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The Haunting of Hill House : une série aussi remarquable qu’intelligente

Il existe des séries pour lesquelles le coup de coeur est instantané et où il est impossible de détourner les yeux de l’écran la moindre seconde, ne serait-ce que pour aller aux toilettes ou se faire un café. Impossible tout simplement car vous êtes obnubilés par une histoire si prenante que tout autour de vous devient secondaire. The Haunting of Hills House fait partie de cette caste singulière, que peu de séries réussissent à atteindre. Une adaptation du roman de Shirley Jackson, datant de 1959 – portée à l’écran déjà deux fois – signée Mike Flanagan, soignée, incroyablement captivante et habilement développée sur 10 épisodes intenses.

Mike Flanagan est un adepte du genre. Après Oculus, Pas Un Bruit (Hush) ou encore Ouija, Flanagan n’en est pas à son coup d’essai. Il sait où il met les pieds. Le premier épisode vous prend rapidement à la gorge, comme une mise en garde, des frissons que vous allez ressentir durant 10 épisodes. Efficacité hors pair dans un premier épisode nommé « Steven Sees a Ghost » (Steven a vu un fantôme) qui, durant plus d’une heure, place les bases d’une histoire glaçante. Steven (Michael Huisman) est le premier à passer sur le grill, car chaque épisode présente chacun des protagonistes de la famille Crain, à travers deux époques bien distinctes : le présent et le moment où la famille Crain habitait la maison dite hantée. De l’enfance à l’âge adulte, The Haunting of Hill House dévoile une structure très intelligente, vécue à travers différents points de vue.

Restaurer une maison pour détruire une famille

Le plus triste c’est que cette famille joyeuse entre dans une maison pour lui rendre son lustre d’antan et va en ressortir détruite. Hugh Crain (Henry Thomas) et son épouse Olivia, interprétée par Carla Gugino, actrice sous-estimée et toujours mystérieuse comme elle l’était dans Wayward Pines, débarquent avec leurs  5 enfants. Nous avons Shirley (Lulu Wilson), Theo (Mckenna Grace), Nell (Violet McGraw), Luke (Julian Hilliard) et l’aîné Steven (Paxton Singleton). 5 enfants qui vont grandir dans une ambiance tendue et étrange. Nell voit une « dame au cou tordu », Luke s’amuse avec la mystérieuse Abigail, Theo sent les choses d’une autre façon que les autres grâce à ses mains. Shirley et Steven sont un peu épargnés malgré leur sensation étrange.

Photo copyright : Steve Dietl/Netflix

Un soir les choses dégénèrent et le père, désemparé, laisse les enfants dans un motel. Hugh revient la chemise en sang. Le mystère reste entier, Hugh ne reparlera plus de cette nuit-là. Désormais adulte, Steven, à présent campé par Michael Huisman, devenu un écrivain populaire grâce à ses livres sur les maisons hantées. Shirley (Elizabeth Reaser) a fondé son salon funéraire. Une mère de famille respectable. Theo (Katie Siegel) est une psychologue et vit dans la même maison que Shirley. Luke (Olivier Jackson-Cohen) est en cure de désintoxication, addict à l’héroïne et encore hanté par ses vieux démons. Sa soeur, Nell (Victoria Pedretti) se bat contre ses visions d’horreur et cette « dame au cou tordu ». Un portrait familial entaché d’une expérience glaçante et toujours plus présente malgré les années. Disons-le clairement : la famille Crain est perdue à jamais.

De l’épouvante mélangée à une foule de souvenirs

Si nous prenons en exemple La Nonne sorti dernièrement, l’horreur était gratuite, elle n’amenait rien au récit, juste quelques sursauts et délaissait totalement la sève de son histoire. Dans The Haunting of Hill House, l’horreur est utilisée à bon escient, pour rappeler les souvenirs douloureux d’un traumatisme lié à l’enfance. À l’image de l’intelligente structure, la peur construit quelque chose de nouveau, nous plongeant dans les émotions ressenties par les différents protagonistes. Une foule de souvenirs et des flash-backs admirablement intégrés, à l’aide d’une mise en scène remarquable. Excellente grâce une atmosphère glaçante. Des mouvements de caméra glissant doucement, avec son lot de détails en arrière-plan. Un conseil : gardez l’oeil ouvert. Il se trame des choses étranges dans le dos de Hugh et de sa famille…

Photo copyright : Steve Dietl/Netflix

Sentiment surnaturel mélangé à la réalité, le récit touche parfois au sublime grâce à l’équilibre entre les rêves (ou plutôt les cauchemars) et le réel. Flanagan ne s’attarde pas uniquement sur le besoin maladif de faire sursauter son spectateur, il s’intéresse à l’essentiel : l’humain. L’être humain construit sa propre imagination et se protège à sa manière face à ses cauchemars. De ce point de vue, Flanagan use habilement des subterfuges horrifiques pour réaliser une histoire cohérente en tout point. Les pièces disséminées dans chacun des épisodes se rassemblent pour donner le puzzle final dans un ultime épisode émotionnellement fort. La pièce rouge prend un sens symbolique – non, ce n’est pas un spoiler – et démontre tout la subtilité de l’histoire imaginée par Mike Flanagan, mais surtout celle de Shirley Jackson.

On ne peut s’empêcher de penser à Premier Contact (Arrival) de Denis Villeneuve. Même si tiré par les cheveux, il y a comme un écho aux tourments vécus par Louise Banks et ceux de la famille Crain. Une vision périphérique du futur et du présent, avec le passé comme juge arbitre. La dimension temporelle est un facteur déterminant. Autre petit détail cocasse : l’escalier en colimaçon ressemble étrangement à celui aperçu dans le film Casper.

The Haunting of Hill House est à n’en pas douter l’une des grandes séries de l’année. L’alchimie qui règne entre les acteurs adultes est parfaite, tout comme celle entre les enfants. Les monologues sont puissants et profonds, un voyage astucieusement ficelé entre le passé et le présent. Alors que les spectateurs s’égosillent devant de piètres films d’horreur, Netflix réussit un immense tour-de-force avec sa nouvelle série. Un sans faute de bout en bout, tendu et bouleversant.

Casting : Michael Huisman, Carla Gugino, henry Thomas, Elizabeth Reaser, Olivier Jackson-Cohen, Kate Siegel, Victoria Pedretti, Lulu Wilson, McKenna Grace, Paxton Singleton, Julian Hilliard, Violet McGraw, Timothy Hutton

Fiche technique : Créée par : Mike Flanagan / Date de diffusion : 12 octobre 2018 / Chaîne : Netflix / Format : 10 épisodes – 60 minutes