent la série justement ? Un casting 6 étoiles vous l’aurez compris. Michael Shannon, excellent dans la peau de cet espion-leader-gourou israélien. On ne se lasse pas de voir l’acteur interpréter des rôles plus fascinants les uns que les autres. Il est vrai que l’américain a un CV impressionnant. Pour ses faits les plus récents, on retient The Shape Of Water, qui a remporté 4 récompenses à la dernière cérémonie des Oscars, ou encore Nocturnal Animal, le sombre et somptueux film signé Tom Ford.

Photo copyright : © 2018 AMC/Ink Factory Film Holdings LLC.

Du cinéma ou de la télévision…

… Ou quand les séries se paient le luxe d’atteindre une qualité équivalente voire supérieure au cinéma. Et oui car en regardant The Little Drummer Girl et d’autres séries telles que Sharp Objects ou The Haunting Of Hill House pour les plus récentes, on se trouve face à des joyaux de réalisation, dirigées à l’aiguille fine, floutant toujours plus la frontière entre cinéma et télévision. Et le cinéma n’a qu’à bien se tenir après ça. On connaît son goût pour les réalisations esthétiques et plans léchés, mais Park Chan-Wook excelle dans l’exercice de la fiction télévisuelle, un baptême du feu pour le cinéaste sud-coréen qui n’a jamais travaillé pour le petit écran avant ça. Connu au cinéma pour des longs-métrages comme Old Boy ou le très beau Mademoiselle, l’homme fait étalage de son savoir-faire dans The Little Drummer Girl. C’est le festival des plans « auteuresques ». L’impression que le réalisateur s’est fait plaisir est bien réelle et on se fait plaisir avec lui en admirant ces allures et décors kitsch, années 70 obligent, mais toujours teintés d’une touche contemporaine. Emmenée par la sublime musique signée Jo Yeong-Wook, la série d’espionnage oscille entre calme et tension latente, serpentant entre des chemins aventureux et confus. Une réussite télévisuelle qui ravira à coup sûr les mordus de séries minutieuses.