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The Handmaid’s Tale: et si, entre fiction et réalité, il n’y avait qu’un pas ?

Photo copyright: © Hulu

Si je vous disais qu’un matin, nous les femmes, nous découvrions à notre réveil que nous n’avons plus accès à notre compte en banque, que nous ne pouvons plus aller et venir à notre guise, que nous n’avons plus aucun contrôle sur notre vie, notre façon de penser, dépossédées de notre corps, nous ne sommes plus que les esclaves d’une société totalitaire et déviante… Votre première pensée? Certaines de vous crieraient au scandale: « c’est impossible »! D’autres me diraient probablement que, dans une plus large mesure, ce genre de situation a des fortes similitudes avec des évènements passés ou actuels. Prenez par exemple l’esclavage aux États-Unis ou, de nos jours, l’Arabie Saoudite où la femme ne peut ni conduire ou parler à un autre homme que son mari en public pour ne citer que ça… En effet, ce qui semble fictif pour certains, ne l’est assurément pas pour d’autres. Ce qui semble inimaginable à notre époque, ne l’est pas aux yeux de personnes vivant sous d’autres latitudes. Ce qui semblait être du domaine de l’impossible en Occident, peut parfois prendre une tournure des plus réalistes. J’ai en tête l’élection d’un sombre type au teint couleur carotte et perruque méchée canari vissée sur le crâne. À l’heure où les extrémismes de toutes sortes montent en puissance, on est en droit de se demander si la fiction ne dépasserait pas quelques fois la réalité. Et c’est en substance ce qui rend The Handmaid’s Tale si furieusement inquiétante, sombre et géniale. La série, tirée du livre écrit par Margaret Atwood « La Servante Écarlate » en 1985, dépeint notre société démocratique qui s’est brisée sous les coups d’une puissance religieuse et totalitaire ayant renversé le système en place et continuant son expansion au-delà des frontières américaines. Terrifiant? Vous n’avez encore rien vu…

La femme, un objet au service du système

Au sein de cette nouvelle société au taux de fertilité très bas provoqué par la pollution et dans ce nouvel ordre instauré par l’état religieux désormais en place, les femmes sont divisées en trois catégories. les Marthas: tout en bas de l’échelle sociale, elles sont au service des habitants de la maison. Les Épouses: elles sont les compagnes des commandants et règnent dans leur demeure. Enfin les Servantes: elles ont pour seul devoir de reproduire à la place des Épouses stériles. Offred (Elisabeth Moss) fait partie de cette dernière catégorie. Elle doit se considérer chanceuse car elle est fertile. Ainsi, elle est appelée à participer chaque mois à ce que les leaders appellent « la Cérémonie », soirée durant laquelle elle se fait violer par le maître de maison et haut placé dans le gouvernement religieux (Jospeh Fiennes). La mise en scène de cette Cérémonie très organisée et à laquelle l’Épouse (Yvonne Strahovski) prend part, est d’un pathétisme édifiant et d’une violence latente inouïe. La vie d’Offred ne se résume qu’à ça. Avant, elle avait un autre prénom, elle avait un mari, une fille, une vie professionnelle et des amis. L’avant est désormais tabou car dans cette société où tout le monde surveille tout le monde, Offred ne peut croire ou avoir confiance en personne. Les « Yeux », des camions noirs arpentant les rues en scrutant les moindres faits et gestes des individus, ajoutent à l’horreur du quotidien une paranoïa difficile à gérer. Au bord de la rivière, là où Offred et ses amies Servantes marchent parfois, des corps pendus tapissent les murs. Ce conte dystopique qui se déroule de nos jours prend des allures d’un autre siècle. Sont pendus les homosexuels, les médecins en faveur de l’avortement et les religieux qui ne se sont pas inclinés face au pouvoir religieux établi.

Photo copyright: © Hulu

Une série féminine et féministe?

Il peut paraître contradictoire d’évoquer le concept de féminisme tant l’histoire de The Handmaid’s Tale relate l’asservissement total des femmes et la négation complète de leur identité propre au profit du pouvoir théocratique masculin. Mais la série se focalise bien sur les femmes et rien qu’elles. Comment affrontent-elles les sévices physiques et psychologiques infligés? Quels mécanismes de défense développent-elles? Comment, dans cette absolue négation de leur personne, arrivent-elles à se redéfinir? Toutes ont une histoire et passé propres et elles sont, chacune à leur manière, fortes et indépendantes à l’image de Moira (Samira Wiley) ou Ofglen (Alexis Bledel). Troublantes dans leurs longues robes écarlates qui rappellent la couleur du sang, les Servantes, au-delà de leur comportement apparemment docile, nous rappellent aussi que le rouge est la couleur de la colère, d’une force sanguine qui s’apprêterait à exploser. Courageuse elle aussi, Offred nous guide en voix off à travers l’histoire. Pas à pas, épisode après épisode, on en apprend plus sur cet état totalitaire et son mode de fonctionnement, mais surtout on apprend comment tout a basculé. Elle nous raconte avec ses propres mots ses pensées les plus profondes et de quelle façon elle arrive à tenir bon. Elisabeth Moss nous a habitués à camper des personnages féminins forts et indépendants. On se rappelle bien sûr d’elle dans Top of the Lake ou encore Mad Men. Son rôle d’Offred ne fait donc pas exception. Elle excelle sous les traits de la Servante, poignante et honnête, qui crie intérieurement. Autre figure emblématique de la série: Tante Lydia, la cruelle cheffe et instructrice des Servantes jouée par Ann Dowd qui, décidément, aime interpréter des rôles singuliers à tirer des baffes. Rappelez-vous: c’est elle qui donne du fil à retordre à Justin Theroux dans The Leftovers. Les femmes sont ainsi dignement représentées grâce à des actrices clairement à la hauteur des personnages complexes qu’elles interprètent. Car la tâche est rude croyez-moi.

L’univers angoissant et oppressant de The Handmaid’s Tale donne à quiconque visionne la série l’envie d’hurler. Rien n’a de sens. Comment cela a-t-il pu arriver? Comment la population a-t-elle pu se laisser faire de la sorte? Comment ces femmes survivent-elles? En découvrant la trame, on s’aperçoit que rien n’est facile et que sortir de cet enfer relève d’une mission suicide. Et si la série est avant tout un récit de science-fiction dramatique, elle donne toutefois à réfléchir sur les dérives dont chaque État peut potentiellement être victime. Sans raccourcis faciles, il est malgré tout aisé de tirer des parallèles avec le monde actuel. Brillante en tous points et certainement l’une des fictions télé les plus réussies de 2017, la série labellisée Hulu fascine, interroge, choque mais fait surtout prendre conscience.

 

Casting: Elisabeth Moss, Joseph Fiennes, Yvonne Strahovski, Alexis Bledel, Max Minghella, Samira Wiley, Ann Dowd, O-T Fagbenle.

Fiche technique: Tiré de: « The Handmaid’s Tale » de Margaret Atwood / Création: Bruce Miller / Réalisation: divers / Date de sortie: 26 avril 2017 / Genre: Drame, science-fiction / Format: 11 épisodes – 60 minutes / Chaîne: Hulu / Pays: USA