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Never heard of #1 : The Girlfriend Experience

Nous avons à coeur de faire découvrir mais également de mettre en lumière des productions qu’on connaît moins, voire pas du tout. Dans la saga « les séries sympas dont personne ne parle », voici le premier volet de « Never heard of ». Vous savez, ces séries dont on a vaguement entendu parler mais dont on ne se rappelle plus très bien ce que c’est ni qui les a évoquées autour du petit Spritz du vendredi en afterwork ou alors: « Non, j’vois pas ce que c’est, jamais entendu parler, moi j’regarde Game of Thrones… ». Attardons-nous un peu sur ces séries passées sous silence. Au tour de The Girlfriend Experience de faire « couler un peu d’encre » dans nos colonnes.

Tirée du film du même nom réalisé par Steven Soderbergh et sorti en 2009, The Girlfriend Experience, série originale de la chaîne payante américaine Starz, a été diffusée pour la première fois en avril 2016 aux Etats-Unis. L’histoire s’articule autour du personnage principal, Christine Reade, campée par Riley Keough. Etudiante en deuxième année de droit à Chicago, Christine est une jeune femme intelligente, ambitieuse et déterminée. Elle mène de front ses études ainsi qu’un stage dans un grand cabinet d’avocat de la ville. Comme beaucoup d’étudiants/tes, elle rencontre des problèmes financiers et commence à s’intéresser de plus près aux activités nocturnes de sa seule amie, Avery, étudiante en droit elle aussi. Cette dernière est escort girl. De fil en aiguille, Christine se fraie un chemin dans ce monde, fidélise une clientèle d’assidus en mal d’intimité mais surtout en manque de compagnie et peut ainsi mener un train de vie inaccessible jusqu’alors. Déterminée à réussir, elle ne recule devant rien pour parvenir à ses fins. Magouilles, mensonges, faux-semblants mêlés à des sentiments réels. Difficile parfois de s’y retrouver.

Une mise à nu physique et psychologique

Qu’on se le dise, The Girlfriend Experience enchaîne les scènes de sexe, les unes après les autres, sans complexes, ni fioritures. À tel point que ça en devient presque lassant. Le sexe n’est qu’un produit de consommation comme n’importe quel autre. Si c’est un thème central de l’histoire, il n’en demeure pas moins qu’il n’est qu’une métaphore pour parler d’autres sujets bien plus subtils. Pouvons-nous tout acheter et à n’importe quel prix? Et quel est le prix à payer pour être heureux ou, dans tous les cas, satisfait? Car le trait commun de tous les personnages de la série est l’ambition, si ce n’est l’avidité. Tout est question d’argent et tout finit toujours par se régler en billets verts. Mais dans un monde où la performance, la réussite professionnelle et personnelle règnent en rois, l’individu s’oublie et se retrouve seul à la fin de la journée, d’une solitude assourdissante et insupportable. Pouvons-nous payer pour se sentir moins seul?

Riley Keough, entre la froideur et la folie

Encore peu connue en Europe, Riley Keough (la petite-fille d’Elvis Presley), 27 ans, n’en est pas à son coup d’essai. Après une carrière de mannequin et plusieurs longs-métrages, elle signe ici une des meilleures performances de sa jeune carrière. Son rôle de Christine Reade est à la fois complexe, touchant, incompréhensible, froid et sans pitié. Elle incarne une jeune femme en apparence normale mais qui se révèle être, au fil des épisodes, un monstre d’égoïsme un brin psychopathe qu’on peine à cerner.

Photo copyright: STARZ

Photo copyright: STARZ

Joue-t-elle véritablement un rôle ou est-elle aussi froide, dénuée de sentiments qu’elle le laisse paraître? Le fait est que Christine Reade aime le sexe, ne s’en cache pas et prend même du plaisir à travailler comme escort. Elle semble vraiment se soucier de chacun de ses clients, les écoute, couche avec, prend un plaisir non-dissimulé, puis repart et recommence avec le client d’après, tout ça avec une distance gênante. Riley Keough nous emmène complètement dans l’histoire nous faisant douter d’elle à chaque instant. Son jeu d’actrice est époustouflant. Regard droit, froid voire glacial, vide par moments, elle a deux visages: celui de l’étudiante en droit et petite stagiaire en tailleur la journée et magnifique chevelure détachée en robes ajustées pour ses clients le soir venu. Calculatrice et manipulatrice ou victime d’un système qui nous dépasse? Elle semble mener la danse dans tous les cas.

Une réalisation sobre au service du sujet

Bien que tirée du film du même nom, la série n’a pas été réalisée par Steven Soderbergh. Il l’a cependant produite et en a orchestré tous les aspects, s’alliant avec Amy Seimetz pour le scénario et Lodge Kerrigan pour la réalisation. Du casting au montage final, il a eu, avec l’équipe du tournage, carte de blanche de la part de la chaîne. À l’heure où certains épisodes de séries coûtent trois fois plus cher qu’un film, The Girlfriend Experience prend le contre-pied. Ce n’est pas une production à gros budget. Filmé entièrement en lumière naturelle, chacun des treize épisodes de la première saison traduit cette froideur et sobriété, mettant en valeur les sujets eux-mêmes. La réalisation est simple, épurée mais efficace. Droit au but, elle atteint son objectif: servir un récit d’aujourd’hui, là où plus aucune valeur morale ne semble avoir sa place. Un sujet immoral donc pour une série complètement en phase avec son temps. La deuxième saison est en tournage et est attendue pour 2018.