Search for content, post, videos

The Florida Project : un grand Willem Dafoe pour une fresque sociale et authentique

Il y a cette couleur rose qui contraste avec un quotidien peu reluisant. Un motel, en banlieue de Disney World, lumineux et abritant des locataires en situation précaire. Comme une métaphore de la vie en rose, mais elle ne l’est pas du tout pour Moonee, 6 ans. Délaissée par sa mère immature, elle profite de son enfance, elle s’amuse à tuer le temps avec Jancey (Valeria Cotto) et Scooty (Christopher Rivera). Des gamins mal éduqués, tout simplement abandonnés par des parents absents, adeptes de petits méfaits, mais sans méchanceté aucune.

Et derrière ces murs, il y a Bobby, le gérant (Willem Dafoe). Son rôle ressemble à s’y méprendre à celui d’un père de substitution. Il chapeaute ce petit monde, une communauté restreinte qui vit avec le minimum vital. L’une est serveuse, l’autre vend ses charmes. Les habitants se retrouvent au bord de la piscine pour un moment de détente quand la nuit est déjà bien entamée et que les enfants dorment à poings fermés.

Un terrain de jeu hors Disney World

La réalité importe peu à Moonee. Elle s’en moque et préfère aller quémander quelques pièces à une mère de famille pour s’acheter une crème glacée, n’hésitant pas à mentir sans vergogne. C’est bien normal, son exemple n’est pas le meilleur possible. Halley (Bria Vinaite), la génitrice de Moonee, est une jeune femme perdue, au tempérament bien trempé. Dans la dèche, elle vend ses charmes, cache sa fille dans la salle de bain alors qu’elle fait sa petite affaire pour pouvoir survivre. Payer le loyer est un chemin de croix qu’elle emprunte chaque mois. « Tu n’es pas mon père », assène-t-elle à Bobby. Rapidement, nous comprenons que Sean Baker décrypte un personnage délaissé par ses parents, sans véritable point d’ancrage. Malgré tout l’amour qu’elle porte à sa fille, le sol se dérobe sous les pieds de la jeune femme, lui faisant ainsi perdre le contrôle de la situation, petit à petit. Trop jeune pour s’occuper d’une petite fille. Trop immature pour se gérer elle-même.

Photo Copyright : A24

Sean Baker capte un moment authentique: la dure réalité de citoyens en situation de pauvreté. Joindre les deux bouts, tenter de laisser les enfants en dehors des tracas que les problèmes financiers engendrent. L’Américain insère une dimension tragique et sociale à travers une bande de gamins mal élevés et livrés à eux-mêmes. Parfois hilarant, parfois triste, parfois exaspérant. Tout se lit sur le visage de Bobby, catapulté au milieu de cette faune compliquée à gérer. À lui d’endosser le rôle de père de substitution alors qu’il n’est qu’un gérant.

Willem Defoe, brillant

The Florida Project montre quelques faiblesses sur la variété de son récit. Sa redondance, sa mise en scène parfois trop exagérée et maladroite, la sauvagerie et les cris stridents des personnages ont tendance à irriter sur la longueur. Mais à la frontière du désespoir, les caractères deviennent plus moroses et désespérés. Sean Baker joue sur cette facette en transposant joie et bonheur avec une naïveté propre à l’enfance. Sous le regard protecteur de Bobby, admirablement interprété par Willem Defoe. L’acteur est proche de la perfection, juste et délicat quand il le faut. En somme, The Florida Project raconte les difficultés sociales sans jamais perdre de vue qu’il subsiste cette petite part rêverie parfois enfantine, à quelques encablures de Disney World.

Casting : Willem Dafoe, Valeria Cotto, Bria Vinaite, Brooklynn Prince, Christopher Rivera, Aiden Malik, Macon Blair

Fiche technique : Réalisé par : Sean Baker / Date de sortie : 20 décembre 2017 / Durée : 112 min / Genre : Comédie dramatique / Scénario : Sean Baker, Chris Bergoch / Musique : Matthew Hearon-Smith / Distributeur suisse : Filmcoopi